Les Brèves de N’djaména : Malgré les « MIG » et les « SUKHO

L’atmosphère à N’djaména est au crépuscule du firmament. Deby est désemparé dans le vrai sens du terme et il essaie tous les coups possibles pour donner du tonus à ce qu’il reste de son armée. Croyant faire plaisir aux jeunes loups montants aux dents longues, il a congédié tous ses anciens compagnons, ceux-là mêmes qui ont sacrifié leurs parents et une grande partie de leur physique. A la date d’aujourd’hui 97 généraux ont été mis au placard ; 1500 autres (du Cl jusqu’au S/Lt) évacueront très bientôt les rangs de l’armée. Et l’effet a été immédiat.

La grogne, suivie d’une campagne de démobilisation, d’autant plus que la manière dont certains ont été débarqués de leur fonction, frise tout simplement de l’humiliation. Contrairement à ce que Deby pense, l’aura de ces débarqués, de quelle région qu’ils soient, dépassera toujours celle des jeunes loups. Ils ont une audience établie et une cour large. Si chacun de ces écartés pour la troisième section demande à ses parents, amis ou camarades de travail, de ne plus continuer à défendre Deby et en mourir, vu l’ingratitude du personnage, alors bonjour les dégâts. Autre mécontentement, celui des ex membres du RFC ralliés. Non seulement Deby a renvoyé tous les chefs à la troisième section et n’a responsabilisé aucun des civiles, pire il empêche les chefs militaires de quitter N’djaména et d’aller s’occuper de leurs affaires. Celui-ci est empêché d’aller voir les parents et les chameaux, à celui-là, il lui est interdit d’aller passer les weekends dans son champ en dehors de N’djaména. C’est la résidence surveillée qui ne dit pas son mot. Enfin le cas du CEMGA.

Malgré le zèle de celui là, Deby continue à le déplumer, le marginaliser et le decrier. Il le pousse quasiment à la rebellion comme il a l’habitude de le faire. Alors que l’intéressé lui-même, dans sa tournée actuelle à l’Est, tient le même langage que son oncle en accusant tous les soldats au front de complicité avec les rebelles. Tel oncle, tel neveu, le lundi 23 mars, tous les chefs militaires sont convoqués pour une rencontre avec Deby. Avec le renvoi des dinosaures, les jeunes s’attendaient à des récompenses (matérielles et grades), encouragements pour les combats à venir, etc. Deby, fidèle à lui-même, les a proprement engueulés « pour leur connivence avec les rebelles, leur manque d’enthousiasme pour les combats à venir ». Deby a personnellement interpelé plusieurs officiers. A un gradé qui était parti au village présenter ses condoléances aux parents, Deby lui a demandé « pourquoi tu es revenu, alors que tu es parti pour rejoindre tes bandits de copains » ? A un autre qui rentre d’une évacuation sanitaire, Deby s’adresse en ces termes «on t’a envoyé là-bas pour te soigner et non passer tout le temps à téléphoner à tes amis de la rébellion ». Deby s’adressa à chacun des participants en des termes aussi malveillants qu’ingrats. Il a conclu la réunion en ces termes : « Avec ou sans vous, je suis en mesure de mater les mercenaires. Aucun pays africain, excepté l’Egypte, le Nigeria et l’Afrique du Sud, ne possède les armes que le Tchad possède aujourd’hui. En plus de ce que j’ai aujourd’hui, je suis en train d’en acquérir d’autres. Au moment où je vous parle, mon petit frère Oumar Deby accompagné du Chef d’Etat major de l’armée de l’aire se trouve en Ukraine, en train de négocier l’acquisition de 3 MIG 29, des pilotes, des mécaniciens et des minutions. Dieu merci, le Tchad a les moyens de sa défense, au lieu d’avoir des complices et des traitres, je préfère recruter des mercenaires pour combattre les mercenaires. D’ailleurs ceux que je vais recruter savent bien utiliser et manipuler les armes que je possède. Si vous voulez, rallier en masse la rébellion, ça me coutera absolument rien. J’ai le matériel qu’il faut pour écraser les mercenaires et leurs complices qui mangent avec moi ». Rompez les rangs !

Beremadji Félix
N’djaména


Commentaires sur facebook