Les Brèves de N’djaména: Abdelrahmane Khouloumallah au gnouf de Deby

M. Abderrahmane Khouloumallah (Akhou), ex porte-parole de l’UFR, a été accueilli à l’aéroport de N’djaména par la police et conduit à la Maison d’arrêt. Pourtant Khouloumallah semblait avoir bien négocié son ralliement. Il aurait fait intervenir tous ses amis : les soudanais, les français et surtout les tchadiens de l’entourage de Deby. A tout ce monde, Deby répétait inlassablement «qu’il peut rentrer, il n’y a pas des problèmes, etc.». Ce dernier écarta d’un revers de main dédaigneux les soi-disant préalables posés par Khouloumallah.

En le faisant arrêter, Deby fait d’une pierre deux coups : d’une part il fait savoir qu’il y a, au Tchad, de la justice, que tous ceux qui ont été condamnés par contumance par cette même justice doivent purger leur peine. D’autre part, Deby répond aux appels de ses pulsions naturelles. Rancunier et pervers, il se venge sur ceux qui ont osé de l’affronter et envoie par la même occasion un message fort aux autres qui continuent à résister à son régime dictatorial : il n’a besoin de personne ! Ceci dit, Khouloumallah n’est pas dans une cellule de la maison d’arrêt, il est installé sous le grand arbre, en face de la maison du Directeur de la maison, arbre qui fait office de cellule pour les hautes autorités incarcérées. En plein air. Khouloumallah reçoit de la visite, c’est tout Ambassatna, pardon N’djamena qui vient le voir. Des « soufra » garnis de toutes sortes de mets y jonchent.

Khouloumallah était le premier à avoir préconisé l’arrêt de la lutte armée après le démantèlement de la rébellion par ses amis soudanais. Après avoir déclaré son ralliement à Deby, ce qui l’exclue ipso facto de l’UFR, il a pompé un communiqué pour soutenir le régime libyen et vilipendé ceux qui disent le contraire. Pour toutes ses raisons et bien d’autres, Khouloumallah devrait bénéficier des raccourcis procéduriers : le procureur doit lui rendre visite pour la forme, si ce n’est pas déjà fait. Un décret d’amnistie devrait être en circuit, décret qui conduira à la libération prochaine de Khouloumallah. A la maison familiale à Ambassatna, les moutons vont remplacer les soufra et les salamalecs vont se multiplier jusqu’à ce que, dans les brouhahas des retrouvailles quelqu’un du Protocole d’Etat se glisse et souffle aux oreilles de Khouloumallah que « le Patron a besoin de lui».

Sous les regards ébahis et envieux des visiteurs, Khouloumallah s’habille et suit l’envoyé du Patron. Arrivé devant le patron ; Khouloumallah se jette aux pieds dudit Patron avec des sanglots d’un enfant qui a perdu sa mère. Deby, un peu gêné, le calme et amorce une sorte de conversation en signe de bienvenue et donne la parole à AKhou. Et là, la vanne s’ouvre. Akhou parle et parle, s’excuse, regrette, jure ; et puis s’en prend à la rébellion, aux leaders de la rébellion : celui-ci est traité d’incompétent et naïf ; celui-là d’alcoolique, un autre d’analphabète, un autre encore malade physiquement et mentalement, comment il a contribué personnellement à démanteler la rébellion, loue les exceptionnelles qualités de stratèges politiques et militaires de Deby, etc.

D’abord tendue au début, l’atmosphère devient au fur et à mesure de gambades d’Akhou, hilare et électrique. Deby rit aux éclats, demande de servir AKhou à boire et à manger et lui demande continuer et Akhou de s’executer ! C’est très tard que Deby prendra congé de son haut en lui promettant de se revoir. Les visiteurs attendaient le retour d’Akhou pour jauger l’atmosphère de la rencontre. Et ils sont servis ! Le visage palpitant et rigolard d‘Akhou en dit suffisamment.
Akhou va continuer à avoir de la visite, lui-même va rendre visite aux membres du clan ; continuer à dire du mal de la rébellion et des leaders de la rébellion. Entre temps ses amis de la Présidence assiègent Deby pour trouver un point de chute. Akhou ayant des solides rentrées chez les soudanais et français, on lui donnera le choix du poste d’Ambassadeur de Paris ou de Khartoum. « Et… la vie est belle, on s’en fout, je m’en fous… »

Beremadji Félix
N’djaména


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