Revue de presse : Semaine du 17 au 23 octobre 2011

Cette semaine, l’actualité tchadienne est particulièrement riche. La mise en garde du Premier ministre Emmanuel Nadingar, l’arrestation du président Nadji Madou, le nouveau chronogramme des élections locales, la fronde sociale, la passe d’armes entre le président Saleh Kebzabo et le ministre Secrétaire Général du Gouvernement et bien d’autres nouvelles ont fait les choux gras de la presse tchadienne.

Le Premier ministre Emmanuel Nadingar met en garde les agitateurs

‘‘Nadingar dévoile sa stratégie’’, c’est la Une de L’INFO, l’hebdomadaire gouvernemental qui publie in extenso, la communication du Premier ministre Emmanuel Nadingar, faite le 14 octobre dernier, à propos de la crise sociale actuelle. Pour le chef du gouvernement, ‘‘(…) il y a comme une résurgence de remous sociaux marqués par des agitations parfois surprenantes, tant les mobiles et les motivations de ces tensions ne se fondent sur rien de vraiment sérieux’’. A propos des revendications des bourses des étudiants, Emmanuel Nadingar annonce qu’il n’y a plus d’arriérés sur toute l’étendue du territoire : ‘‘nous invitons les étudiants désireux de construire leur avenir, d’être vigilants pour ne pas se laisser instrumentaliser pour des intérêts inavoués’’. Autre extrait du discours : ‘‘Aux partenaires sociaux, nous disons oui pour le dialogue (…) mais non aux agitations intempestives et à l’atteinte à l’ordre public (…)’’, prévient le Premier ministre.

‘‘Nadingar dénonce des agitations intempestives’’, titre LE PROGRES, relayé par L’OBSERVATEUR qui relève que ‘‘Nadingar intimide, menace et donne des leçons’’. Ces deux confrères se sont contentés de citer les extraits du discours du Premier ministre, sans les commenter.
Telle n’est pas l’approche de N’DJAMENA BI-HEBDO qui qualifie la sortie du Premier ministre (PM) de ‘‘malheureuse communication’’ et estime que « assimiler les militaires retraités et le travailleurs de TCC à des personnes incapables d’aucune action de réclamation de leurs droits et que s’ils le font, c’est certainement qu’ils sont poussés par des politiciens, c’est de la provocation gratuite ». Pour le BI-HEBDO, les propos du PM ont plutôt braqué les travailleurs.
LE TEMPS renchérit en se demandant pourquoi le Premier ministre, comme pour user de ses muscles, évoque à chaque fois les sanctions des forces de l’ordre. Et pourtant, le dialogue est l’arme la plus indispensable pour trouver des consensus, estime l’hebdo.

Me Nadji Madou en taule

‘‘Violences et suspicion sur Me Nadji Madou’’, titre N’DJAMENA BI-HEBDO révélant qu’incarcéré le mardi 11 octobre 2011, le président de l’Alliance socialiste pour un renouveau intégral (ASRI), a été présenté une première fois aux juges de première instance, mais l’audience est renvoyée au 20 octobre prochain. Les chefs d’accusation à son encontre sont entre autres, violences faites aux policiers et voies de fait. Tout commence dans la matinée du 09 octobre dernier, situe le BI-HEBDO, qui informe qu’arrivé au Commissariat du 3ème arrondissement pour prendre les nouvelles d’un permanencier du siège national arrêté, Me Nadji sera confronté à la menace et à la brutalité des policiers en service. Selon le commissaire 1er adjoint, cité par le journal, l’ancien candidat à l’élection présidentielle s’est présenté soûl pour outrager les policiers. ‘‘Mais selon le prévenu et des témoins, c’est Me Nadji Madou et son chauffeur qui ont été victimes d’une violence barbare orchestrée par quelques policiers et le directeur général de la Police nationale’’, éclaire le journal. Selon une source de bonne foi, ajoute N’DJAMENA BI-HEBDO, le pouvoir central soupçonne le jeune président d’être derrière de nombreux brasiers qui clignotent sur l’ensemble du territoire national.

L’OBSERVATEUR publie la photo de Me Nadji Madou, s’apprêtant à monter dans le fourgon en partance pour la Maison d’arrêt de N’Djaména, et informe que les avocats du prévenu se sont battus mais n’ont pu obtenir la libération provisoire de leur client. Par ailleurs, relève l’hebdo, ils ont pu obtenir la restitution du véhicule de leur client mis sous scellé après son arrestation.

NOTRE TEMPS avance que d’après certaines langues, le président d’ASRI serait accusé d’être derrière le mouvement des étudiants qui fait trembler le ministère de l’Enseignement supérieur. Cette hypothèse semble se confirmer, note l’hebdo car du coup, il a été interrogé par les policiers sur cette affaire.
La CENI annonce un nouveau chronogramme des élections locales
Le quotidien LE PROGRES, dans sa parution du lundi 17 octobre informe que le président de la Commission électorale Nationale Indépendante (CENI), a annoncé dans un point de presse, la date des élections communales pour le 15 janvier 2012. Le dépôt des candidatures est fixé du 16 au 30 novembre 2011 ; les résultats définitifs seront proclamés par la Cour suprême le 15 février 2012, ajoute le journal.

N’DJAMENA BI-HEBDO de son côté, souhaite que cette quatrième date sera respectée pour mettre un terme à ces communales qui sont devenues une véritable arlésienne. La nouveauté dans le nouveau chronogramme, souligne le journal, c’est la réimpression des cartes d’électeurs, préalable posé par l’opposition et obtenu. Les nouvelles cartes seront réimprimées et validées entre le 25 novembre et 15 décembre 2011, soit 20 jours, informe-t-il. Et pourtant, s’étonne le BI-HEBDO, lorsque le triumvirat Kamougué-Kebzabo-Yorongar le réclamait pour la présidentielle, la même CENI avait soutenu que ‘‘la réimpression de nouvelles cartes au Tchad devrait durer 90 jours’’ et que ‘‘faite à l’étranger elle durera 87 jours’’. Conclusion du journal : ‘‘le refus de la CENI de confectionner les nouvelles cartes d’électeurs pour la présidentielle était en réalité motivé par des considérations politiques plutôt que techniques’’.

‘‘Janvier 2012, le tournant décisif’’, fait remarquer L’OBSERVATEUR qui espère comme son précédent confrère, que cette fois-ci, ce serait le bon. Fronde sociale tous azimuts
‘‘Dos au mur’’, titre l’éditorialiste de LE TEMPS, qui écrit que les étudiants de N’Djaména, en réclamant leurs arriérés de bourses ont abandonné depuis des semaines les amphithéâtres. Les retraités militaires continuent à exprimer leur mécontentement pour revendiquer leurs pensions. Les ex-travailleurs de TCC ne sont pas du reste, énumère le journal. ‘‘En attendant la grève de l’Union des Syndicats du Tchad qui plane déjà à l’horizon, il est grand temps pour Emmanuel Nadingar d’agir avec responsabilité et sagesse pour arrêter ces remous’’, propose le journal.

‘‘Des grèves en perspectives’’, annonce pour sa part L’OBSERVATEUR, qui constate que pendant que sur le front social, le climat reste morose, le chef du gouvernement, visiblement dépassé, cherche à intimider à travers des déclarations qui n’ont aucun fondement. ‘‘Comme certains Premiers ministres que le Tchad a connus, Nadingar risque de sortir par la petite porte’’, pronostique l’hebdo qui pense que ‘‘le PM a tout intérêt à trouver une solution à cette crise sociale que de menacer ses concitoyens dépassés et qui manifestent pour revendiquer leurs droits’’

Kezabo et le ministre SGG : coup pour coup

N’DJAMENA BI-HEBDO fait écho de la réplique du chef de fil de l’opposition, Saleh Kebzabo de retour d’Afrique du Sud, après qu’il a essuyé les salves du ministre Secrétaire général du gouvernement, M.Samir Adam Annour. ‘‘(…) N’importe quel quidam, tout paltoquet, parce que propulsé par décret par le prince, sorti de l’ombre pour redorer momentanément son blason, appelé par le même prince à retomber dans l’anonymat total et, pour éviter cette perspective triste, se sent obligé d’en faire trop en matière de zèle’’, charge Kebzabo. Pour le député Kebzabo, ‘‘ce genre d’individus, malheureusement commencent à empester notre paysage politique par leur nombre, leur inexpérience, voire leur incapacité intellectuelle à bien appréhender la politique, leur veulerie et leur griottisme exacerbé’’. Autre morceau choisi par le BI-HEBDO : ‘‘le ministre secrétaire général du gouvernement qui semble avoir une mémoire courte sur son parcours sinueux n’honore pas le gouvernement et le président de la République qui, de mon point de vue, est le seul responsable des actes de ses ministres, et doit en tirer les conséquences’’.

‘‘Réponse du berger à la bergère’’, titre L’OBSERVATEUR qui rapporte que pour M. Kebzabo le gouvernement a d’autres chats à fouetter que de se livrer à des diatribes et à des polémiques de bas niveau. Les propos tenus par le SGG prouvent à suffisance, selon Kebzabo, que pendant les événements de 2008, le régime de Déby a bel et bien voulu le liquider comme Ibni Oumar Mahamat Saleh, mais qu’il l’a échappé belle.

L’adoption d’une nouvelle grille salariale pour le privé

LE PROGRES fait écho du décret n°1111 du mardi 18 octobre 2011, approuvant et rendant exécutoires les grilles des salaires consécutives à un relèvement du taux du SMIG et du SMAG dans le secteur privé. A la suite de ce décret, le quotidien informe que le ministre de la Fonction Publique et du Travail, M. Mahamat Abali Salah, a rencontré les centrales syndicales leur demandant de lever le mot d’ordre de grève. ‘‘Notre surprise a été grande quand on a vu le décret adoptant la grille. Nous sommes restés sur notre soif, dans la mesure où le décret ne prend en compte que le secteur privé, alors qu’il y avait deux commissions dont l’une est chargée de réviser la grille salariale du public et, l’autre, du privé’’, s’étonne M. François Adjia Djondang, le secrétaire général de l’Union des syndicats du Tchad (UST), qui maintient que le préavis de grève, prévu pour le 25 octobre, reste en vigueur. De l’autre côté, ajoute le journal, la Confédération Libre des Travailleurs Tchadiens, l’autre centrale syndicale, repousse de 4 jours son préavis initial, rejoignant l’UST au 25 octobre prochain. Dans un communiqué de presse daté du jeudi 20 octobre, cité par le confrère, la CLTT précise que la grille salariale du secteur public est l’un des points fondamentaux de ses revendications auquel le gouvernement doit trouver une solution urgente.

Un mémorial pour les victimes de Hissein Habré

L’INFO informe que le tristement célèbre site de Hamral-Goz, l’un des charniers où sont enterrés des milliers de corps des victimes de crimes et répressions politiques de l’ex dictateur Hissein Habré, est désormais immortalisé. Un mur d’une hauteur de deux mètres y sera construit afin de le préserver de la dégradation, ajoute-t-il. ‘‘Enfin un monument pour les victimes’’, reprend L’OBSERVATEUR qui publie les images des ossements exhumés, au moment où les ouvriers faisaient les fouilles pour la fondation du mur.

Polémique autour des prix des produits pétroliers

LE PROGRES, publie l’arrêté du ministère du Commerce du 16 octobre dernier fixant pour compter du 17 octobre 2011, les prix maxima des produits pétroliers de Djermaya : super (490Fcfa le litre), gasoil (495 Fcfa le litre), pétrole lampant (375 Fcfa le litre) et le jet A (529 Fcfa le litre). Le prix de la bouteille de 3kg de gaz butane est de 1400 Fcfa, celle de 6kg coûte 2900 Fcfa, celle de 12,5 Kg est vendue à 9500 Fcfa, etc. Par ailleurs, ajoute le quotidien, les prix dans les autres localités sont les prix à la pompe à N’Djaména majorés des frais de transport, en valeur absolue.

‘‘Les nouveaux prix des produits de Djarmaya choquent’’, écrit N’DJAMENA BI-HEBDO dont le reporter constate que depuis quelques jours, c’est la consternation au sein de la population tchadienne. Le journal fait écho de la déception de certains ndjaménois : ‘‘C’est ça voter le Mouvement Patriotique du Salut ? On nous rabat les oreilles tout le temps que notre quotidien allait changer. C’est cela le changement ? Pourquoi ne pas nous laisser importer tranquillement les produits ? », s’interroge un père de famille. Pour un autre, plus remonté : ‘‘nos autorités sont tombées très bas. Les Chinois ont gagné la bataille des prix. Je ne comprends pas qu’un pays souverain cède aussi facilement aux caprices des étrangers au mépris de son peuple’’.

Les parents des 103 enfants de l’affaire Arche de Zoé poursuivent leurs avocats

Selon le quotidien LE PROGRES, après le versement, par l’Etat tchadien, de 1,5 milliard FCFA, sur les 4, 320 milliards Fcfa de dommages et intérêts accordés en décembre 2007, par la justice tchadienne, aux parties civiles dans l’affaire de tentative d’enlèvement de mineurs, par l’ONG Arche de Zoé, les parents des victimes et leurs avocats se déchirent. M. Arbab Abdallah, porte-parole des 103 enfants, indique dans les colonnes du journal que sur cette première tranche de 1,5 milliard Fcfa décaissé, les avocats ne leur ont remis que 450 millions Fcfa et perçu les 12,5% d’honoraires. ‘‘Nous leur demandons de nous restituer cet argent sinon nous allons tous descendre à N’Djaména pour exprimer notre protestation au chef de l’Etat’’, menace-t-il. Le confrère nous apprend que le président du collectif des avocats, Me Gabriel Amady Nathé, confirme la plainte des parents de 103 enfants contre son collectif, mais se garde de toute déclaration.

Sale semaine pour Nassour Guélendouksia Ouaïdou

N’DJAMENA BI-HEBDO informe que le 13 octobre dernier, des agents du ministère de l’Assainissement public et de la promotion de la Bonne gouvernance envoyés au domicile de l’ex-président de l’Assemblée nationale, Nassour Guélendouksia Ouaïdou (NGO), sont repartis avec un vieux véhicule réformé. Cette décision émane de l’actuel président, Haroun Kabadi, qui aurait adressé une lettre au président de la République qui a instruit son directeur de cabinet pour lancer cette opération, avance le journal.

Le 14 suivant, ajoute LE BI-HEBDO, c’est au tour de trois techniciens de la Société Nationale d’Electricité (SNE) de venir au domicile de l’honorable NGO pour couper l’électricité. Ceux-ci s’en sont pris violemment à l’épouse de ce dernier, avant de brandir la fameuse facture des impayés des années 2009 et 2010 (soit 2.997.107 FCFA) qui devrait être en principe adressée à l’Assemblée nationale. Des députés ‘‘clandomen’’

N’DJAMENA BI-HEBDO souligne ce fait insolite concernant les nouveaux députés tchadiens dont beaucoup se font déposer à l’hémicycle à ‘‘clando’’ (ndlr, motos-taxis). Comme quoi, insiste le BI-HEBDO, les motos-taxis sont indispensables, et le ministère de la Sécurité publique et la mairie qui les pourchassent doivent revoir leur copie. ‘‘D’où vient-il encore que cinq mois après leur installation, des honorables députés soient contraints de se jucher sur des moto-taxis, insigne brinquebalant pour rejoindre leur lieu de travail ?’’, s’interroge le journal qui précise pourtant que l’article 101 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale prévoit pour chaque élu une avance pour l’achat de véhicule.

Mbaïdedji Ndjénodji Frédéric
Ndjamena


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