Les Brèves de N’djaména : Les grandes manœuvres soudano-tchadiennes

Le Tchad et le Soudan sont-ils revenus à la situation du temps où à El fasher, devant un public médusé et un Omar El Béchir hilare, Deby déclarait que « la rébellion du Darfour est une aventure sans issu et que les rebelles sont des bandits, des coupeurs de route». Toujours est-il que, depuis la réconciliation entre les deux Présidents, les choses semblent avancer à grands pas. Dans le deal, il a été question d’expulser les chefs rebelles respectifs ; ce que Deby a fait maladroitement, fidèle à ses habitudes, tandis que les soudanais faisaient la même chose mais avec beaucoup de tact et politesse, en conservant une ficelle qui les lie aux rebelles au cas où . . .

Deby a remis aux soudanais une liste d’une dizaine des personnes. «Ceux-là renvoyés, je récupérerai sans aucun problème les militaires », avait insisté Deby. Ce qui fut fait. Deby envoya mission sur mission et arriva à faire rallier un groupe des « politiques » qui a longtemps fui le maquis à la faveur des villas de Khartoum et dont les soudanais commençaient à en avoir marre. Contrairement aux déclarations des membres de la délégation gouvernementale qui a négocié le retour de ce groupe, l’accueil sur place fut vraiment glacial c’est le moins qu’on puisse dire. Deby, ragaillardi par le nouveau vent, omnipotent et arrogant, déclara tout de go «ce sont des individus qui ont quitté le Tchad avec les biens de l’Etat, participé à la mort des nombreux tchadiens et à la destruction du pays, si on ne leur demande pas des comptes, ils n’ont rien à demander, chacun n’a qu’à regagner sa famille sans tambour ni trompette». Paroles de seigneur !! Du coté des parents non plus, l’atmosphère n’est plus aux retrouvailles joyeuses attendues: « mais où est- ce que vous partez, pourquoi rallier avec tant de déshonneur, il serait moins humiliant pour vous de continuer à rester comme des refugiés, etc. »

Et dès le lendemain de leur arrivée, les nouveaux ralliés se précipitèrent pour informer leurs collègues restés sur place les conditions et l’atmosphère de leur accueil. Conséquence logique, le groupe d’Abderrahmane Moussa, Gamar Assileck, Mahamat Deliaou, qui séjourne depuis une semaine à El Fasher, à la recherche des âmes sensibles, est repartie presque bredouille. Certains sites l’ont déjà prédit. D’ailleurs certains membres de la délégation de N’djaména cachent mal leur pessimisme pour ne pas dire leur hostilité pour le retour au bercail des « frères égarés » ! A la question : mais pourquoi alors êtes-vous là ? Réponse : « cela nous permet de joindre les deux bouts » ! En d’autres termes, c’est un fonds de commerce si indécent, soit-il !

De part et d’autre de la frontière tchado-soudanaise, la tendance est aux efforts conjugués pour affaiblir les mouvements rebelles. Le Soudan est préoccupé et attend avec beaucoup d’appréhension la date fatidique de janvier 2011, date du referendum d’autodétermination du Sud Soudan, événement dont l’issue est d’une grande inconnue. Dans l’un ou l’autre cas, beaucoup des analystes prédisent une situation chaotique tant pour les sudistes que pour le pouvoir nordiste. La reprise des hostilités entre les deux partenaires est inévitable, directement ou par alliés interposés ; les prémices d’une guerre civile sont aujourd’hui nettement palpables !

Devant cette situation, le Soudan a besoin de sécuriser sa frontière ouest avant de procéder à un nouveau redéploiement de son armée vers le Sud Soudan ; pour ce faire, tous les efforts devraient être conjugués pour avoir les faveurs de Deby sinon le neutraliser ou même l’amener à s’occuper de son cousin (son ancien allié), comme il a promis au Président El Béchir (son nouveau allié) c’est à dire désarmer complètement la rébellion de Darfour par tous les moyens et ce, avant la date fatidique du 1er Janvier , même si les forces de Deby doivent pénétrer au Darfour. Cela signifie qu’en termes debyens « laisser moi le passage pour aller voire ce qui reste de l’UFR »

Les relations entre la rébellion tchadienne et le Soudan sont jusqu’à ce jour, correctes, mais il y a des signes qui ne trompent guère ! Le Soudan encourage fortement les ralliements et les négociations avec Deby. Quant à Deby, il joue pleinement le jeu, avec beaucoup d’enthousiasme et détermination.
Dans cette stratégie de solidarité agissante entre les deux pays, il y a un petit couac dans la machine : la position équivoque du Guide vis-à-vis du problème de Darfour : celui ci a toujours soutenu d’une manière ou autre les thèses des rebelles du Darfour et fait sienne la qualification de « région où sévit une injustice géo-ethnique, politiquement marginalisée et économiquement délaissée », mise en avant par ces mêmes rebelles. La réunion tripartite Deby, El Béchir et Kadhafi à N’djaména, a-t-elle débouchée sur une stratégie commune ?

Présentement Deby est en train d’amadouer fortement le MJE pour reprendre les contacts d’antan. Le MJE qui vient de recevoir un lot très important de matériel, suivez notre regard, est très circonspect à l’égard de ces nouvelles tentatives. On y voit deux cas de figures : soit le poids du Guide a beaucoup pesé en faveur du MJE et Deby comme toujours doit se plier aux exigences du Guide, soit c’est une façon de les amadouer pour les désarmer, conformément à la stratégie adoptée de concert avec El Béchir. Dans ce cas après la fin de la saison des pluies, il est très probable que Deby s’installe dans le Darfour pour nettoyer toutes les rebellions, soudanaises comme tchadiennes, en attendant que le Soudan s’occupe du Sud Soudan.

La fin de la saison des pluies nous promet beaucoup des soubresauts et tous les cas de figure sont possibles !

Beremadji Félix
N’djaména


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