Les Brèves de N’djaména : Personne n’est dupe

Dire que la corruption gangrène le régime de Deby c’est vraiment du pléonasme, que tous les paramètres socioéconomiques sont au rouge, c’est de la redondance. Le régime de Deby est ce qu’il est : tous les superlatifs négatifs ont été utilisés et usés pour caractériser et décrire ce régime. Alors la découverte très tardive par Deby des vertus de la moralisation n’étonnera aucun tchadien. Toute cette agitation n’a que deux objectifs : diversion et humiliation.

Diversion, parce que Deby est en panne d’idées, la société tchadienne est en état léthargique et vit de plus en plus mal la main mise complète et totale des Deby ou Itno sur ce qui reste de l’Etat. Son nouveau gourou français lui répète tous les jours « il faut faire quelque chose, sinon ça risque d’exploser sans qu’on ne s’y attende ». Eh bien c’est le genre de divertissement que Deby aime donner aux tchadiens. Humiliation, parce que Deby vit et jouit de l’humiliation ; surtout celle de ses plus proches collaborateurs et en priorité les plus zélés. Un Kabadi menotté et exposé aux cameras des télés du monde entier, ne peut faire jouir que Deby et Deby seul. En matière de corruption et des détournements, Deby ne peut ni donner; ni recevoir des leçons de personne. En effet, toutes les régis financières sont directement contrôlées par lui à travers ses parents placées à la tête de ces départements. Aucun poste, ne fut-il le plus petit, n’échappe à la main mise de Deby : les douanes, les impôts, le trésor, la fiscalité pétrolière, les DAAF des Ministères, toutes les institutions financières des régions et départements, à la tête des sociétés d’Etat (CNPS, STEE, SNER, SOTEL), etc. Ainsi personne n’est dupe. Aucun responsable ne peut ou même oser détourner sans que Deby ne soit au courant à travers son réseau compact composé des fidèles. Et puis, tout le monde sait que les marchés publics sont la propriété exclusive de la famille Deby ; chaque membre détient le monopole dans un domaine bien donné de l’administration. Les Deby obtiennent les marchés et les sous traitent à des sociétés fictives. Si Deby pense amuser les tchadiens par le méli mélo actuel, il se trompe largement. Au contraire on reçoit le vrai reflet de l’image de la personne de Deby, de son entourage et de son système : plus d’une dizaine de membres du Gouvernement et sept membres de son Cabinet sont soupçonnés de détournement, au moins 8 frères ou enfants des membres de son Gouvernement sont derrière les barreaux. Il n’y pas de quoi en être fier.

Kabadi est un fidèle coursier de Deby en matière des détournements; pour le cas d’espèce, plusieurs versions circulent. Selon les méchantes langues, Kabadi aurait convaincu son patron que c’est la meilleure façon d’avoir des liquidités vite et sans problème. Malheureusement pour lui les intermédiaires aurait dilapidé avant que les fonds arrivent chez Deby. Pour d’autres, ce dernier fait d’une pierre deux coups : opération de diversion et se débarrasser de Kabadi pour placer son fiston au Cabinet et Soubiane à la tête du MPS dont Kabadi est le candidat eternel; enfin pour d’autres ; c’est la famille Deby qui est derrière toute cette affaire ; car elle n’accepte pas qu’un « intrus » gagne un marché de cette taille. Toujours est-il que Deby est en même temps en amont et à l’aval de cette opération. In fine, tout cela c’est de la poudre aux yeux des tchadiens et des partenaires. Une fois l’effet médiatique passé, Kabadi sera libéré après un simulacre de procès et réintégrera le sérail ; les autres membres du Gouvernement ou Conseillers cités dans cette affaire, ne seront pas inquiétés, au plus, certains seront éjectés du Gouvernement au prochain remaniement et la vie continue comme s’il n’y a rien eu jusqu’au prochain coup médiatique.

Au pays des malvoyants qui guident les voyants – Deby vient de nommer Bichara Issa, Directeur de Cabinet Civil à la Présidence. Bichara Issa est une des grosses tètes de la République, un encyclopédiste local : 3 doctorats en poche et prépare la quatrième, Général 3 étoiles, en attende de la quatrième (petite précision utiles : toutes les infos sont données par Bichara Issa lui-même et ne sont vérifiables nulle part ailleurs). Bichara Issa est secondé par le propre fils de Deby, Zakaria Idriss Deby. Etonnant? Non ! Condamnable ? Pas du tout ! Mais alors où est le problème ? Il n’y en a pas, sauf que Deby est en train de transformer le Cabinet du Président de la République en « itnoland » : entre Dircab, Aide de camp, Conseillers, Cabinet militaires, il y a au moins 9 Itno, sans parler des neveux, cousins et beaux qui pullulent dans l’administration. C’est le record absolu en Afrique : plus qu’au Zaïre de Mobutu ou Guinée Equatoriale des Nguema.
L’autre petit problème dans la nomination du fiston de Deby ; c’est que, dans le système de ce dernier, c’est toujours l’adjoint qui commande le titulaire, surtout si celui-ci est un Zoulou ou Golf et plus particulièrement s’il est un Itno. C’est la règle dans toute l’administration civile comme militaire. Dans le cas d’espèce, rien de grave, Zakaria Idriss Deby est aussi une grosse tête locale : école primaire sans grand éclat à N’djamena, son père l’envoie en France faire le secondaire, deux semaines après l’inscription dans une école secondaire, la sentence du Proviseur tombe : « cet enfant ne sait ni lire ni écrire le français, il parle une langue proche du créole ». Retour à N’djamena au Lycée Montaigne ; renvoyé à la fin de l’année scolaire pour nullité absolue et non payement des frais scolaires ; parachuté au Lycée Sacré Cœur, il est renvoyé au bon milieu de l’année pour gangstérisme. On se rappelle de la sortie pitoyable du perroquet national : « je vais prendre mes responsabilités », lesquelles ? Aucune réponse jusqu’aujourd’hui ! Econduit au Lycée d’Abéché, il obtient son Bac sans composer ; repart en France pour des études supérieures ; fréquente toutes les facultés de distillation et de fermentation des substances ROH. Renvoyé avant la fin d’année. Atterrit en Tunisie et fréquente toutes les boites où on expérimente les dérivés de ROH. Renvoyé à la fin d’année. C’est le parcours type de cette espèce. Retour au pays natal où il prend la direction parallèle et le monopole des marchés publics. Il rentre dans les bureaux des Directeurs sans frapper, les Ministres lui ouvrent la porte dès qu’on entend sa voix dans les couloirs. Il est le nouveau prince après le décès de son grand demi-frère. Comme on le voit, le Cabinet du Président est entre les bonnes mains ; surtout que c’est l’adjoint qui donne les ordres au titulaire.

Beremadji Félix
N’djaména


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