Tchad/RCA: la force UE/ONU devra protéger tous les civils, estime HRW – Afp

La force mixte UE/ONU qui va être déployée dans l’est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique doit protéger les réfugiés fuyant le conflit au Darfour (Soudan) mais aussi la population locale livrée aux exactions de groupes armés, a estimé Human Rights Watch (HRW).

« Il est crucial que la force protège tous ceux qui sont exposés, pas seulement les réfugiés et les déplacés« , a déclaré vendredi Peter Takirambudde, directeur du département Afrique de Human Rights Watch, dans un communiqué. « Cela veut dire qu’ils devront interpréter leur mandat dans le sens le plus large« , a ajouté le responsable de l’organisation de défense des droits de l’Homme.

« Des populations arabes, déplacées en grand nombre, mais qui ne sont pas regroupées dans de grandes localités, pourraient se retrouver sans protection en raison d’un déploiement trop limité » de la force, a estimé HRW. Ces civils, localisés dans le sud-est du Tchad, ont déclaré à HRW souffrir d’exécutions extra-judiciaires, de viols et de violences commises par des forces gouvernementales tchadiennes et leurs forces paramilitaires, selon l’organisation.

La force UE/ONU devra « faire cesser ces abus » et la police onusienne (Minurcat) aura « de lourdes responsabilités en la matière« .

L’armée tchadienne et ses milices ont également recruté des garçons et de jeunes hommes dans les camps de déplacés, parfois par la force, a ajouté HRW selon laquelle ces recrutements forcés ont eu lieu dans les camps les plus grands et les mieux organisés de la région de Goz Beida (plus de 700 km à l’est de N’Djamena), notamment ceux de Gassiré, Gouroukoum, Habilé, et Koubigou. « Ces sites ont un besoin urgent de protection« , a estimé HRW, qui est préoccupé par le fait que ce sont des policiers tchadiens qui seront en charge de la sécurité dans ces camps, selon la résolution 1778 approuvée le 25 septembre par le Conseil de sécurité.

« Cette force devra être surveillée de près« , poursuit le communiqué de HRW. Au Tchad seul, l’opération concerne, selon l’ONU, 236.000 réfugiés du Darfour et 173.000 déplacés tchadiens. La Centrafrique compte 10.000 réfugiés et plus de 200.000 déplacés dans le Nord et le Nord-est.

L’ONU devrait fournir 300 policiers qui formeront quelque 850 policiers tchadiens chargés des camps. La protection des zones alentour, à l’extérieur des camps, sera assurée par la force de l’UE, de 4.000 soldats au maximum.

Les militaires français, déjà présents dans la région, devraient jouer un rôle majeur. La Suède, l’Espagne, la Pologne et la Belgique pourraient également y participer.

Le ministre français de la Défense Hervé Morin va appeler vendredi ses collègues européens à participer à l’opération militaire européenne au Tchad et en Centrafrique à laquelle l’ONU vient de donner son aval, a indiqué un diplomate français.

M. Morin « va essayer de parler avec un maximum de ses homologues de la contribution éventuelle de leur pays à cette opération« , lors d’entretiens bilatéraux en marge de la réunion informelle des 27 qui s’ouvre vendredi après-midi à Evora (100 km à l’est de Lisbonne), a-t-il dit .

En session plénière, les 27 devaient parler dès vendredi des opérations militaires de l’UE, celle en cours (Bosnie), comme celle à venir (force mixte UE-ONU au Tchad/RCA). Ils pourraient en reparler samedi lors d’un débat sur l’Afrique, auquel tient particulièrement le Portugal, qui en a fait une des priorités de son actuelle présidence semestrielle de l’UE.

Même si elle n’a pas encore annoncé combien de soldats elle enverrait, la France doit être le chef de file et le plus important contributeur à la force de 4.000 hommes maximum que l’UE va envoyer à la demande de l’ONU, « probablement courant novembre« , selon un diplomate européen. Le millier d’hommes au moins que Paris devrait y déployer ne sera pas puisé dans les rangs de la force Epervier, présente au Tchad depuis des décennies dans le cadre d’accords de défense bilatéraux entre Paris et N’Djamena, selon des diplomates européens.

Approuvée mardi par le Conseil de sécurité, la mission des soldats européens sera de faciliter le retour chez eux de centaines de milliers de réfugiés affectés par la guerre civile qui ravage la province soudanaise du Darfour, limitrophe du Tchad et de la RCA, en coopération avec les 300 policiers envoyés par l’ONU pour encadrer ceux des deux pays africains concernés.

Il n’est cependant pas question de désigner dès cette réunion d’Evora les pays qui vont contribuer à la force mixte UE-ONU, le processus nécessitant souvent, outre un feu vert des gouvernements concernés, l’aval des parlements, ont souligné des diplomates européens.


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