La famine menace des milliers de réfugiés dans l’est du Tchad – Reuters

Mahamat jette un regard par-dessus l’écharpe de sa mère, les yeux vitreux et interrogateurs. Les os de ses épaules sont saillants, des mèches de cheveux roux recouvrent sa tête, trop grande par rapport à son petit corps. Il n’a que deux ans mais il a déjà le regard hagard d’un vieil homme.

Selon des organisations humanitaires, les taux de malnutrition et de mortalité atteignent des niveaux alarmants chez les enfants parmi les 170.000 civils tchadiens déplacés par les conflits qui déchirent l’est de leur pays, voisin de la région soudanaise du Darfour dévastée par une guerre civile.

Certains, comme Mahamat, sont tellement malades qu’ils ont besoin d’une assistance médicale 24 heures sur 24.

« La situation dans les camps de déplacés de l’est du Tchad est bien au-dessus des seuils d’urgence », explique Johanne Sekkenes, coordinatrice pour l’organisation humanitaire Médecins sans frontières (MSF) dans le village de Kou Kou.

Les Tchadiens ont été chassés de leurs maisons par une accumulation de conflits: les raids transfrontaliers des miliciens arabes djandjaouid venus du Darfour, les heurts entre communautés arabes et non-arabes et les attaques des rebelles tchadiens.

En comptant les dizaines de milliers de réfugiés soudanais qui sont venus se réfugier dans cette région aride, près d’un demi-million de personnes dépendent de l’aide humanitaire pour leur survie dans l’est du Tchad.

Depuis le mois dernier, c’est une course contre la montre qui a commencé pour acheminer l’aide humanitaire avant le début de la saison des pluies, synonyme de routes impraticables.

A l’initiative du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, des avions militaires français ont entamé un pont aérien pour acheminer des vivres.

Des organisations humanitaires s’emploient également à fournir aux familles des bâches en plastique pour protéger leurs abris fragiles.

Mais pour beaucoup, cette opération humanitaire est trop limitée et trop tardive. « L’aide internationale arrive très tard et plus on approche de la saison des pluies et plus cela va être difficile« , explique la coordinatrice de MSF.

AIDE TROP LIMITEE, TROP TARDIVE

« On essaie de rattraper le temps perdu (…) mais on a besoin d’une aide supplémentaire et il faut que cela monte en puissance rapidement », ajoute-t-elle.

Selon une récente étude de MSF, sur 1.000 enfants de moins de cinq ans vivant dans les camps de réfugiés, 400 souffrent de malnutrition.

MSF a ouvert il y a deux semaines dans le camp d’Habile une structure d’hospitalisation pour s’occuper des problèmes de malnutrition.

Les cas les plus graves, comme Mahamat, sont pris en charge dans une tente blanche qui sert d’hôpital pour les personnes qui ont besoin de soins 24 heures sur 24.

Un bébé qui venait d’y être transporté est décédé dans l’heure.

A quelques kilomètres de distance, dans le camp de Koubigou, où vivent 3.000 nouveaux arrivants, Hawai Issa frotte deux pierres l’une contre l’autre afin d’écraser de grains de millet pour préparer une bouillie liquide.

Depuis qu’Hawai et ses neuf enfants sont arrivés dans le camp, voici quatre semaines, c’est la seule nourriture qu’ils ont avalée.

« Parfois, on gagne un peu d’argent en lavant le linge des gens mais les jours où nous ne trouvons pas de travail, nos enfants ont faim« , explique Hawai, qui a fui sa maison il y a huit mois.

« Ils pleurent toute la nuit parce qu’ils ont faim. Avant nous étions forts mais aujourd’hui vous pouvez voir combien nous sommes maigres parce qu’il n’y a rien à manger. Nous nous sommes habitués à cette sensation de faim« , raconte-t-elle.

Hawai dit n’avoir reçu une aide alimentaire qu’une seule fois.

« Les djandjaouid nous ont laissés sans vêtements et avec rien à manger. Que pouvons-nous faire ? », demande-t-elle.

Compte tenu du nombre de personnes qui dépendent de l’aide humanitaire, il est inévitable que certaines familles passent à travers les mailles du filet.

« Il y a un besoin énorme – nous devons tout fournir à ces personnes, depuis l’eau et la nourriture à un abri mais les ressources sont extrêmement limitées« , souligne Luc Brandt, du Haut Commissariat de l’Onu pour les réfugiés (HCR) dans le camp de Koubigou.

La saison des pluies, lorsqu’elle arrivera, rendra les routes impraticables et isolera les camps de réfugiés. Mais elle les protègera également de nouvelles attaques. Pendant quelques temps au moins.

Stephanie Hancock


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