Les Brèves de N’djaména : Deby très inquiet

Comme annoncé il y a de cela quelques semaines, Deby est arrivé le 23 mai à Khartoum accompagné du Gouverneur de l’Oubangui Chari, François Bozizé. Deby est venu mettre Bozizé au service d’El Béchir. En effet, ce dernier est très fâché pour avoir été dupé par les occidentaux qui n’ont tenu aucun de leurs engagements, ni promesses : accord de paix avec les rebelles de Darfour, allègement des poursuites judiciaires contre El Béchir, etc. Aussi voudrait-il les faire payer en allumant la guerre au Sud Soudan par l’intermédiaire des nombreux groupes rebelles qu’il a créés et qu’il finance.

Ces groupes rebelles devraient avoir une base arrière à partir de laquelle ils doivent mener des opérations militaires, recevoir des aides de toute nature. Cette base sera donc le département de l’Oubangui Chari du Gouverneur Bozizé qui voit ainsi une occasion en or pour barrer la route à ses propres rebelles Deby, farouchement opposé à l’indépendance du Sud Soudan pour des raisons de politique intérieure, sera l’intermédiaire très intéressé. C’était donc le but secret de ce déplacement

Les soudanais auraient voulu s’en tenir strictement aux relations trilatérales dont l’objectif principal est de déstabiliser le Sud Soudan et par ricochet, les rebelles centrafricains. Les Soudanais n’auraient pas voulu aborder d’autres sujets qui fâchent. Tel n’est pas l’entendement de Deby. Apparu « très en l’air, énervé », à la limite, hagard, Deby avait plusieurs dossiers dans sa serviette :

  • Le cas des opposants tchadiens au Soudan : selon des témoins oculaires, Deby aurait reproché aux soudanais de continuer à entretenir la rébellion tchadienne, sinon il comprend très mal l’activité intense à travers l’internet, organisée par les opposants sans que les soudanais réagissent ; mieux il avait à plusieurs reprises demandé la déportation vers le Tchad ou l’expulsion du Soudan de certains éléments de l’UFR dont la liste a été communiquée à plusieurs reprises aux soudanais.
  • Deby aurait fourni aux soudanais « des preuves intangibles » sur les relations très étroites qu’aurait l’UFR avec le CNT (Conseil National de Transition) libyen et les préparations de l’installation de l’UFR en Libye dès l’éviction de Kadhafi. Selon « les mêmes preuves », l’UFR est en train de recruter des jeunes tchadiens et les envoyer en renfort pour soutenir le CNT et que des responsables de l’UFR font des va-et-vient entre le Soudan et Benghazi. Les soudanais auraient écouté d’une oreille distraite et de manière assez perplexe toutes ces accusations. Pour le calmer, ils ont procédé scéance tenante à l’arrestation de certains cadres de l’UFR dont on ne connait jusqu’à ce jour ni le sort, ni leur lieu de détention. Selon les mêmes, Deby serait très inquiet des supposées relations entre l’UFR et le CNT et qu’il aurait demandé aux soudanais de nettoyer toute survivance de l’opposition armée tchadienne avant la chute de Kadhafi. Selon Deby, Kadhafi tombé, une autre rébellion verra le jour dont le noyau serait composé de ceux qui séjournent actuellement au Soudan.
  • Qui de Deby ou les services des renseignements soudanais a pris l’initiative, on ne sait pas encore. Mais contre toute attente, des responsables de l’UFR à Khartoum ont été reçus par Deby. Debout, Deby aurait évacué la rencontre en une fraction de seconde : «voyez les modalités pratiques de votre retour avec Chaïbo, le DG de l’ANS. » Point à la ligne. Déception sur toute la ligne chez tout le monde. Selon les mauvaises langues c’est contre cet entretien avec Deby et sous la pression des renseignements soudanais que les mêmes responsables « auraient vendu » un des responsables de l’UFR qui essayait d’éviter les renseignements soudanais depuis un bon bout de temps.
  • Deby a formellement demandé aux soudanais de jouer l’intermédiaire entre lui et le CNT en utilisant le concours des égyptiens. «Kadhafi, c’est fini et il faut que je renoue avec ces gens-là », a déclaré Deby. Les soudanais étaient clairs à ce sujet : trop tôt et sujet très sensible compte tenu du degré de l’engagement de Deby aux cotés de Kadhafi.
  • Dernier sujet développé par Deby et qui aurait fortement embarrassé voir même étonné ses interlocuteurs. Deby aurait péroré longuement sur « une présence active » des cadres du Sud du Tchad au Soudan. Deux cadres du sud du Tchad auraient séjourné à Khartoum pendant au moins deux semaines chez un dignitaire du Sud Soudan avant de regagner le Tchad en passant par Juba et Kampala. Sans parler des séjours fréquents de ces mêmes cadres au Sud Soudan. Quel est le rôle du Soudan dans ces va-et-vient, aurait-il demandé. Les soudanais très surpris par la question, seraient restés bouche bée !

Selon des sources concordantes, Deby et son doungourou auraient quitté Khartoum pas très satisfaits.

Beremadji Félix
N’djamaéna


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