Les Brèves de N’djaména : L’aéroport qui pose problème

Dans le nouveau découpage administratif, le pays bilia (région d’où sont originaires les Deby) avait bénéficié d’une sous préfecture. Contre toute logique et bon sens, la capitale de la nouvelle sous préfecture fut érigée à Bahaï, un puits tari depuis belle lurette se trouvant à quelques mètres de la frontière soudanaise, si ce n’est sur la frontière, et qui d’ailleurs selon les anciens, appartiendrait à Kobe c.à.d. sous préfecture d’Iriba. Tout cela, parce que Timan Deby l’a exigé ainsi : être juste à la frontière pour enjamber celle-ci en cas de pépins et regagner ainsi ses oncles maternels du coté soudanais, on ne sait jamais avec ce Tchad et ses rebelles.

Les Deby ont fait tout pour rendre Bahaï vivable : construction des maisons d’habitation, d’administration, des écoles, un très grand barrage, celui de Kari-yari, détournement du trafic routier venant de la Libye au détriment du Tiné Tchad (Sous préfecture d’Iriba), etc., mais Bahaï n’a jamais attiré les gens de cette contrée et n’a non plus été un point de retrouvaille , et resta comme il l’a toujours été: un puits tari avec quasi pour seul habitant Timan Deby. Le rejet par la population du choix de ce village a été unanime et très significatif. 20 ans après, les Deby sont revenus à l’évidence : Bahaï ne sera jamais la capitale du pays Bilia. Alors il faut trouver un autre coin. Entre temps la sous préfecture est devenue une préfecture. Le bon sens aurait voulu que cette fois-ci le choix se porte sur un coin qui ne fait l’objet d’aucune contestation : Itou, ancien capitale du cantonnât et « abondance » de l’eau, Keoura, « abondance » de l’eau et existence des infrastructures administratives avant même l’arrivée du MPS et Bourdouani, un carrefour, etc. Mais non, la méchanceté, la rancune et l’égoïsme ont leurs exigences : les Deby choisissent un autre puits tari depuis le siècle dernier, situé à l’intérieur du massif de l’Ennedi et pratiquement inaccessible, pour faire la nouvelle capitale de la Préfecture.

Aucune âme n’a mis pieds au puits d’Amdjeress depuis le siècle dernier, même pas les animaux sauvages. La raison de ce choix En son temps on abreuvait les chameaux des Deby dans ce puits. Amdjeress doit devenir le Badolité ou Yamoussoukro des Deby. On mobilisa tous les moyens de l’Etat pour bâtir une nouvelle ville. Aujourd’hui à Amdjeress, l’électricité (24/24, sans aucun délestage), l’eau et le téléphone sont gratuits. Outre les nombreuses infrastructures publiques et privées, des villas ultra modernes entièrement équipées et meublées, il est construit un aéroport de rang international, certains parlent de 3000 mètres, de quoi faire atterrir même feu le « Concorde ».

L’aéroport est construit dans un endroit très stratégique ; situé aux confins du Soudan, de l’Egypte et de la Libye, trois pays arabes, il peut servir un outil de déstabilisation de ces pays, vu la versatilité en matière de diplomatie de Deby et sa politique anti arabe avérée de ces derniers temps. Cet aéroport est au centre d’intenses activités diplomatiques ces derniers jours. Le Soudan et l’Egypte n’ont pas tardé à demander au protecteur de Deby, Kadhafi à quoi va servir cet aéroport. Le protecteur lui-même ne voit pas d’un bon œil un tel aéroport à sa porte, surtout que ces derniers temps, Deby aurait pris langue avec des opposants libyens.

Présentement l’aéroport est entièrement géré par le MJE, aucun tchadien n’a le droit de s’y aventurier. Selon les renseignements soudanais, cet aéroport est au service exclusif du MJE, des avions, gros porteurs, atterrissent et décollent et apparemment ils ne viennent pas tous de N’djaména, ni n’en repartent. Alors, les soudanais, les premiers concernés, ont fait savoir qu’ils ne resteront pas les bras croisés devant une telle menace évidente. Le libyen convoque Deby pour avoir amples informations, mais ce dernier envoie à sa place le Médiateur national et son Dircab militaire et celui du PM ; les envoyés de Deby ont été reçus par le Dircab de Kadhafi.

Selon nos informations, les tchadiens ont fait comprendre aux libyens, qu’ils sont libres et souverains de construire un aéroport sur n’importe quelle partie du territoire. Point à la ligne. On attend vivement la réaction des concernés.

Beremadji Félix
N’djaména


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