Changer de fusil d’épaule

Les militaires savent ce que le dicton veut dire! Lorsque vous tirez plusieurs coups et que vous n’atteignez pas l’objectif, il faut changer le fusil d’épaule. Dans le civil, comme dirait Fernand Renaud, cela veut dire qu’il faut changer de manière d’agir, de faire. La situation présente du Tchad nous y incite vivement. Se poser même la question « qu’est ce qui nous arrive ? » vient à juste propos.

En effet, si nous savons très peu sur ce qui se passe en brousse, chez les rebelles – nous disons bien rebelles et non mercenaires- par contre les médias d’Etat nous abreuvent à profusion des images et des sons qui transforment le Tchad en un pays de fous, dansant aux sons d’une musique et aux rythmes diaboliques ! Sinon comment comprendre que l’ONRTV qui est sur satellite maintenant, donc suivi par bien d’autres téléspectateurs, diffuse des images de cadavres sur fond de musique soudanaise reprise par des tchadiens ? Où en sommes-nous ? Où allons-nous ? Alors que notre culture voue aux morts un respect divin.

Les députés, les ministres, des chefs de parti, des pseudo-associations qui se créent chaque jour, tous comme des marionnettes répètent qu’ils sont derrière le Chef de l’Etat et les forces de défense et de sécurité. Tous à l’unisson comme à l’époque de l’UNIR! Nassour Guelengdouksia Oueïddo, Younousmi, Mahamat Hissene, Bâchir…. servent de porte voix pour répéter à qui veut l’entendre que Mahamat Nouri, Djibrine Assali, Timan, Acheik Ibni Oumar, Adouma Hassaballah, Adoum Yacoub, Ahmat Hassaballah Soubiane, Abderamane Koulamalla…. sont des mercenaires et leurs parents, amis, sympathisants des mercenaires ! Younousmi serait-il capable de regarder Nouri en face et le traiter de mercenaire ??

Mahamat Hissene renierait-il ses relations amicales pour admettre, au fond de son cœur que Timan Erdimi est un mercenaire ? Nassour Oueïddo dirait-il la même chose de Djibrine Assali ? Ne nous posons pas la même question à Dadnadji, Kabadi et autres qui doivent leur bien être en grande partie à Timan ou Tom Erdimi.

Qu’est ce qui vous arrive ? N’avez-vous pas à manger, à nourrir votre progéniture ? N’êtes vous pas rassasiés ? Regardez-vous un peu dans le miroir. Ouvrez les yeux et regardez la misère ambiante dans les rues de N’Djamena et dans le reste du pays. Nous avons tellement perdu la raison que même Enoch Djondang qui avait le courage d’écrire des choses sensées a arrêté de produire !!

Quant au premier ministre Youssouf Saleh Abbas, dans ce tintamarre, il a perdu la voix et ne dit plus rien. D’autres font bien le travail à sa place, du genre Dahalob et l’éternel Kascou.
Ce discours ambiant pour soi-disant être de cœur et d’esprit avec le Chef ; que deux autres dictateurs tchadiens en ont eu plein les oreilles en dit long sur les intentions des uns et des autres, sonne faux et dénote même d’un déficit de patriotisme pour ne pas dire une grande trahison du pays de la part de leurs auteurs. Le Tchad est petit et chacun de nous sait qui est qui. Nous avons changé d’époque. Ce n’est ni le temps du MNRCS et moins encore le temps de l’UNIR messieurs les mal-pensants. Oubliez tout de votre passé mais pas l’histoire de votre pays.

Et ce pouvoir pour la défense duquel nous sommes entrés dans la démence collective, peut-il admettre que gouverner c’est juger ses actes et rectifier le tir ? Bientôt deux décennies d’opposition violente entrecoupées de multiples accords politiques de paix qui ont tous échoué. Il y a quelque chose qui ne va. Gouverner par la guerre est une marque d’intelligence parce que une société doit s’engendrer elle-même, et elle n’y parvient qu’en affrontant ses conflits et en inventant des institutions capables de les gérer. Pourquoi Younousmi, Mahamat Hissene… doivent-ils être crus pour plus tchadien que Timan, Nouri, Soubiane ou Assali? Pourquoi toutes ces discussions avec des opposants qui commencent toujours par « Le pouvoir de Deby on n’y touche pas. Les autres choses oui ! ». Malgré les résultats de la CNS qui a regroupé presque tous les fils du Tchad, on continue à tourner en rond. Entre les multiples ex-barons du pouvoir qui ont fait le choix de la lutte armée et le pouvoir qui s’y accroche contre vents et marrées, y aurait-il une autre alternative ?

Si les mots ont encore un sens et si politique n’est pas synonyme de cynisme, mensonge, tromperie, indignité, autrement si dans la politique il y a un peu de justice, d’égalité, de dignité et un très peu d’humanisme, alors admettons que par opposition à l’absolutisme et à l’autocratie, « en démocratie, personne ne peut se désigner lui-même, personne ne peut s’investir du pouvoir de gouverner, et par conséquent personne ne peut s’arroger un pouvoir inconditionnel et illimité ». Si les tenants du pouvoir semblent avoir le monopole de la violence, le peuple, lui, a le devoir de résister. Ne dit-on pas vulgairement que la guerre c’est la continuité de la politique par d’autres moyens. A vouloir se convaincre que le pouvoir est au bout du fusil, on incite les éléments démocrates de la société à choisir la même arme. Si cela a marché un temps, il ne marchera pas tout le temps. C’est pourquoi si politique est aussi raison, il faut stopper ce bateau sans gouvernail qui risque d’être en haute mer. Avoir les pieds sur terre. Lire à tête froide les réalités de notre pays. Avoir le courage de reconnaître que : « nous sommes tous des frères. Arrêtons de faire massacrer les pauvres innocents pour des intérêts égoïstes. Voyons entre nous ce qui ne va pas. Solutionnons nos problèmes. » Après quatre décennies de guerres fratricides les tchadiens doivent être des gens mûrs et raisonnables. Et la sagesse voudrait que nous fassions comme les autres en pareille situation : s’asseoir et se donner le temps de dialoguer. Pour reconstruire l’Etat et ses institutions. Pour résoudre les problèmes des pouvoirs, de leur exercice et de leur contrôle. Pour un peu de sécurité et de bien être. Pour l’avenir de nos enfants et autres préoccupations du futur. Sommes-nous capables ou non ? C’est ça la vraie question. Faire la paix et vivre ensemble c’est le destin de toute nation, de tout peuple.

D’autres l’ont fait et essaient d’y arriver, les exemples font légion (ivoiriens, congolais, centrafricains, malgaches…) alors pourquoi pas nous ?

Comment dans cette volonté refondatrice, ne pas reconnaître l’apport positif de la communauté internationale qui déploie d’énormes moyens pour s’occuper en plus des réfugiés soudanais, comble de tout, des tchadiens qui sont devenus des réfugiés dans leur propre pays ? Cette même communauté qui essaie d’apporter son appui pour régler les problèmes des tchadiens à la place des tchadiens. A voir cela sous nos yeux, ne serions nous pas tentés de donner raison au discours tant vilipendé de Sarkozy à Dakar ? Ne cherchons pas des boucs émissaires, essayons de régler nos problèmes. Si sagesse et raison ne peuvent ramener tout le monde à une table ronde pour des discussions profondes et fécondes sur l’Etat et la société alors l’histoire en jugera. Même là, ceux dont la vocation est de détruire le Tchad, l’histoire les rattrapera. L’impunité advi æternam n’existe plus dans le monde actuel. A supposer qu’ils échappent aux mailles de la trappe morale et éthique, la mort nous guette et pour ceux qui y croient l’au-delà nous attend!

KWEN (Kamis, Wardougou, Eriteïro et Nadji)


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