Les Brèves de N’djaména : Un ex-rebelle à la tête de l’armée de Deby, un clin d’œil bien tardif

La nouvelle longtemps attendue est tombée : Abderahim Bahar Itno (ABI) est débarqué et remplacé par Eldjineidi, l’actuel SE à la défense. Ce chamboulement mérite quelques commentaires et constats. Deby a toujours considéré son neveu comme pas très engagé à ses cotés, qu’Abderahim a un pied dedans un pied dehors et qu’il ne fait jamais un pas en avant sans regarder l’arrière, comme un renard.

Pour les habitués du palais, Abderahim est un fidèle de Deby et un partisan acharné pour que le Tchad devienne un royaume des Itno. Ses enchères n’ont d’autres buts que de se faire designer le tout puissant prince héritier par qui tout doit passer. Or le Roi n’est pas prêt à designer ABI comme le prince héritier, d’où tous les couacs entre le neveu et l’oncle. Ce dernier a voulu débarquer ABI depuis longtemps, seule la pression de Timan Deby a fait retarder les choses. Ces derniers temps ABI n’est pas convié aux réunions familiales. Mais invité à la dernière réunion familiale au Palais, Abderahim a eu l’audace de dire, devant un Deby très mal au point, que « les affrontements qui s’annoncent avec les rebelles seront fatals et pour le régime et pour la famille, il faut trouver une solution d’une autre façon ». C’est ce qu’il ne fallait pas dire devant Deby. Celui-ci a rugit comme un vieux lion en fin de vie et a demandé à ABI de sortir. Le décret de son renvoi a suivi.

La nomination d’Eldjineidi ne répond à aucun critère excepté ethnique. On l’a vu au Ministère, il n’a aucune capacité ou expérience administratives ni militaires pour diriger les hommes. Et d’ailleurs il a toutes les difficultés linguistiques pour faire passer le peu de message qu’il a. En fait, comment on dit en dialecte libyen « A mon commandement, gaaardes vous, repos » ?. Les militaires tchadiens ont intérêt à se mettre très rapidement à ce dialecte. En nommant Eldjineidi CEMGA, Deby fait un clin d’œil tardif au groupe arabe. Il faut être Deby pour penser qu’il suffise de vouloir pour que ce soit et oser ces genres de gymnastiques. Les arabes n’ont pas la mémoire courte comme il le pense. Après les avoir trainés dans la boue par des calomnies, diffamations, après avoir fait de l’anti-arabe son cheval de batail, son fond de commerce, la raison de mobilisation et de soutien des puissants lobby anti-arabes en Europe et ailleurs, Deby espère que malgré cela, ils vont se sacrifier encore une seconde fois, après l’épopée MPS, pour défendre son régime.

Selon un témoin des tractations ayant conduit à la nomination d’Eldjineidi, il y a eu un malentendu entre Deby et les cadres civiles et militaires arabes qui l’ont rencontré dernièrement. Ces derniers lui avaient demandé l’autorisation et les moyens pour aller débaucher leurs parents en rébellion, or Deby a compris que le groupe arabe est prêt à le défendre contre les « mercenaires » et comme il n’y a jamais eu sous le régime de Deby un CEMGA arabe sur les 17 qui ont défilé à la tête de l’ANT depuis décembre 1990, il faut alors faire un grand coup en nommant Eldjineidi, mais cela risque d’être un grand coup d’épée dans l’eau.

Eldjineidi, CEMGA ?? Qu’on ne se fasse pas des illusions ! Le vrai patron de l’armée est son « adjoint », un Itno, naturellement. C’est le contraire qui serait anormal, puisque l’armée et le Tchad sont des propriétés privées des Itno. Hamada Youssouf Itno, c’est son nom, est un bambin à la vingtaine, et qui n’a porté la tenue qu’en 2006 après la mort de son grand-frère, Abakar, tué au cours des combats avec les rebelles, et assisté à un seul combat où il a perdu un bras. C’est même une insulte à l’armée si ce nom a encore une signification, que de nommer un tel « banjos » à un tel poste. Bombardé Gl et nommé Com-région à Abéché, il avait démissionné quand Abderahim était nommé CEMGA, et depuis, le courant ne passe pas entre les deux hommes. Diviser pour mieux régner n’est pas propre à Deby, mais ce dernier en excelle.

Quand on change le Commandement de son armée, alors que le choc avec son ennemi se rapproche inéluctablement, c’est qu’on ne maitrise pratiquement rien. A moins que Deby lui-même ne croie pas à son armée mais à des groupes d’individus qui ne répondent qu’à lui. On rappelle que la quasi-totalité des éléments d’Eldjineidi avait regagné la rébellion. Eldjineidi est un Gl sans troupe et sans aucune responsabilité, si Ministre qu’il a été. Si Ministre, il n’a eu aucune marge des manœuvres, qu’en sera-t-il en tant que CEMGA ?

Mahamat Ahmat
N’djaména


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