Les Brèves de N’djaména : Ces fantômes qui hantent Deby

Au cours de sa longue carrière d’exécutant et d’exécuteur, Deby a eu à enjamber beaucoup de cadavres, en tant que Chef militaire et puis dans sa fonction actuelle. De septembre noir au sud du pays, en passant par les massacres des hadjaraïs suite au coup d’Etat fantôme de 1984, le massacre des populations du Ouaddaï à Nguiguilim et à N’djaména, sans parler des déportés du Nigeria, beaucoup des cadavres des innocents jonchent le long chemin de Deby vers le pouvoir. On ne parle pas évidemment des militaires tombés de part et d’autre pendant toute la période où Deby est en amont ou en aval.

Au cours d’une interview à RFI, Deby s’est disculpé de sa responsabilité des massacres qu’il avait perpétrés au sud du pays en tant que chef militaire des opérations, en disant qu’il est un soldant exécutant les ordres. Bien dit ! Par analogie, Deby doit avouer coupable de tout ce qui s’est passé depuis qu’il est aux commandes du pays. Apparemment il n’a pas lu les travaux du Procès de Nuremberg où les décideurs et les exécuteurs se partagent à égalité les responsabilités, dont les plus zélés sont passés par la guillotine. A Nuremberg, les auteurs du Septembre noir tchadien auraient très certainement connu le même sort. Si les nombreux parents des victimes en masse de Deby attendent sagement le moment opportun pour porter les cas devant la justice nationale ou internationale, il en est autrement pour des cas isolés dont les familles sont beaucoup plus habituées aux lois de talion qu’aux lois républicaines. Il s’agit des assassinats d’Adouma Ali,
Bichara Digui et Abbas Koty, tous membres du clan de Deby.

Chez les Béri de manière générale, si un proche est assassiné crapuleusement, il doit être vengé d’une manière ou d’une autre: par le sang ou par le payement des dommages ; sinon le défunt ne trouvera pas du repos dans sa tombe et la honte sur la famille, incapable de le venger. Depuis les temps lointains jusqu’à nos jours, les rares familles qui n’ont pas pu venger les leurs sont montrées du doigt. C’est pour dire que le cas de ces trois victimes de Deby est loin d’être enterré. Deby a beau faire du frère de Bichara Digui le député de la région, le cadeauté des plus belles 4X4, il a beau faire mains et pieds pour faire rentrer Hissene Koty au bercail, ça ne change absolument rien au fond du problème : du moment que l’assassinat est crapuleux, ça devient l’affaire de toute la famille maternelle et paternelle et surtout si l’assassinat est accompli par quelqu’un qui n’est pas du clan, alors ça devient l’affaire des clans paternel et maternel et n’importe quel membre de ces clan a le droit de venger le défunt indépendamment du temps et des lieux. En un mot si Deby échappe, ce sera le tour de ses enfants, et si ceux-là échappent ce sera le tour des petits enfants, etc., jusqu’à ce que la vengeance (par le sang ou par le dédommagement) s’en suive. Les Béri utilisent rarement le mot arabe « Dia » qui a une signification particulière mais employée de manière impropre au Tchad. Les Beris utilisent le terme « Agou » (le sang) et l’assassin « agoula » (couvert du sang). On espère que très bientôt la république fera rentrer les Béri dans les rangs.

Les parents d’Adouma Ali viennent d’accuser formellement Daoussa Deby d’avoir commandité, organisé et réalisé son assassinat. Abbas Koty a été exécuté publiquement, donc on connait le commanditaire (Deby) et les exécuteurs. On attend juste le moment opportun. Pour Bichara Digui, même si tous les regards sont tournés vers Deby, on n’a aucun indice sûr jusqu’ à ce jour où un élément nouveau vient d’intervenir. En effet, un des bras armés de Deby, exécuteurs des sales intentons de son chef, vient de se faire connaitre. Ses déclarations sont tout simplement ahurissantes. On apprend que le nombre des personnes que Deby a fait disparaitre en catimini est tout simplement impensable et comment certains individus d’apparence très calme et pieuse dans l’entourage de Deby, sont mêlés ou auteurs directs de ces assassinats. Par les détails qu’il donne, on est sûr que l’individu en question a effectivement joué le rôle sinistre d’exécuteur et source d’informations précieuses sur la nature de la personne de Deby. Pour le cas de Bichara Digui, l’individu en question refuse de donner des détails, veut d’abord et avant tout discuter avec la famille du défunt, voir jusqu’où peut-il aller avec elle. Ce qui est important, c’est qu’il confirme les Deby (Idriss et Daoussa) comme les commanditaires. L’individu nous apprend aussi que Daoussa a été un des rares du milieu à ne pas assister ni à la levée du corps, ni présenter les condoléances à la place mortuaire. .C’est tout dire. La famille élargie du feu Bichara Digui est donc informé de l’existence d’une source fiable et qu’elle est de s’y rapprocher.

Mahamat Ahmat
N’djaména


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