Les Brèves de N’djaména: Drôle de réconciliation

Timan et Idris Deby se sont-ils réconciliés ou non ? Les avis divergent selon les camps. Oui, répondent en chœur les affidés de Deby President ; Non ; leur rétorquent ceux d’en face. En réalité c’est Oui et NON !

Deby avait toujours dit à ses thuriféraires que les plaintes et autres pleurnichements de Timan Deby n’iront pas au-delà de ouadi de Bahaï, que Timan n’a aucun soutien local et il n’est capable d’aucune menace de quelle nature que ce soit, donc laisser Timan raconter ses malheurs au petit groupe de sa famille maternelle qui le soutient moralement. Mais le ton a vite changé depuis le retour avec tambours et trompettes du chef du MJE. Cousin direct, Timan Deby est aussi le supporteur infatigable du Chef du MJE. La menace est perçue de partout. Les éléments de la rébellion tchadienne en déshérence dans la région peuvent bénéficier d’un appui logistique du MJE, c’est ce qui inquiète le plus Deby. D’ailleurs cela a précipité les conciliabules entre Deby et les membres de l’UFR, rentrés à N’djaména. Le Soudan, de son côté, pense que si le conflit Deby/Deby persiste, le MJE risque de reconstituer ses arrières bases tchadiennes, alors il presse I. Deby de se réconcilier avec T. Deby, le Sultan déchu. I. Deby, , délègue Daoussa Deby en villégiature dans la région pour gérer la crise libyenne, pour ramener Timan au bercail familial. Daoussa mobilise tous les notables de Bilia auprès de Timan ; celui-ci a un seul mot : « mon turban ou rien». Finalement on lui promet le fameux turban. Daoussa et ses notables réussissent à organiser la rencontre tant attendue à Amdjeress.

Les deux protagonistes font donc des aller-retour à partir de leurs fiefs respectifs : Timan, de Bahaï et Deby, de N’djaména. Selon des témoins oculaires, la grande retrouvaille familiale pour laquelle le I. Deby a fait le déplacement n’a pas duré plus de 30 mn. Selon les mêmes sources, l’atmosphère n’était pas vraiment à la joie, la tension est palpable, les visages sont renfrognés. Dès l’ouverture de la séance, une voix crie « Al fathiè, que le Tout Puissant châtie le diable qui sème la discorde entre les frères ! » Et un marabout convoqué pour l’occasion fait une longue prière où il est question de la paix et de la réconciliation : après la fin de la prière tout le monde refraine « afou, afou, afou » et on demande à Timan, le petit frère de se lever et donner la main à son grand frère, ce qu’il fit. Après les poignées des mains chaudes, Timan Deby prend la parole : « mais attendez, je suis très content de rencontrer mon grand frère et lui dire « al afou », mais au fait y a-t-il un problème entre lui et moi ? Aucun ! Le seul point de discorde c’est le problème de mon turban qu’il a arraché illégalement, alors après cette retrouvaille pourrais-je être sûr que je suis rétabli dans mes droits ? » Aussitôt, ce sont tous les notables intermédiaires qui lui répondent en chœur : « non, ce point n’est pas à l’ordre du jour, n’en parlons pas maintenant, nous avons des sujets plus urgents et importants, on en parlera plus tard ». Et I. Deby d’enchainer : « petit frère, c’est toi ou c’est moi, c’est la même chose, le turban reste toujours dans la famille, mais on peut en parler plus tard».

Timan éclate d’un grand rire et dit « on est au point de départ et chacun est sur ses positions», et quitte les lieux.

Mahamat Ahmat
N’djaména


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