L’armée soudanaise à la recherche des combattants

Le gouvernement soudanais vient de faire un constat amer sur son armée : en dehors des négro-africains de l’ouest et des Djandjawids, il n’y a pas des militaires de terrain ! Il faut se rappeler que l’armée soudanaise était composée de 95% de négro-africains mais commandée à 100% par la petite minorité Djellaba du nord. En utilisant la fibre confessionnelle, les darforiens, les kordofaniens et les arabes d’Abiey étaient en première ligne des batailles au sud pendant la guerre de libération jusqu’en 1995.

La fin de la guerre du sud a fait apparaître au grand jour la différence de traitement des anciens combattants, en effet les noirs sont exclus de tout : les soins aux victimes de guerre, la récompense des « martyrs, la promotion aux grades supérieurs, la responsabilité, les récompenses en nature, etc. La fronde, commencée dans les milieux noirs, a abouti à la création du mouvement revendicatif des noirs de l’ouest, le MLS. En faveurs des erreurs de comportements des dirigeants du MLS, le gouvernement de Khartoum trouva une faille qu’il exploita au maximum : tribaliser la révolte. C’est ainsi que le gouvernement a fait passer le message comme quoi ce mouvement est en fait créé par les négro-africains contre les arabes nomades du Darfour et du Kordofan, d’où la création des fameux djandjawids ; ces arabes nomades, majoritairement tchadiens ayant fui soit la sécheresse des années 70 ou les affres de la guerre des années 80.N’eût été la perspicacité et la ténacité de ces nomades, le régime de Khartoum n’aurait pas résisté une seule seconde aux assauts des rebelles ; la suite on la connait.

L’affaiblissement du mouvement revendicatif dû surtout à la combativité des djandjawids mais aussi à la présence de la rébellion tchadienne à la frontière, a sonné le glas des ardeurs des djandjawids, en effet le régime de Khartoum a utilisé les mêmes recettes à l’égard des combattants arabes que les noirs revenants du sud, càd les presser comme de citrons, les salir auprès de l’opinion nationale et internationale et ensuite les abandonner à leur triste sort !

L’éternel recommencement de l’histoire ! Le MJT, soutenu par les nouvelles forces du sud Kordofan et du Nil Bleu, est ressuscité de ces cendres et devient une menace réelle pour le régime de Khartoum qui s’aperçoit pour la 1ère fois qu’il n’a plus des militaires pour faire face à la menace : les négro-africains et les djandjawids, s’ils n’ont pas pris fait et cause pour l’opposition armée sont démobilisés et servent d’agent de liaison à la rébellion ; ensuite plus de la rébellion tchadienne qui a servi de garde-frontière et de bouclier pendant plus de 4 ans ! Alors que faire ?

Le régime soudanais a d’abord beaucoup misé sur Deby pour contenir, sinon empêcher le MJE de franchir la frontière. Or les fissures du clan à N’djaména sont telles que Deby n’a plus de mainmise sur sa milice. Se rappelant que des slogans djihadistes avaient galvanisé les combats contre les sudistes de John Garang, le régime de Khartoum a ouvert des camps de recrutement de Djihadistes à Damasène dans le Nil Bleu: aucune âme sensible n’a pointé le nez ! La même démarche a été effectuée en direction des universités et des écoles, sans succès ! Enfin le régime, à travers ses services secrets vient d’abattre la dernière carte : le recrutement des anciens UFR. Exclus de cette opération les Zaghawa et les Goranes. L’opération a débuté a Eldjeneina où un certain Dr Mustapha – ressortissant du Guerra, opposant domicilié depuis 1975 à Nyala – a été contacté par le service de sécurité soudanaise pour un regroupement des ex UfCD et assimilés. Il lui a été signifié clairement que ces combattants seront enrôlés dans l’armée soudanaise et ils auront les mêmes droits. Selon nos informations tous les tchadiens ont unanimement rejeté l’offre, malgré les conditions de vie difficiles qu’ils traversent. Il faut signaler en passant que l’arrestation de Mr Djibrine Assali est liée à cette affaire, soit qu’il a beaucoup parlé soit qu’il n’est pas d’accord avec l’option.

Changement de stratégie. Aux dernières informations, le régime s’est rabattu sur les anciens combattants arabes, mais en prenant soins de leur dire que c’est une opposition armée « contre le régime Deby qui n’a pas respecté ses engagements ». Selon les soudanais, les éléments du MJE sont bel et bien à l’intérieur du Tchad surtout à Bahaï où Timan Deby les accueille, héberge au nez et à la barbe de son frère de Président, et ce, contrairement aux allégations de Deby président. « Ils procèdent aux recrutements massifs de tous les frontaliers ; donc Deby est incapable de maîtriser la frontière et nous trompe en même temps ». Aussitôt dit, aussitôt fait un camp d’entraînement est ouvert avec une vingtaine de véhicules à MOUKDJAR à l’extrême sud de Darfour dans la zone d’Am-DOUKHN bien connue des éléments de l’UFR, où on tient un tout nouveau langage, à savoir « le gouvernement soudanais s’est lamentablement trompé en misant sur un Goran puis sur un zaghawa et en refusant en même temps de donner la possibilité aux arabes de diriger le Tchad. Cette fois-ci c’est votre tour, organisez-vous». Le commandement de ce camp est confié surtout aux anciens travailleurs immigrés en Irak chez qui on trouve une fibre baasiste nationaliste prononcée. La base croit fermement à une rébellion arabe destinée à libérer le Tchad des noirs alors que leurs chefs jouent sciemment les jeux des soudanais en changeant de discours selon l’interlocuteur ; tantôt ils se font passer pour une rébellion anti gouvernement soudanais, parce que, disent- ils, on a écarté tous les arabes darforiens du forum de Doha, tantôt ils clament haut et fort qu’ils combattent le régime Deby, malheureusement la réalité est au-delà.

Toutes ces manœuvres seraient passées inaperçues si les soudanais et leurs acolytes mettaient un peu de discrétion dans leur déploiement dans la zone. Non seulement ils rentraient et sortaient dans les grandes villes (Eldjeneina, Forboranga, Am-doukhn, etc.) au vu et au su de tous les services de sécurité, mais ils ont poussé le culot d’aller agresser un camp de LJM, une fraction de la rébellion du Darfour, fraîchement réconciliée avec le régime soudanais en faveur des accords de Doha et ce, pour récupérer quelques militaires démobilisés aux fins de grossir leurs rangs. Le tout nouveau Vice-président, darforien de son état et bénéficiaire desdits accords, a été saisi pour éclaircir la situation.


Correspondance particulière d’Eldjeneina


Commentaires sur facebook