Les Brèves de N’djaména : Cotontchad dans la tempête !

La vache à lait de tous les régimes va-t-elle mourir de sa belle mort ? Ces derniers temps ça bouge à la Cotontchad ; à la suite d’une enquête déclenchée par le gouvernement, des agents de la société, certes des seconds couteaux, sont arrêtés : le Directeur de la production, M. Djimaldé, le Directeur commercial, M. Mosset, le Directeur de l’usine de Kyabé, un certain Tao, etc. D’autres sont convoqués à N’djamena et en voie d’être arrêtés. Le DG de la Société, Mangaral Banté, ex Dircab et SGP de Deby, suspendu et empêché de voyager, ainsi que d’autres anciens responsables de la société. Pourquoi ce remue ménage et maintenant ? La Cotontchad est en péril, au bord du gouffre. Son fossoyeur a pour nom Deby qui a pour mains armées un certain Haroun Kabadi.

Dans les années fastes, la production annuelle de la Cotontchad avoisinait facilement les 270.000 T de coton graines, on se rappelle que feu Tombalbaye avait tablé sur 750.000 T pendant la campagne 1974-75, tandis que celle attendue de l’actuelle campagne serait à peine 30.000 T. Une catastrophe ! Parmi les mille et une raisons de cette dégringolade récurrente de la production, il faut citer le comportement rapace et carnassier de Deby et de son bras armé. Depuis 1987, Haroun Kabadi a toujours végété dans ou autour de la Société nationale. Si ce n’est pas son nez, ce sont ses mains, si ce ne sont pas celles-là, ce sont ses pattes qu’on trouve dans les affaires de la société : en tant que DG, PCA, Ministre de l’Agriculture, SGP, et PM. Kabadi a toujours géré directement ou indirectement la Cotontchad.

En 1998, Kabadi détourne toute l’enveloppe destinée à l’achat des engrais sans que personne ne bouge ; rebelote pendant la campagne 2007-2008 dans le cadre d’un marché fictif qui n’a bien sûr pas livré les engrais. Sans engrais, point de production. Le budget des engrais, ce sont des milliards et les détournements de Kabadi sont un secret de polichinelle dans les milieux informés, alors on comprend aisément pourquoi il n’a jamais été inquiété. Dans un passé proche, la vente du coton est l’affaire exclusive de la Direction commerciale installée à Paris, qui place directement le coton auprès des différents acheteurs, lesquels acheteurs versent l’argent directement à la BEAC. Les procédures de la vente du coton tchadien, ainsi que l’autonomie du Tchad dans la vente de son coton étaient vantées par tous les milieux professionnels. Depuis l’arrivée de Deby ce schéma fut chamboulé.

Deby est devenu Directeur commercial bis et Kabadi son agent d’exécution : les deux compères passaient outre la direction commerciale et vendaient eux-mêmes le coton à des privés, majoritairement des nigérians, et bien évidemment les revenus de ces transactions mafieuses ne passent jamais par la BEAC. Il faut dire que Kabadi ne joue pas l’intermédiaire uniquement dans le domaine cotonnier. Il est aussi au centre de l’affaire le dernier marché fictif qui est en train d’éclabousser les Ministères des Finances et de l’Education Nationale. C’est lui qui a scanné la signature de Deby pour l’apposer au bas du document du marché et convoqué le Ministre des finances pour lui demander de débloquer urgemment l’enveloppe sur « instructions fermes du Président », sinon la rentrée scolaire sera perturbée, répétait-t-il inlassablement.

Que ce soit à la Cotontchad ou ailleurs, les vrais responsables ne sont pas ceux qu’on arrête, qu’on suspend, qu’on humilie, etc. C’est juste du cinéma, comme dirait l’autre.

Beremadji Félix
N’djaména


Commentaires sur facebook