Les Brèves de N’djaména : Le Tchad sous les décombres

« N’djaména sera la vitrine de l’Afrique centrale », tempête Deby ; « OYE », reprennent en chœur ses thuriféraires. Et ça casse et recasse. Les bulldozers passent et repassent. Déguerpissements, démolitions, etc. C’est sous le soleil torride des mois de mai-juin, à l’approche de la saison des pluies et du mois de ramadan, que Deby a choisi de mettre la population dans la rue ou dans la peur de l’être. N’djaména, la vitrine de l’Afrique Centrale ? Seulement N’djaména ? Et le reste du Tchad ? Pourquoi cet acharnement à vouloir casser coûte que coûte ? N’y a-t-il pas d’autres urgences, d’autres priorités ? A quoi sert d’avoir des belles rues si des problèmes cruciaux de vie et de survie ne sont pas réglés.

Depuis 20 ans le problème de l’eau et de l’électricité n’a pas été résolu. Les infrastructures scolaires sont restées désuètes et le problème des sureffectifs est resté intact sans parler les infrastructures sanitaires. Depuis que les revenus pétroliers ont commencé à affluer, combien des salles de classe ont été construites, équipées avec un nombre d’élèves raisonnable pédagogiquement ? Combien de dispensaires ont été construites, équipées et où on s’y soigne normalement. Dans le propre puits de Deby, Amdjeress, une femme sur quatre meurt à la suite d’accouchement et un décès sur cinq est dû aux morsures des scorpions. Dans les zones d’élevage, combien des infrastructures pastorales et vétérinaires ont été installées et fonctionnent correctement à la satisfaction des intéressés ? A quoi sert de faire de N’djaména la vitrine de l’Afrique centrale si le reste du Tchad est plongé dans la décrépitude. A part N’djaména, seuls Abéché, grâce au conflit de Darfour et les ONG et Moundou par son dynamisme intrinsèque, donnent relativement l’image d’une ville. Le reste des agglomérations, c’est fantôme.

Le Tchad est un des rares pays où la poste ne fonctionne pas dans tout le pays et la société des télécommunications toujours déficitaires ou en faillite. Au fait, combien rapporte aujourd’hui la téléphonie cellulaire ? On connait des pays (le Rwanda) qui ont fait de la téléphonie cellulaire une des principales sources des recettes. Le Tchad est au premier peloton des pays où la dette intérieure et extérieure est colossale : dette intérieure, 100 milliards de CFA et la dette extérieure, 1000 milliards de CFA. Toutes les factures des fournisseurs de 2008, 2009 et les 6 mois du 2010, sont en souffrance au service de la dette. Quand il y a tous ces problèmes et bien d’autres innombrables, à quoi sert de s’acharner sur le béton ? D’ailleurs parlons un peu de ces déguerpissements.

La décision de déguerpir et de reconstruire est-elle une décision personnelle de Deby ou celle du Gouvernement et l’Assemblée Nationale ? Y a-t-il un plan d’urbanisme en bonne et due forme, initié par les services techniques et agréé par les différents organes de l’Etat ? Y a-t-il un plan de compensation et de relogement des victimes des déguerpissements ? Le budget consacré à toutes ces actions figure-t-il bel et bien au budget de l’exercice actuel ? Et bien d’autres questions subsidiaires.

Dans la réalité, Deby s’enfiche que N’djaména devienne une poubelle ( elle l’est déjà) ou une vitrine de l’Afrique centrale. Les vraies raisons de tout cet acharnement sur la population sont ailleurs. A suivre

Beremadji Félix
N’djaména


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