Les Brèves de N’djaména : Du Déjà Vu

Les parents et les voisins accourent chez la victime, la famille d’un rebelle que le régime est en train de chasser de son domicile. Les effets personnels sont jetés pêle-mêle, les enfants pleurnichent, les femmes et les hommes occupés de ramasser les effets ont le visage grave, certains les larmes aux yeux, d’autres évoquent Dieu et maudissent le dictateur et son régime. Le passant, indigné s’arrête un instant, la main au menton, secoue la tète, en disant « Adjab » avant de continuer son chemin. Ces scènes, la communauté zaghawa en a vécu pendant toute l’année 89/90, la période où un certain Idris Deby avait « trahi » son maître en devenant « mercenaire des marabouts qui gouvernent le Soudan ».

En juillet 2009, c’est repetita. Cette fois ci, il ne s’agit plus uniquement des zaghawa mais aussi les membres d’autres communautés Qui a dit que Deby est le plus mauvais élève de Habré ? Les opérations de l’année 89/90 n’avaient eu aucun impact sur la rébellion d’alors, moins encore sur les expulsés, au contraire elles avaient galvanisé les esprits des uns et des autres. Par contre elles n’ont pas du tout porté bonheur ni chance à l’auteur principal de l’opération, ni aux exécutants et moins encore à ceux qui ont occupé ces maisons. Il en sera de même aujourd’hui, y compris pour les magistrats coupables de complicités d’actes illégaux.

Timan, ses ouaddaïens et ses arabes… Pour Deby et ses acolytes, il n’y a pas d’autres logiques que celles de l’ethnicisme, du clanisme, etc. Après la désertion des éléments de la GR et des cadres de son clan, Deby avait clamé haut et fort qu’il est le Président de tous les tchadiens et qu’il n’est pas un chef de canton des beri (Zaghawa). On l’a cru sur parole et applaudi. Mais comme dit l’adage, chasser le naturel, il revient au galop; les dernières nominations dans les différentes administrations des finances en disent long. Deby a en effet littéralement inondé cette la fonction publique des éléments beri. Un internaute a même fait des statistiques: 85% des élus sont du grand nord et sur ces 85%, 95% sont du même groupe. Ces heureux élus viennent de la plupart des clans de la communauté beri ; certains étaient des diplômés en chômage depuis presque dix ans, d’autres, proches des Deby, des analphabètes ou semi alphabétisés.

Pourquoi Deby retrouve tout d’un coup les « vertus » du clanisme, lui qui a clamé haut et fort qu’avec l’argent du pétrole, il s’en passe de tout le monde et particulièrement des siens ? « Avec l’argent n’importe qui peut devenir beri » a-t-il dit en son temps. Avec la campagne distillée par ses soins, on comprend aisément le pourquoi de ce brusque intérêt pour sa communauté. Selon nos informations, depuis la nomination de Timan Erdimi à la tête de l’UFR, Deby se gratte beaucoup. Malgré ses fanfaronnades, il sait que l’ossature de son armée est formée des beri. A l’instar du groupe d’Abdelkader Fadoul Kouyou, Mahamat Abderrahmane Tendi, Adam Becher Hamid, etc., la probabilité que ces jeunes diplômés regagnent l’Est est bien réelle, si on ne les occupe pas et comme les différentes élections se pointent à l’horizon, il faut récupérer dès maintenant tous ces jeunes pour les utiliser dans les fraudes électorales. Ajoutons à ces raisons le besoin de marginaliser un certain Mahamat Ali Abdallah au sein de sa famille.

Avant que ces les jeunes responsabilisés prennent services, Deby a reçu un petit groupe représentatif à qui il a prodigué les conseils : « maintenant que vous êtes responsabilisés, cessez de flirter avec les rebelles, ne regardez plus vers l’Est. D’ailleurs vous ne comprendrez rien de la rébellion, c’est un problème personnel entre les bedeyat, et qui ne concerne pas les autres beri. Timan avec ses ouaddaïens et arabes ne vous donnera rien, rien du tout ; si par hasard ces gens viennent au pouvoir, vous êtes foutus pour le reste de votre vie, car Timan ne s’occupera pas de vous, il n’a rien de beri, pendant 5 ans dans mon Cabinet, il s’est toujours opposé à la promotion des beri. Ses parents, ces amis, ce sont des ouaddaïens, des arabes, des sara, bref tous ceux qui ne sont pas beri. Quand il prendra le pouvoir, ce qui est impossible, mais supposons, il fera de même avec vous ; alors profitez maintenant, il y a beaucoup d’argent actuellement au Tchad, je ne dirai pas plus, vous m’avez compris. »

Au cours de la même rencontre où Deby a répété « Timan et ses ouaddaïens et arabes » plus de vingt fois, une fixation. Le même Deby a répété à plusieurs reprises que: « d’ailleurs mes ex-compagnons des FAN ou du MPS qui sont actuellement dans leur UFR ou ailleurs, me préfèrent de loin à Timan accompagné de ses ouaddaïens et arabes ». A suivre.

Mahamat Ahmat
N’djaména


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