Les Brèves de N’djaména : Le plan double de Deby

Pour les non-avertis des agissements de Deby, le refoulement du Dr. Khalil le 19 mai de l’aéroport de N’djaména vers Tripoli pourrait paraître surprenant. Mais en scrutant les récents événements, on se rend compte que tout n’est qu’un nouveau manœuvre pour mener aussi bien l’opinion internationale que le gouvernement soudanais en bateau.

Les agissements de Deby se justifient essentiellement par les trois facteurs suivants : la personne du Dr. Khalil, sa faiblesse interne et la redynamisation de la rébellion.

Le Docteur

Khalil n’a jamais été du goût de Deby. Il est l’une des rares personnes à N’djaména à ne pas hésiter à le contredire. Deby a l’habitude de donner des ordres. Ceux-ci sont exécutés sans grognes. Mais le président du MJE a toujours sa petite vérification, une remarque qui va à l’encontre du point de vue de Deby. Les directives du palais roses sont bonnement ignorées si elles ne concordent pas aux intérêts de son mouvement. Il n’est pas réceptif des dictons et ne pratique pas sa politique selon l’humeur du palais rose. Enfin Il fait partie de la catégorie de personne que Deby classerait comme rebelle s’il était tchadien.

Les secousses du palais rose

Qu’Abderrahim Bahar soit un dissident interne n’est pas nouveau. Mais que des gens très proches du palais prennent langue avec lui pour palabrer sur l’après-Deby, a mis en rage ce dernier. Tahir Erda, le fidèle à son maitre, aurait aussi pris part à la concertation familiale organisée par Abderrahim. Depuis lors, Deby n’a plus confiance à sa garde rapprochée. Les peu de cellules vivantes dans sa cervelle ne cessent de cogiter mais le terrain semble miné de partout. Il hésite encore à nommer Ismaël Hour, car la confiance n’est plus comme jadis. Donc il a plus que besoin de la force militaire du MJE.

Redynamisation de la rebellion

Après les combats d’Amdam et le ralliement de quelques personnalités de la rébellion, Deby a cru dans son fort intérieur que le danger a été une fois pour toute écartée. Mais les dernières nouvelles ne sont pas du tout rassurantes. L’UFR, qui était un bateau à plusieurs commandants, s’est restructurée sous un unique chef. Les responsables militaires prônent que le moral de leurs troupes est au zénith. Tout ceci n’augure pas des beaux jours à Deby. Alors il se tord, se courbe, s’agenouille et jette non loin des pantoufles d’Elbechir.

Deby se trouve ainsi devant un dilemme. Son autorité commence à lâcher et ses combattants sont usés. Craignant ne pas venir à bout d’une attaque rebelle bien organisée, il tente de leur couper l’herbe sous les pieds. Mais avant d’en y arriver, il doit nettoyer devant sa porte. Voyant le bras de fer avec les soudanais basculer vers lui, il commence à leur faire des beaux yeux. Il débarque même sans invitation à Khartoum et on lui fait savoir que ceci ne suffit pas. Alors Deby promet à ses nouveaux amis de se débarrasser de leur ennemi juré, le docteur Khalil.

Son plan est simple. Satisfaire son voisin de l’est sans perdre le soutien militaire du MJE, car on ne sait jamais. Alors Deby concocte son plan à chasser le visage international du MJE, Khalil. Avec l’action de la mi-mai, il montre au monde entier que le docteur n’est pas le bienvenu au Tchad. Il est humilié à l’aéroport de N’djaména et déporté du Tchad. Mais de l’autre coté, Deby se rapproche des chefs militaires du MJE. Des munitions et du carburant sont toujours envoyés en renfort. Les blessés des combats du Darfour sont soignés dans les hôpitaux militaires tchadiens. Quelques, dont le com chef du MJE, Suleyman Sandel, sont envoyés aux frais du contribuable tchadien pour des opérations délicates à l’étranger. En gros Deby chasse Dr. Khalil et prend sa place et de surcroît peut déployer ses soldats à sa guise. Selon la nécessité, les troupes du MJE peuvent s’engager auprès des soldats de Deby pour faire face aux rebelles tchadien ou percer à l’intérieur du Soudan comme il est le cas actuellement et embêter le gouvernement soudans.

Mais les soudanais savent que Deby n’est pas un homme de parole. Il n’a pas de politique extérieur défini. Tout change selon son humeur et sa stabilité. Son comportement brut envers Khalil n’a fait que bétonner leur analyse. Ils savent qu’il soutient toujours le MJE et ont eu vent qu’une quarantaine des Toyota ont été livrés au mouvement soudanais à partir d’Amjarass après le refoulement de Khalil. Pour le soudanais, il est clair, avec Deby l’avenir est toujours incertain.

Beremadji Félix
N’djaména


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