L’armée française : un élément de la stratégie de domination de la France, l’exemple du Tchad (I)

I – Rappel historique

Après la Conférence de Berlin en février 1885, les puissances européennes (Anglais, Allemands et Français) ont entrepris activement la conquête coloniale du bassin du Tchad. La France envoya en direction de notre pays trois corps expéditionnaires armés pour coloniser l’espace tchadien.

L’expédition partie du Congo devait, sur son passage, soumettre les populations locales et anéantir toute forme de résistance qui entraverait sa mission : Gaourang dut signer un traité avec Émile Gentil en 1897, mais le Mbang Modé de Bédaya qui refusa de se présenter aux militaires français fut traqué, débusqué et sauvagement assassiné. Une autre expédition militaire française, composée essentiellement des tirailleurs algériens, était dirigée par le Commandant Lamy. La troisième expédition coloniale partit de la boucle du Niger. Elle était dirigée par les tristement célèbres et atroces capitaines Voulet et Chanoine. C’est cette expédition qui obtient la soumission d’Alifa du Kanem, fin 1899, après une épique bataille livrée à Dibinentchi.


Les trois corps expéditionnaires furent jonction à Kousseri où ils anéantirent, le 22 avril 1900, les troupes de Rabah qui a été tué par les cavaliers baguirmiens, devenus supplétifs de l’armée française. Rabah était un conquérant soudanais, un autre colonisateur du bassin du Tchad. Sur la rive droite du fleuve Chari fut bâti un fort qui fut dénommé «Fort-Lamy», première base militaire de l’armée française au Tchad. Depuis cette date et jusqu’à nos jours l’armée française n’a plus quitté le Tchad, exception faite des brèves réactions épidermiques du CSM et du GUNT (septembre 1975 et mai 1980).


Dans leur entreprise de conquête du reste de l’espace tchadien, le corps expéditionnaire français dut livrer batailles pour prendre les Zaouïas de Bir-Alali et d’Aïn-Galaka tenues par les Sénoussistes venus de la Libye. La résistance de ces derniers à la conquête coloniale française dura jusqu’en mai 1913. Le capitaine Maignan, le lieutenant Berrier-Fontaine et bien d’autres officiers et sous officiers trouvèrent la mort dans la conquête du Borkou-Ennedi- Tibesti.

Au Guerra, l’armée coloniale française donna, en 1913, l’assaut au village de Morgué situé sur une montagne abrupte. Cinquante jeunes hommes et jeunes filles, se tenant par les mains, se sont donnés la mort en sautant dans le vide. Ils ont préféré la mort à la soumission.
Le corps expéditionnaire français infligea une énorme défaite à l’armée ouaddaïenne du Sultan Doudmourrah et prit Abéché, en juin 1909. La pacification du Ouaddaï prit fin en 1911, après des pertes énormes subies par le corps expéditionnaire français dont plusieurs hauts gradés furent tués par les restes de l’armée ouaddaïenne dont le Sultan Doudmourrah prit personnellement le commandement. Parmi les hauts officiers tués par l’armée du Sultan Doudmourrah, on dénombre le Colonel Moll, le capitaine Fiegenschuh et bien d’autres officiers.

En 1917, le colonel Hilaire dirigea une expédition punitive contre le Sultan Bakhit du Dar-Sila qui continua la résistance à l’occupation coloniale. Le Sultan et seize de ses frères furent massacrés par l’armée coloniale.

Il a fallu 17 ans à l’armée française pour venir à bout de la résistance du peuple tchadien contre l’occupation et la colonisation. A partir de 1917, le Tchad a été entièrement intégré dans l’empire de la puissance impériale française.

A suivre: II – Fondements de la politique militaire de la France en Afrique et au Tchad

Mahamat ahmat
N’djaména


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