Actualités tchadiennes : Revue de la Presse

La refondation de l’armée, la grève des travailleurs, la mort du guide libyen, le renouvèlement du bureau du Conseil Supérieur de la Magistrature, la hausse du prix du carburant et l’entrepreneuriat au Tchad ont constitué l’ossature des thèmes abordés par les journaux cette semaine.

La refondation de l’Armée – « Deby engage la refondation de l’Armée », titre la une du quotidien Le Progrès du 24 octobre. En mission de nettoyage au centre d’instruction de Moussoro dans la région du Barh El Ghazal, le chef de l’Etat entend démobiliser les officiers assimilés dans l’armée nationale. « Le titre d’officier assimilé (O.A) n’existe dans aucune armée du monde, sauf au Tchad. (…) Ce sont de haut responsables, vos parents, qui vous ont attribué ce titre de O.A. Désormais, il n’y a plus de O.A », déclare le Chef de l’Etat dans le Progrès. Les officiers assimilés qui représentent la moitié de l’effectif des militaires au Tchad (4 700) suivent une formation de soldats à partir du dimanche 23 octobre, dans les centres d’instruction de Moussoro, Mongo, Abéché et Berdoba. Ils seront situés sur leur grade à l’issue de cette formation, rapporte le Progrès. Les inaptes seront démobilisés, les mutilés de guerre seront indemnisés pour service rendu au pays conformément au règlement et loi en vigueur, décide le président de la République. Il annonce, par ailleurs, que les personnes âgées, les étudiants, les femmes et les commerçants, qui, par des chemins tortueux, émargent sur le budget de l’Armée Nationale Tchadienne (ANT) doivent regagner la vie civile.

Selon N’Djaména Bi Hebdo du 27 octobre c’est un « Cinglant aveu de complicité » car le président de la République lui-même est signataire des décrets qui élèvent ces soldats, sortis de nulle part, au grade d’officier assimilé puis leur confie des fonctions de commandements importants dans l’ANT.

« Le Show de Deby à Moussoro », y va pour sa part l’Hebdomadaire l’Observateur du 26 octobre. Si des intrus émargent sur le budget de l’armée Nationale, à qui la faute ?, s’interroge-t-il. Les Etats généraux de l’Armée tenus il y a quelques années avaient pour but de réformer l’Armée Nationale tchadienne mais leurs recommandations sont restées lettres mortes, rapporte le journal.

« Trop, c’est trop ! Vous vous êtes amusés à tous les niveaux », regrette le président de la République dans Le Progrès du 25 octobre. Par ailleurs, le P.R a pris des décisions telles que le contrôle du port de tenue militaire, la dissolution de la coordination des centres d’instruction des Forces Armées et de sécurité et le rattachement des centres d’instruction à l’Etat major de l’Armée de terre sous le commandement d’un officier et son adjoint appelé respectivement commandant et commandant adjoint. Enfin, il oriente les nouveaux CEMGA sous la conduite du ministre délégué à la Défense Nationale, à l’application des nouvelles mesures, sous son œil vigilant, rapporte le Progrès.

« IDI : Héraclès ou nouvelle farce ? », s’interroge N’Djaména Bi-Hebdo du 27 octobre. Déby veut nettoyer ses écuries d’Augias en voulant mettre de l’ordre dans la grande muette, annonce ce journal. Le journal explique les raisons de ce nettoyage par l’écart entre le listing sur la base duquel le trésor public débloque des sommes pour le paiement des militaires et les effectifs réels pris en charge par la comptabilité de l’Armée. La sentence est cinglante car une bonne centaine de militaires dits officiers assimilés sont radiés du corps de l’Armée sans pension ni compensation moins encore de prime ; le chef d’Etat major et son adjoint, le directeur des affaires administratives, financières et du matériel de l’ANT sont limogés, rapporte le journal. Comédie cousue de fil blanc ironise N’Djaména Bi-Hebdo. Mais le président de la République rassure être de bonne foi et déterminé à aller au bout de son projet de réforme de l’armée, rapporte le journal.

La grève des travailleurs – « La grève du ventre unit les syndicalistes », informe N’Djaména Bi-Hebdo du 27 octobre. L’Union des Syndicats du Tchad (UST) a lancé une grève de 3 jours allant du 25 au 27 octobre pour exiger la signature du décret de la nouvelle grille salariale du secteur public. Une grève suivie à 90% sur l’étendue du territoire par le secteur public et privé, note le secrétaire général de l’UST, Adjia François Djondang, dans le journal. « Le service sanitaire est au minimum : le privé tourne, le public est timide », annonce le Progrès du 26 octobre. Dans beaucoup d’hôpitaux et centres de santé, le travail tourne au ralenti, informe le journal. Beaucoup de grévistes, militants de l’UST sont regroupés sous les arbres, à la bourse du travail. Le président de l’UST a demandé aux délégués de personnel de différents services d’assurer le suivi, rapporte le journal. Après évaluation de la grève, l’Union des Syndicats du Tchad (UST) et la Confédération Libre des Travailleurs du Tchad (CLTT) menacent de renouveler leur grève car la rencontre de leurs représentants avec le Premier ministre n’a rien donné, informe le journal.

Mort du guide libyen – « Kadhafi game’s over », annonce la Une de N’Djaména Bi-Hebdo du 24 octobre. Game’s over (la partie est terminée) pour « la situation en Libye » qui prend fin, mais que sont devenus les Tchadiens allés combattre aux côtés du guide libyen ou contre lui ? Game’s over, car nous avons un dictateur de moins pour l’Afrique, aucun homme ou régime de fer n’est si dur devant les aspirations légitimes d’un peuple, il fondra comme beurre au soleil, analyse le journal. « Kadhafi ou la fin piteuse d’une folie de grandeur. Un avertissement pour nos dictateurs », prédit-il dans son éditorial.
« Qui a tué Kadhafi pour libérer le peuple libyen ? », s’interroge pour sa part l’hebdomadaire Notre Temps du 25 octobre. « Jeudi noir à Syrte ! », informe Notre Temps qui décrit l’annonce de la nouvelle qui a parcouru le monde comme une traînée de poudre et l’image macabre de Kadhafi sanguinolent puis son corps en boucle sur des chaînes de télévisions ou des réseaux sociaux. Pour le journal, Kadhafi symbolise une certaine résistance à toute forme de diktat même si on peut lui reprocher la brutalité avec laquelle, il a gouverné son pays pendant 42 ans. L’option de tuer le guide libyen est de le faire taire, sinon il aurait dû être traité comme un prisonnier de guerre, dans le respect des Conventions de Genève, et n’aurait pas dû être tué, regrette cet hebdomadaire.

« La tragédie du roi Kadhafi » annonce en Une l’hebdomadaire La Voix en évoquant la crise libyenne. Pour le journal, « On le savait. Les vociférations guerrières du Guide de la Révolution libyenne n’étaient que chant de cygne et sa résistance à la rébellion armée, soutenue par les trois quarts de la Communauté internationale, était vaine. Comme dans la tauromachie, le matador a fini par avoir raison du taureau mort en martyr », analyse le journal.

« La fin tragique du guide », annonce l’Observateur du 26 octobre. Pour cet hebdomadaire, malgré ses frasques et bouffonneries, l’Occident, son tombeur, lui a déroulé à maintes reprises le tapis rouge. Ses frères arabes lui avaient tourné le dos pour son ambition de leadership, il a trouvé un dernier rempart auprès de ses pairs africains qui l’ont lâchement abandonné dans ses moments difficiles. Tyran, certes, mais il donnait à manger à son peuple, conclut l’Observateur en retraçant le parcours du guide libyen.

Renouvellement du bureau du conseil supérieur de la magistrature -« Les magistrats boudent leurs élections » pour le renouvellement du bureau du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), le garde des sceaux les renvoie aux textes, annonce le Progrès du 27 octobre. Réunis en assemblée générale extraordinaire, le Syndicat des Magistrat du Tchad (SMT) et la Confédération Autonome du Personnel Judiciaire (CAPJ) jugent inopportune l’organisation des élections des nouveaux membres du CSM prévues pour le 30 octobre et lancent un appel au boycott. Les magistrats demandent l’abrogation de l’Ordonnance N° 03 remplaçant l’Ordonnance 05 portant organisation et fonctionnement du CSM, qu’ils jugent inconstitutionnelle, mais qu’un décret a été pris pour son application et deux arrêtés de leur ministère de tutelle ont été pris pour organiser les élections des membres du CSM. Les magistrats ont saisi la Cour suprême pour l’annulation de ces arrêtés, mais ils ont été déboutés. Pour le ministre garde des sceaux, toutes les équivoques ont été levées en ce qui concerne l’Ordonnance 03 et le projet de statut des magistrats, rapporte le Progrès.

L’augmentation du prix du carburant – « Les prix du carburant sont maintenus » informe le Progrès du 25 octobre. Les nouveaux prix des produits pétroliers de la raffinerie de Djermaya suscitent de réactions de protestation de la part des consommateurs et surtout de la société civile, rapporte le Progrès.

« Pourquoi les hydrocarbures sont si chers », s’interroge N’Djaména Bi-Hebdo du 26 octobre. Le gouvernement a plié l’échine face à la pression des partenaires chinois. Par conséquent, les prix définitifs des carburants sont deux fois plus exorbitants que les prix provisoires. La Société de Raffinage de N’Djaména (SNR) estime que « si elle achète le brut à 80 dollars US le baril, le prix de revient moyen à la sortie d’usine est de 470 francs CFA », rapporte le journal. Il y a trop de taxes, note le journal. En effet, « de Djermaya au dépôt de Farcha, il y a 11 taxes (TVA sur cession SRN, frais financiers SHT, frais de fonctionnement SHT, coût de transport, …) qui viennent se greffer à ces prix à la sortie de l’usine. En plus, du dépôt de Farcha aux stations-services, 11 autres taxes incongrues et illisibles s’ajoutent à la note au bénéfice des distributeurs (Tva sur les frais généraux distributeur, frais financiers distributeur, le bénéfice distributeur, transport livraison ville, Tva sur amortissements et entretiens, etc.). Les revendeurs ne sont pas oubliés, l’Etat leur concède une marge bénéficiaire de 5F le litre, informe le journal. Enfin, le fonds de stabilisation est de 14,42 F pour le super, 114,87 F pour le pétrole lampant, -2,14 F pour le gasoil. Tout compte fait, le super coûte à la pompe 490 F, le gasoil 495 F et jet A-1 529,36 F. Pour les provinces, les prix seront ceux de N’Djaména, majorés des frais de transports, conclut le journal.

« La raffinerie de Djermaya, le rêve tourne au cauchemar », informe Le Temps du 26 octobre. Cet hebdomadaire rapporte que les responsables en charge des produits pétroliers justifient ces prix au cours d’une conférence de presse organisée dans les locaux du ministère du pétrole et de l’énergie. Pour ces responsables, « ces prix rendront rentable la Raffinerie et ils sont fixés en tenant compte des critères qui répondent à la loi du marché et aux exigences économiques ».

« Le gouvernement reste sourd aux cris des Tchadiens », y va pour sa part l’Observateur du 26 octobre. Pour cet hebdomadaire, l’augmentation des prix des produits pétroliers fait un tollé car les organisations de la société civile montent au créneau. Le Groupe des citoyens à la Recherche d’Alternative Crédible (G-CRAC) a rédigé un manifeste contre cette décision à laquelle elle compte collecter 100 000 signatures des citoyens pour contester, rapporte le journal. N’Djaména Bi-Hebdo a aussi publié les réactions des citoyens sur cette augmentation du prix du carburant. « Vous avez dit coopération gagnant-gagnant ? », s’interroge le coordonnateur du Gramp/TC dans N’Djaména Bi-Hebdo du 24 octobre. Pour lui, la construction de cette raffinerie, qualifiée d’intérêt national, a été suffisamment vantée par le Tchad et la Chine comme symbole de la coopération sino-tchadienne gagnant-gagnant. Pour le Tchad son installation est une réponse à la crise énergétique récurrente et le signe de l’amorce de l’indépendance économique, et pour les officiels chinois, la raffinerie dispose d’un bon taux de rendement de l’investissement et d’un profit économique confortable. Mais, aujourd’hui, on assiste à un chantage inadmissible de la compagnie chinoise qui veut un retour sur investissement immédiat et maximiser son profit au motif que le Tchad est un pays politiquement instable, apprend-t-on dans le journal.

« La raffinerie de la Honte », écrit un autre citoyen dans la même parution de N’Djaména Bi-Hebdo. Pour lui, cette raffinerie est le symbole de l’incapacité et/ou de l’incompétence des Tchadiens à faire quelque chose de manière professionnelle et réfléchie. « Y’en a marre de vos impostures ! », lance un autre. « La nouvelle de l’augmentation des prix des produits de Djermaya est tombée sur les consommateurs tchadiens comme un coup de massue car elle est aux antipodes de ce que les vendeurs d’illusions de notre gouvernement claironnaient depuis des lustres : fini les grandes dépenses énergétiques, accessibilité de tous les Tchadiens aux produits pétroliers raffinés au Tchad », rapporte le journal.

Enfin, le coordonnateur du Gramp/TC propose au gouvernement des mesures comme le retrait de l’arrêté décrié, la suppression des 6 taxes qui greffent les prix des produits pétroliers, lit-on dans le journal. « Il faut annuler l’arrêté », demande pour sa part, le coordonnateur de la coordination des associations de la société civile et de défense des droits de l’Homme (CASCIDHO). Son organisation souhaite l’investissement personnel du président de la République pour la résolution définitive de ce problème qui risquerait de se transformer en une crise sociale si l’on ne prend garde », informe le journal.

L’entrepreneuriat au Tchad – L’entrepreneuriat au Tchad : quand l’informel prend le dessus » informe la revue Tchad et Culture dans son numéro 300 du mois d’octobre. « La plupart des entreprises fonctionnent de façon plus ou moins informelle dans ce secteur génère qui des chiffes très importants. Les petits métiers éprouvent de la peine à se mettre en règle. Pourtant le dispositif législatif favorable et les possibilités de financement et de formations existent », apprend-t-on dans ce journal. Ce journal évoque la réconciliation en Côte d’Ivoire, la légalité de la taxe d’habitation au Tchad et lève un coin de voile sur la communauté tchadienne de Yagoua au Cameroun.

Béguy Ramadji Angèle


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