Les Brèves de N’djaména : Deby jubile mais la guerre continue

Les agréables et désagréables surprises sont passées. C’est l’heure des bilans. Les premières surprises sont celles de Deby, les secondes, de la rébellion. Deby a incontestablement remporté doublement la bataille d’Amdam. Victoire militaire, mais aussi et surtout victoire médiatique. Les rebelles réfutent la victoire militaire de Deby. Mais quand on a été incapable de garder sa position conquise, incapable de communiquer pendant pratiquement une semaine avec l’extérieur, incapable de montrer un seul prisonnier, pourtant de loin supérieur à ceux faits par l’autre partie, incapable de montrer une seule photo des blindés et RAM détruits, pourtant des sources concordantes parlent de plus d’une trentaine, incapable de citer un seul soldat gouvernemental tué, pourtant le nombre des tués gouvernementaux est impressionnant ; alors, la défaite n’est pas autre chose.

Les rebelles reconnaissent unanimes : l’excès de confiance et la désorganisation notoire, ont été les principales causes de cette relative défaite. Les rebelles se sont comportés comme s’ils allaient à un mariage ! C’est le terme utilisé par plusieurs interlocuteurs. Il ne faut surtout pas tomber dans le piège des griots de Deby qui font dire aux rebelles : untel a fui ou n’a pas combattu, untel groupe a saboté ou n’a pas voulu que Timan remporte sa première victoire, etc., balivernes ! C’est mettre du sel dans la sauce de Deby. La défaite a été collégiale mais surtout incombe à la direction politique et militaire, laquelle direction doit pleinement et publiquement assumer ce désordre et manque de rigueur, si ce n’est pas déjà fait.

Deby, sans le dire, avait déjà capitulé avant la bataille ; il a évacué toute sa famille dans divers coins du monde, ramassé ses clics et clacs et attendait. Et le cadeau divin est tombé du ciel de manière tout à fait inattendue et pour lui, et pour son armée. Et depuis il est monté sur ses grands chevaux pour annoncer au monde entier qu’il existe, qu’il est encore là, qu’il faut compter sur et avec lui. L’intensité de la campagne et la joie sont à la mesure de la surprise divine. Sinon comment expliquer les images macabres qui passent en boucle à la TV de Deby, montrant les responsables militaires, Eldjineidi et autres, esquisser des pas de dance en enjambant des cadavres. Il n’y a rien à dire sur la déchéance morale de tous ceux qui entourent Deby ! Toute cette campagne médiatique jamais inégalée, teinte de la désinformation et de l’autopromotion n’a d’autre objectif de dire à l’opinion nationale et internationale que lui, Deby, est encore là. En un mot ceux qui regardent vers l’Est doivent cesser de le faire, civiles comme militaires. Et une occasion en or pour revigorer ses militaires en perte de confiance. Le terrain médiatique abandonné par les rebelles dans leur fuite a été valablement occupée par Deby et l’a fait bon usage.

Deby sait très bien que la partie n’est pas terminée. Au cours d’un meeting populaire, il a répété à plusieurs reprises qu’il reste encore plus de 800 véhicules rebelles. Il sait aussi que les rebelles, l’effet de surprise passé, ont hâte de laver l’affront, ils conservent toute leur potentialité humaine et matérielle et reviendront à la charge. A ne point douter. Mais malgré cela, Deby a besoin de dire le contraire pour prouver sa propre existence. Ce tintamarre médiatique a aussi un autre objectif : briser l’isolement diplomatique du régime. En effet Deby n’a jamais été aussi seul sur le plan international qu’aujourd’hui, et paradoxalement, plus il parle, plus il s’isole. Il n’a absolument rien vu venir de réconfort ou de soutien de nulle part : La CEMAC, bouche cousue, oreilles bouchées et yeux fermés, l’AU, juste une condamnation de principe, l’ONU refuse de citer le Soudan et met le Tchad et le Soudan sur le même pied d’égalité dans ce qui se passe. Cerise sur le gâteau, la même ONU par la voix de son SG adjoint demande explicitement au Tchad de négocier avec sa rébellion, même son de cloche du coté de l’UE, même son caniche Kouchner a pondu un communiqué, certes édulcoré, mais qui a le mérite de demander pour la première fois que Deby négocie avec ses opposants armés. Ainsi la situation diplomatique est devenue très suffocante pour lui et il a besoin de bomber le torse pour avoir un peu de l’air ; ce qui l’a poussé à s’en prendre même à la Lybie, son dernier soutien solide.

Comme on le voit, la Communauté internationale commence à parler de négociation ; mais de quelle négociation s’agit-il ? On sait que pour Deby, négociation signifie ralliement pur et simple à son régime, moyennant quelques postes ministériels symboliques, lesquels accords seront définitivement reniés une fois que les intermédiaires auront tourné le dos. Pour l’opposition armée, négociation signifie ni plus ni moins trouver une porte de sortie à Deby. Ces deux positions sont-elles conciliables ??

Que les griots et autres bouffons se calment, ils ont vite fait enterrer l’opposition armée. « On est rentré à l’intérieur du Soudan et on a tout nettoyé », avait tonné Adoum Younousmi. Deby et sa clique affabulent et prennent leurs rêves pour des réalités ou prennent les tchadiens pour des cons. Que les sympathisants et tous ceux qui rêvent d’un changement au Tchad, ne perdent pas confiance, ne désespèrent pas. Certes, ces derniers temps, les mines exubérantes des partisans de Deby contrastent fortement avec les visages affligés des sympathisants de l’opposition armée. On répète, Deby n’a remporté qu’une petite bataille plus médiatique que militaire. Face aux niaiseries faussement triomphalistes de Deby et ses griots, soyons sereins et faisons confiance en la capacité de la rébellion d’opérer le changement tant attendu par les tchadiens. Le meilleur est à venir, in chaallah !

Beremadji Felix
N’djaména


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