L’armée française : un élément de la stratégie de domination de la France, l’exemple du Tchad (III et IV)

III- Les interventions militaires françaises au Tchad

Pour pérenniser la présence de son armée dans ses anciennes colonies, la France a signé avec la plupart d’entre eux des accords de coopération ou d’assistance militaire technique et avec quelques autres des accords de défense, gérés et mis en œuvre par le ministère français de la défense.

Les motivations de toutes les interventions militaires de l’armée française ne résistent pas à l’analyse, tant leur fondement juridique est fragile. Qu’il s’agisse d’un accord de coopération et d’assistance militaire technique ou d’un accord de défense, dès que les intérêts étaient menacés, on ne s’est pas encombré par la recherche des considérations et justifications juridiques.

Au Tchad, comme partout ailleurs dans les pays du pré-carré, les accords de défense et leurs clauses sécrètes ne servent qu’à défendre les positions géostratégiques de la France, les intérêts des entreprises françaises et à garantir à vie les pouvoirs des potentats à la tête de nos États.

Habré désirait renégocier les accords de coopération et fermer toutes les bases de l’armée française sur le sol tchadien. Pour la France cela est inacceptable et son ex-protégé doit quitter le pouvoir. Mitterrand estimait que Habré n’a pas rempli avec dévotion ses engagements à garantir les intérêts stratégiques de la France au Tchad. En 1987, il avisa Kadhafi de l’urgence à chasser du pouvoir Habré et le remplacer par Deby.

De 1962 à nos jours, on a dénombré quelques 20 grandes interventions militaires françaises, en Afrique francophone, qu’on pourrait qualifier d’expéditions néo-coloniales punitives.

Mais au Tchad, depuis la conquête coloniale jusqu’aujourd’hui l’ingérence de l’armée française dans les affaires tchadiennes n’a pas cessé un seul instant. Les formes et les ampleurs ont certes variées selon les situations. Il arrive souvent que l’armée française participe directement aux combats aux côtés des forces gouvernementales tchadiennes. Certains engagements tels ceux de 1978, 1983, 1984, 1986 et 1991, 2006 et 2008 ont nécessité un nombre impressionnant de militaires français et des matériels lourds et modernes (avions, chars, missiles…). Ces interventions avaient permis de protéger les régimes chancelants des Présidents Tombalbaye, Malloum, Habré et Deby.

Rappelons que lors de l’opération Manta la France a déployé des Forces gigantesques jamais mises en œuvres sur le continent Africain depuis la fin de la guerre d’Algérie (plus de 4 000 hommes). Depuis 1990 les troupes françaises (éléments de l’opération épervier métamorphosés en éléments français au Tchad) entraînent, équipent et conseillent l’armée de Deby.

L’armée française apporta aide et soutien au MPS à s’emparer du pouvoir, en contrepartie la compagnie pétrolière ELF a obtenu 20% des parts détenues par Chevron dans le consortium pétrolier anglo-saxon (Exxon-Shell-Chevron). L’Ambassadeur de France à N’Djaména de l’époque avait publiquement dit qu’il ne pouvait comprendre que l’armée française garde la maison pendant que d’autres viennent s’empiffrer.

IV- Perspectives d’une nouvelle coopération franco-africaine

Les évènements en Côte d’Ivoire prouvent une fois de plus que la présence militaire française en Afrique est fondée sur la défense des intérêts de la France. On a vu l’armée française détruire les aéronefs de l’armée ivoirienne et tué plus de soixante manifestants civils ivoiriens non armés. Pourtant la France et la Côte d’Ivoire étaient liés par des accords de défense !


La France n’accepte pas, sur son territoire, une présence militaire étrangère mais s’obstine à maintenir en Afrique des Bases militaires !


En effet, il convient de remarquer que la France conteste aux États-Unis d’Amérique le rôle de gendarme mondial que cette dernière veut, coûte que coûte, jouer. Mais la France semble ignorer son propre activisme militaire du gendarme en Afrique francophone.


Les interventions militaires en Afrique, avec ou sans accords militaires, et qui ont sauvé les régimes locaux, font que les peuples africains prennent petit à petit conscience que la présence sur leur sol de cette force militaire étrangère est contre leurs intérêts et hypothèque gravement l’évolution politique et économique de leurs pays.

Imaginez des bases militaires africaines en France! Imaginez la réaction des Français! Quel scandale, quelle humiliation! Mais pourquoi l’inverse ne l’est pas ?
En 1966, le Général De Gaule avait exigé et obtenu le retrait des troupes américaines de la France. Selon lui toute base militaire étrangère aliènerait la souveraineté d’un pays, et nous d’ajouter fut–il ancienne colonie de la France si un tant soit peu que la vérité est universelle !

Si la France, à la place des bases militaires nous construisait des universités, à la place des soldats nous envoyait des professeurs et des médecins, à la place des armes nous donnait des livres et des ordinateurs, le peuple tchadien sera reconnaissant.

Armée Française hors du Tchad.

Mahamat Ahmat
N’djaména


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