Chronique armée-défense du 30/9/2007 – Rfi

Depuis deux semaines, au Mont-Valérien près de Paris, un état-major multinational se met en place, dans des locaux spécialement dédiés à des opérations menées en coopération entre plusieurs pays, sous mandat international. Quatre-vingts officiers rôdent ordinateurs et transmisions, ils pourront être jusqu’à 350 au plus fort de l’opération mixte ONU-Union européenne baptisée, Minurcat, qui commencera à monter en puissance à partir de la fin octobre.

La France, qui est une des seules puissances européennes à posséder de telles installations à usage multinational, souhaitait « faire quelque chose » pour le Darfour. Cette province soudanaise au coeur de l’Afrique, où se déroule depuis plusieurs années ce que le président Bush, et depuis quelques jours également le président Sarkozy, appellent un « génocide ». Paris, a donc milité pour que ses partenaires européens engagent l’Union, sous la forme d’ interventions comparables à celles de 2003 et 2006 au Congo. Elles ont laissé un bon souvenir parce qu’elles ont été efficaces et cadrées dans le temps.

Mais Paris a dû aussi, pour faire pencher la balance en faveur de l’action, s’engager à en fournir, si nécessaire, la moitié des effectifs. Or, on le sait, les militaires français sont déjà sur place au Tchad et en Centrafrique, où ils appuient les armées de ces pays en butte à des rébellions. Certains gouvernements, des ONG également, estiment que la France, en raison de son passé et de sa présence dans la région, n’était pas la mieux placée pour tenir un rôle important dans la construction de cette force de l’Union.

Ainsi, le Parlement européen a approuvé, jeudi, l’envoi de cette force à la condition que celle-ci soit « multiple » et « impartiale ». Pour échapper à tout soupçon, le gouvernement français a tenté « d’européaniser » au maximum la force qui sera expédiée à l’est du Tchad et au nord-est de la Centrafrique. Le ministre de la Défense, Hervé Morin, a profité d’une réunion « informelle » des ministres européens de la Défense pour recueillir le plus de contributions possibles, afin de préparer la conférence de « génération de force » qui donnera à cette opération son vrai visage. Mais on sait déjà que le contingent français ne sera pas prélevé sur les opérations bi-latérales actuelles que sont Epervier et Boali. Et que le commandement « stratégique » de l’opération, même s’il a pour base la banlieue parisienne, ne sera pas exercé par un général français. La chaîne de commandement de la Minurcat sera donc entièrement indépendante de celle de l’armée française.

Philippe Leymarie


Commentaires sur facebook