Les Brèves de N’djaména : La lutte continue

La rébellion tchadienne est à bout de souffle, pour ne pas dire en agonie. Seuls quelques hoquets isolés sont encore audibles. La trahison de certains responsables et surtout la défection de beaucoup de combattants qui sonne le glas de cette rébellion. Certes elle est comme un feu de brousse, on l’éteint par ci et quelques instants après une fumée anodine se lève par là et devient un autre feu de brousse.

L’échec de la rébellion tchadienne incombe d’abord et avant tout à ses Chefs en tant que responsables du mouvement. Leur inféodation aveugle aux services des renseignements soudanais, leur confiance sans bornes à ces mêmes services, les chamailleries des cabarets entre eux, le manque de discernement entre l’essentiel et l’accessoire, la transposition de certains comportements et habitudes hérités des différends régimes tchadiens : clanisme, règne et prédominance de l’esprit et des intérêts familiaux sur les intérêts du pays, en sont certaines des raisons endogènes de cet échec.

Le comportement des différends mouvements qui composent cette rébellion et surtout celui de leurs chefs, ont beaucoup exacerbé ceux qui soutiennent ou sympathisent avec sa lutte.

Chaque composante de la rébellion avait ses propres raisons de révolte et son agenda individuel. Certains se sont révoltés contre la dérive totalitaire du pouvoir et le déni de l’Etat et surtout contre l’humiliation et la répression que fait subir aux tchadiens Deby. Ils se sont révoltés contre la mainmise sur l’État par des groupes claniques. Il ya ceux à qui les soudanais ont promis le fauteuil présidentiel sur un plateau d’or et enfin ceux qui aspirent simplement à une alternance ethnique.

Ces contradictions furent transportées à l’Est et transposées dans le vécu quotidien de la rébellion. Dès lors tout est vu, décidé uniquement sous ces angles subjectifs et réducteurs. Dès lors, au lieu de combattre Deby, les groupes rebelles ont commencé à se faire la guerre. Pour certains groupes, la priorité n’était plus faire partir Deby mais plutôt empêcher l’autre à prendre le pouvoir. Il s’en suivit des coups bas, des trahisons, des délations auprès du parrain soudanais, etc. Empêtrée dans les contradictions viles des Chefs, la rébellion a raté par deux fois l’occasion de prendre le pouvoir : à N’djamèna et après les batailles d’Amgoulème et de Kapka où Deby avait carrément fui le Tchad.

Un autre phénomène qui a miné la rébellion est le goût immodéré de certains combattants aux biens matériels. Autant sur les champs de bataille, ils se battent farouchement, autant les batailles terminées, il faut les maintenir en les soudoyant. Des groupes de pression à base familiale se forment, des mécontentements factices se créent pour extorquer le chef. «Si vous ne me retenez pas, je vais rallier Deby, d’ailleurs je ne serais pas inquiété et j’aurai au moins le prix de mon véhicule armé». Tel fut la devise quotidienne de certains combattants.

Les chefs rebelles n’ont jamais réussi à sortir de cette situation anachronique, de cette mal gestion qui ressemble fortement à une photocopie des méthodes de gestion de Deby. Ce dernier traitait les rebelles de mercenaires, en réalité il avait raison sauf qu’ils ne sont pas des mercenaires au service du Soudan mais des mercenaires de la rébellion qui est devenue un fond de commerce pour beaucoup. La preuve en est que, dès que le parrain soudanais a fermé le robinet et expulsé les chefs, tout ce beau monde s’est rué vers Deby tels des chameaux assoiffés se bousculant vers un point d’eau. Au cours d’une réunion, un combattant avait dit haut ce que les autres commençaient à murmurer : «dans son état d’esprit actuel, il faut mieux que cette rébellion disparaisse, car si elle prenait le pouvoir aujourd’hui, le pays deviendrait une colonie soudanaise et pire encore les méthodes de gestion de Deby vont se perpétuer.»

Nous l’avons dit, la mainmise totale des services des renseignements soudanais sur la rébellion et l’incapacité notoire de celle-ci de se débarrasser de cette mainmise et bâtir une stratégie propre et cohérente, sont parmi les raisons de l’échec de la rébellion tchadienne. Cet échec est surtout celui du parrain soudanais qui fait semblant de faire partir Deby sans le vouloir vraiment. « Si ce n’est pas Nouri, Deby est le meilleur garant des intérêts soudanais, et il ne faut jamais laisser arriver au pouvoir un des leaders dont les ethnies font frontière avec le Darfour ou ayant des intérêts familiaux ou claniques dans cette région.» C’est le refrain du courant dominant au sein du pouvoir soudanais. Comme conséquence, le Soudan arme et finance massivement la rébellion et en même temps freine ou même sabote les actions de celle ci.

Depuis l’échec de la bataille d’Amdam, le Soudan a changé radicalement de stratégie en se rapprochant ouvertement de Deby et en commençant à démanteler minutieusement la rébellion sans que les chefs rebelles ne voient rien venir ou ne réagissent ne serait-ce que d’un iota jusqu’à la date fatidique de leur expulsion du Soudan. Le point de vue du courant majoritaire, anti-rébellion au sein du pouvoir soudanais, a remporté.

L’échec apparent de la rébellion actuelle ne change en rien la nature intrinsèquement dictatoriale, anachronique et mafieuse du régime de N’djaména. Sous Deby, le Tchad est le pays d’Afrique le plus pauvre, le plus corrompu, le plus endetté, le plus instable, le plus en insécurité, le plus cher, etc. Les superlatifs les plus négatifs ne manquent pas pour caractériser ce régime. Le Tchad est dirigé par une et une seule famille, celle de Deby. Tous les autres tchadiens sont à son service. Il y a les zélés ou ceux qui veulent se rapprocher d’avantage de cette famille et lui ressembler. Il y a aussi ceux qui veulent s’apparenter à elle, mais in fine tout le monde est à son service. Pour cette famille, le Tchad est une propriété privée. Elle est composée de gens véreux, sans scrupules, foncièrement égoïstes et sectaire dont la seule et unique raison d’être dans ce bas monde est d’amasser le maximum d’argent, par tous les moyens, sans pudeur ni retenue. C’est tout comme si l’argent ainsi amassé les accompagnera dans leurs tombes. De l’image qu’ils vont laisser au Tchad, aux tchadiens et à l’histoire, ils n’en ont cure. Ce sont eux, les membres de cette famille, les vrais mercenaires.

Nantis des ressources financières que lui procure le pétrole, fort de l’échec de la rébellion, de l’instabilité et l’avenir incertain du puissant voisin Soudanais et bénéficiant d’un soutient indéfectible de l’ex puissance colonisatrice dont les intérêts à l’heure actuelle sont incompatibles avec ceux du Tchad et des tchadiens, Deby semble planer sur son trône et avoir des jours meilleurs encore bien longtemps devant lui. Mais en réalité quand «ceux qui sont en bas ne peuvent plus continuer à vivre dans les conditions actuelles et ceux qui sont en haut ne peuvent plus continuer à diriger ou continuer à gérer dans les mêmes conditions», le changement devient inéluctable. Il est indéniable que les tchadiens aspirent au changement même si beaucoup des tchadiens, surtout ceux de l’intérieur l’ont espéré sans qu’eux-mêmes s’y engagent activement. Malgré cette situation apparemment sombre, les ingrédients pour un vrai changement existent encore.

Beaucoup des combattants ont refusé le dictat soudanais et se sont repliés avec armes et bagages à l’intérieur du pays. Ils croient encore à un véritable changement de système politique et économique au Tchad. Et ils sont bien nombreux.

En l’absence d’une rébellion active qui menace le régime de Deby, les tchadiens de l’intérieur ne pourront plus compter que sur eux-mêmes. Vont-ils continuer à baisser l’échine et subir toutes les humiliations en fermant les yeux sur l’injustice sociale criante du système Deby ? Bien sûr que non, cette colère contenue éclatera, sans nul doute. Un jour ou l’autre et Deby et les siens paieront cash tout le mal qu’ils font subir au Tchad et aux Tchadiens.
Beaucoup de tchadiens de la diaspora n’ont jamais baissé les bras, tant sont-ils inébranlables dans leurs convictions au changement. Par diverses réflexions et productions intellectuelles dans les journaux on-line et de mille autres manières et façons, ils résistent et contribuent à la lutte pour le changement en gardant la même foi.

La conjugaison et la somme de tous ces efforts feront tomber le régime de Deby, inchaallah.

Mahamat Ahmat
N’djaména


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