Les Brèves de N’djaména : Les récipiendaires du cinquantenaire

Distinguer ceux qui ont contribué quelques fois par leur vie à l’avènement de l’indépendance ou qui ont contribué à la renaissance politique, économique, culturelle, etc., du Tchad, est une idée lumineuse. Ces genres d’initiatives permettent de revivre l’histoire de notre pays, de se rappeler des hommes et des femmes qui ont joué un grand rôle dans l’avènement et la construction du jeune Etat, d’honorer leurs mémoires, etc. Mais au pays des Deby, toute bonne idée est d’emblée détournée, falsifiée, banalisée.

L’idée de distinguer 50 personnalités tchadiennes a circulé depuis un bon bout de temps a fini par se concrétiser avec l’émergence des noms de Deby Itno et Maimouna Tchounnaydo. Paradoxalement ces deux noms ne figurent plus sur le décret officiel ! La liste en question a pratiquement mis plus de deux mois avant de voir le jour, 65 au lieu de 50 symboliques. Ça dénote à quel point la liste a fait l’objet des tractations et des marchandages, pour finir par une liste tribalo régionaliste, équilibriste clientéliste, très loin de ce que les tchadiens attendaient. De la pure bouffonnerie debyenne : des illustres inconnus, comme dirait l’autre, des membres de la cour du sultan Idris Deby, ses griots et bouffons. Les bourreaux et leurs victimes. Le fait d’avoir été membre des premiers gouvernements de la République ou qu’on soit le seul alphabétisé de sa région ne fait pas de vous une personnalité à distinguer.

De tous les Présidents, seul H. Habré manque à l’appelle. C’est parfaitement compréhensible, autrement le Guide Suprême aurait fait décoller les MIG. Il en est de même pour Hassan Djamous, toujours le veto du Guide. Puisqu’on parle de ceux qui ont joué un role déterminant dans l’histoire politique du Tchad, on ne comprend pas de la liste debyenne l’absence d’Ibrahim Abatcha, l’homme par qui le bonheur des uns et le malheur des autres ont commencé. Deby a la mémoire courte, s’il est aujourd’hui le Sultan du Tchad, Ibrahim Abatcha en est pour quelque chose indirectement. Le successeur d’Ibrahim Abatcha, le Dr Abba Sidick est aussi absent. André Mougnan et Outel Bono ne sont pas des moindres. Gabriel Lisette. Allahou Tahir, un des rares survivants du siècle passé, premier Président de la première Assemblée nationale.

Puisqu’on parle aussi de ceux qui ont contribué au rayonnement culturel et sportif du Tchad, l’absence de Joseph Brahim Seid de la liste est difficilement explicable. L’auteur du « Tchad sous les étoiles » était effectivement l’étoile de son époque. Pour réparer cette grotesque injustice, il suffit de dénommer l’Université du Tchad à son nom ; l’Université du Tchad à laquelle Joseph Brahim Seid a légué toute sa riche et très diversifiée bibliothèque.

Ceux qui ont levé haut le drapeau du Tchad manquent également à l’appel: Idriss Mahamat Ouya, Ahmat Issa, Mahamat Senoussi, Maître Kinder De Gaulle. Parmi les artistes : Moussa Chauffeur, Issa Moussa, orchestre Chari jazz, Maître Gazonga pourtant très proche de Deby, etc.

La présence massive sur la liste debyenne des sultans et autres chefs des cantons, témoigne de l’attrait que suscite chez Deby, la vie et les méthodes de cette catégorie : monarchie divine, droit de vie et de mort sur leurs sujets, exploitation inhumaine des populations sous leur autorité, collaboration avec l’ennemi colonisateur et enfin suppôts de tous les dictateurs post indépendance. Apparemment Deby aime ces gens. Le seul Sultan qui a résisté les armes à la main à la pénétration coloniale manque à l’appel : le sultan du Ouaddaï, Doudmourrah !

Quelques remarques sur certains noms figurants sur la liste debyenne : Pierre Goudiabi Atepa ; c’est un architecte sénégalais, constructeur de tous les bunkers des dictateurs africains, ami de ces derniers, il est en affaires mafieuses avec Deby depuis l’arrivée de ce dernier au pouvoir. C’est la seule raison de sa présence sur la liste. Aucun service au Tchad et aux tchadiens. Lt Hissene Abakar Haggar : ça fait sourire ! Amèrement bien sûr. Bien apprécié par ses camarades du Lycée franco arabe d’Abéché des années 70, Hissene Abakar, de la famille Haggar d’Iriba, était un lauréat de l’Ecole des Officiers de Ndjamena. En janvier 1983, la Libye attaquait le Tchad par GUNT interposé. Une grande bataille s’est engagée à Ounianga entre les forces du Gouvernement (FAN) et celle du GUNT. Le lt Hissene Abakar était dans le même véhicule qu’un certain Idris Deby qui commandait les forces gouvernementales. Hissene et plusieurs des combattants FAN sont descendus des véhicules pour faire face à l’ennemi. C’est à ce moment que Idris Deby choisit de s’enfuir avec le véhicule et ce fut la débandade. Hissene et ses camarades hélaient les fuyards en leur disant que l’ennemi est contenu, il faut s’arrêter de fuir. Mais rien ne peut stopper quelqu’un qui fui une bataille. Après des combats acharnés, Hissene et ses camarades furent capturés et faits prisonniers. Reconnu formellement par le Gl Djogo, étant ancien de l’école des officiers, le Lt Hissene Abakar fut exécuté sur ordre personnel de GOUKOUNI WEDDEY. Apparemment Idris Deby a un cas de conscience. Mahamat Issa : Colonel de l’armée tchadienne, rentré en rébellion contre le régime de Deby, Chef d’Etat major des FUC de Mahamat Nour Abdelkerim Mahamat Issa est mort les armes en mains, en combattant le régime de Deby, à la porte de Ndjamena lors de la grande escapade des forces du FUC. Est-ce la raison pour sa distinction ?

Voilà, la liste debyenne est à l’image de Deby, de son système, de sa gestion de l’Etat : une bonne idée mais dénaturée, bâclée, banalisée et finalement ridicule.

Au fait pourquoi des illustres tels le perroquet national, les 3X fois Dr et Gl, Mme Hinda, etc., ne figurent pas sur la liste ? Ce n’est pas vraiment juste !

Beremadji Félix
N’djaména


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