La force Onu/UE au Tchad et en RCA: une force tournée vers le Darfour – Afp

La force que l’ONU et l’Union européenne ont décidé de déployer dans l’est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique sera tournée vers le Darfour (ouest du Soudan), et ne devrait apporter que des réponses limitées aux conflits internes qui minent ces deux pays.

Pour les agences humanitaires qui s’occupent des 236.000 réfugiés soudanais et des 173.000 déplacés tchadiens recensés par l’ONU dans l’est du Tchad, l’arrivée d’une force internationale est une bonne nouvelle.

« On soutient ce déploiement, en espérant que cela sécurise l’espace dans lequel nous travaillons« , explique sous couvert de l’anonymat un responsable humanitaire en poste à N’Djamena. « Si les troupes sont bien choisies et commandées, si le mandat est clair, cela devrait décourager les ardeurs de tous ceux qui nous font obstacle« . Des rébellions hostiles au président Idriss Deby Itno pullulent dans l’est du Tchad qui sert également de base arrière aux groupes armés du Darfour, en proie depuis février 2003 à une guerre civile qui a déjà fait, selon l’ONU, 200.000 morts et plus de deux millions de déplacés.

Tous ces mouvements rebelles sont accusés d’entraver l’acheminement de l’aide, de semer l’insécurité autour des camps de déplacés, voire d’y recruter leurs troupes, parfois parmi les enfants. »Il était temps que la communauté internationale se mobilise face à cette catastrophe humanitaire », se réjouit Dobian Assingar, de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH).

Mais pour les experts, le déploiement de cette force de 300 policiers onusiens et au maximum 4.000 soldats européens, qui pourrait débuter fin octobre, risque d’être insuffisant pour endiguer la propagation de la crise du Darfour. Et ne suffira certainement pas à pacifier les pays hôtes des militaires internationaux.

« Il y a plus de 1.000 km de frontière à protéger« , souligne Dobian Assingar. « Peut-on réussir une telle mission avec 4.000 hommes? Je ne le pense pas« . Le mandat de la force, approuvé mardi par le Conseil de sécurité de l’ONU, semble lui donner raison. Ce mandat ne prévoit pas explicitement la protection de la frontière.

En outre, prévient le défenseur des droits de l’Homme, les soldats français, qui devraient constituer près de la moitié des troupes, « risquent de ne pas s’entendre avec les rebelles tchadiens« , qui soupçonnent Paris de vouloir, par le biais de cette force, soutenir le régime au pouvoir dans son ex-colonie. « Si la mission semble soutenir le président Deby, le sentiment antifrançais risque de s’exacerber« , met en garde Dobian Assingar. « Le seul moyen d’aider les Tchadiens, c’est d’amener rebelles et dirigeants à la table des négociations. Mais ça, ce n’est pas à l’ordre du jour« .

En Centrafrique, où les soldats vont se déployer dans le nord-est frontalier du Soudan, l’impact de la force mixte UE-ONU s’annonce encore plus limité. « C’est dans le nord-ouest de la Centrafrique que les violences font le plus de dégâts et que les civils nécessitent une protection« , note Olivier Bercault de l’ONG Human Rights Watch (HRW). « Mais là, c’est un problème 100% centrafricain sans lien avec le Darfour, du coup aucune intervention n’est prévue« .

Une responsable humanitaire à Bangui déplore que « le volet droits de l’Homme de cette mission semble avoir été négligé, alors qu’il serait nécessaire pour faire cesser les exactions dans la moitié nord du pays« , imputées tout autant aux rebelles centrafricains qu’aux soldats gouvernementaux.

Finalement, conclut-elle, « c’est un dispositif léger qui regardera beaucoup plus vers la frontière soudanaise, sans pour autant la protéger, que vers la Centrafrique« .


Commentaires sur facebook