L’obsession sultanale des Deby (suite)

Il a fallu 20 ans à Idriss Deby pour comprendre que Timan Deby est rejeté par la population locale, alors qu’il est intimement et quotidiennement lié à la vie de ce « sultanat. » Pourquoi Deby s’accroche à un titre devenu obsolète et qui a largement fait son temps

Au-delà de l’anticonstitutionnalité de l’acte, les titres traditionnels ont été non seulement placardés par les textes sur la décentralisation adoptés sous Deby, mais ce dernier, plus que tout autre Président, a contribué à banaliser le titre et rôle des chefs traditionnels : destitution en cascades des sultans existants et leur remplacement par des sous fifres sans aucune envergure, actes complètement contraire à la tradition. On a connu au Tchad des ex Présidents, ex ministres, etc., mais jamais un ex Sultan sauf à l’ère de Deby ; création artificielle des cantonnât, division des communautés, des familles, nomination des- non ayant droit comme chefs traditionnels, etc. Deby a divisé et semé de la zizanie au sein de toutes les communautés tchadiennes dans leur vie traditionnelle. Mieux, par évolution simple des esprits, le titre et le rôle traditionnels ont perdu de leur aura d’antan. Alors pourquoi, se rabaisser, se ridiculiser aux yeux du monde et du Tchad pour s’octroyer un titre sans valeur en destituant son propre frère en utilisant ses pouvoirs présidentiels.

On se demande pourquoi Deby a mis tant de solennité pour destituer un Timan qui n’a d’existence que grâce à lui et à lui seul. Timan a été nommé, imposé et soutenu par Deby tout au long de ces 20 ans, malgré (que) personne localement ne le reconnusse ou le respectât, or on a toujours eu l’impression que Timan a une ascendance sur Deby ; dans les réunions familiales c’est la parole de Timan qui passe, la nomination ou destitution de tel ou tel beri se font souvent sur proposition de Timan. Timan a un langage ordurier vis-à-vis de tout le monde mais il est particulièrement arrogant vis-à-vis de Deby, son protecteur. « C’est moi le garant du pouvoir d’Idris, fanfaronne t il ; c’est ma famille maternelle qui est le pilier du régime, » etc. Timan se prévaut toujours de la puissance de sa famille maternelle dans la défense du système Deby, or en réalité il n’en est rien et dans ce domaine même, si Deby ne se prévaut souvent pas du poids de sa famille maternelle, pour autant il n’est pas du tout en reste par rapport à Timan.

Il faut souligner que les fanfaronnades de Timan concernant le poids de sa famille maternelle ont réellement complexé Deby, à un moment donné, Deby a cru dans son subconscient que Timan le surclasse sur ce point, et l’opinion avec. Or, c’est complètement faux. Ceci peut être explique cela : pour démettre Timan Deby a pris des mesures sans commune mesure avec l’événement : conclave familiale pendant plus d’une semaine, mise en alerte discrète de la GR, renvoi de tous les postes des enfants et les enfants des frères de Timan et surtout union sainte des Itno autour de Deby contre Timan. Tout ceci pour ça ? Timan n’est rien et n’a rien sans Deby Président. Nommé par un arrêté ministériel, il fallait tout simplement un petit arrêté et nommé son remplaçant aussi par un arrêté !

En démettant Timan en avançant des arguments déjà connus du genre « Timan est impopulaire » ou fallacieux et sans preuves du genre « Timan est entrain de vouloir faire un coup d’Etat avec le Chef du MJE pour mettre à ma place un des enfants du défunt Ibrahim Mahamat Itno », etc., Deby veut réaliser et pense le pouvoir le faire, un rêve ou un complexe familial : soumettre les bilia et montrer ainsi la suprématie des Deby sur les autres. Bien que ne connaissant pas le titre du Sultan dans leur organisation sociale, chez les beri du bilia, le titre du Sultan est mythique et déifié en quelque sorte, donc supérieur à tout autre titre. Deby veut donc s’accaparer de ce titre pour réaliser un rêve qu’il ne l’a pas pu avec son titre de Président. A défaut de pouvoir se décréter Empereur ou Président à vie, Deby s’est rabattu sur le titre incongru, démodé et en voie disparition, de sultan. La recherche effrénée du titre, de la gloire, de la domination, est le propre des arrivistes, quitte à se ridiculiser ou être la risée du monde entier. C’est une tare de complexe qui anime les Deby en général. Rappeliez vous des déclarations de l’intello de la famille ? « Mon grand père à tué un dinosaure, vers les années 1800, mon grand père possédait 12000 têtes des chameaux ! » des balivernes, même pas un âne à cette période, actuellement, oui ! Il y a quelque chose qui cloche dans la tête des Deby.

Beremadji Félix
N’djaména


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