Les affaires ténébreuses soudano-tchadiennes : de l’assassinat d’Aboul-arab à l’arrestation d’Abdelwahid Aboud Mackay.

Correspondance particulière de Nyala, texte traduit.

Depuis l’arrivée en fanfare et inattendu de Dr Khalil au Darfour, les régimes soudanais et tchadiens ont sérieusement paniqué, et pour faire face à une éventuelle menace militaire provenant de Jem, les deux régimes ont concocté des plans rocambolesques et pervers : à Déby d’infiltrer le Jem en lui envoyant des prétendus déserteurs de l’armée tchadienne pour le noyauter et provoquer en conséquence des incidents tribalo-claniques ; et aux soudanais de reconstituer une prétendue opposition militaire soit disant contre le régime Déby mais qui est en réalité une milice d’appoint au service de l’armée soudanaise.

Pour ce faire les soudanais ont préféré confier la gestion de ce dossier aux structures qui échappent au contrôle des services de l’Etat comme ils avaient fait lors de la création des fameux Djandjawids. Ainsi politiquement et militairement l’honneur revient à Mr Ali Modjok, membre du Gouvernement et de la communauté rezzégat d’être le parrain de la nouvelle milice ; celui-ci contacte régulièrement les cadres arabes de l’opposition tchadienne et fait le point de la situation, en d’autres termes vendre à ces cadres la nouvelle donne : que le gouvernement soudanais a décidé d’aider une opposition politico-militaire strictement constituée des arabes pour remplacer l’actuel locataire du palais rose et ce, de concert avec plusieurs gouvernements des pays amis et frères intéressés ou concernés de près ou de loin par les affaires tchadiennes. Dans son périple de concertation, le nouveau parrain a été au Caire le mois dernier et a rencontré un certain nombre des cadres qui épousent ces thèses partisanes. Dans la même lancée, il a organisé à son retour des rencontres avec les chefs des tribus arabes pour un recrutement massif de leurs enfants dans la nouvelle organisation. Parallèlement à ces activités et en accord avec un certain nombre d’anciens responsables de l’opposition politico-militaire tchadienne au soudan, ledit Mr a pris contact avec le Cdt Aboul-arabe pour la création des centres des regroupements de nouvelles recrues.

Aboul-Arab, de son vrai nom Abderrahman Abdelhadi Alfadil, est un des meilleurs combattants de la Résistance, natif d’Abbey au Soudan ; nationaliste baassiste, il était engagé contre les « perses » pendant la guerre irako-iranienne. Démobilisé, il regagne le Soudan où il rencontre opportunément Dr Hassan Saleh Gadam dit « Aldjineydi » qui cherchait à organiser une rébellion d’obédience arabe contre le régime de N’djaména.

Après le ralliement de Mr « Aldjineydi » au régime de N’djaména en 2007, il rejoint l’Ufdd-F de Mr Abdelwahid Mackay. Il monte vite en grade et devient Cemga Adjoint de cette tendance. Blessé à Am-dam il n’a pu regagner le terrain jusqu’à l’effritement de la Résistance. Il ne fut pas donc difficile de convaincre Aboul-Arab de se lancer dans ces nouvelles aventures sans lendemain ; aventurier de son état, connaissant très mal la réalité socio-politique tchadienne pour n’avoir jamais mis pied au Tchad, en dehors des périodes des combats périodiques, Abou-Arab rêvait toujours, comme d’ailleurs Aldjineidi un pouvoir de coloration baassiste. Très perspicace, homme de terrain, très professionnel dans ses entreprises, Abou-Arab a pu dans un laps de temps réunir un nombre impressionnant des combattants démobilisés par le désarmement de l’UFR et qui n’attendaient qu’un geste de n’importe quel diable pour des nouvelles aventures.

Quand les journaux tchadiens en ligne ont fait échos de cette information, le régime tchadien a commencé à suspecter fortement son allié fraichement réconcilié. Pour éviter tout malentendu avec son nouvel allié par ces temps de hautes tensions un peu partout et devant l’ampleur de l’opération qui a surpris même les soudanais, il a été demandé incessamment à Aboul-arabe de fermer ses camps et de rejoindre ceux de djihadistes nouvellement ouverts dans la région de DAMMAZINE.

En grand connaisseur des méthodes darforiennes, Aboul-arab créé immédiatement une organisation politico-militaire contre le régime soudanais dénommée « Front Al-Khalass » dont Mr Ahd Djodé Habid devient Président et lui comme responsable militaire.

Pris dans son propre piège, le Gouvernement soudanais qui cherche à éviter par tous les moyens les susceptibilités de la communauté arabe darforienne qui a servi de bouclier au régime et qui est abandonnée à son triste sort depuis le réchauffement des relations entre les deux pays, autorise la mort dans l’âme le gouverneur de Darfour-Sud, Mr Abdel-hamid Moussa Kacha de signer un accord de paix avec Aboul- arabe, se référant à l’accord global de paix du Darfour signé en septembre à Doha. Mais au lieu de se soumettre aux dispositions de l’accord global, Aboul-arab tente de se rapprocher de la nouvelle coalition des mouvements politico-militaires de Darfour non signataires de l’accord de Doha ou même se mettre carrément au service de la coalition anti regime soudanais à laquelle se sont déjà joints beaucoup des cadres arabes de Darfour.

Ce comportement velléitaire n’a pas été du goût du régime soudanais qui a convoqué Aboul-arabele 16-11-11à Kass , département du Sud-Darfour. Mis aux arrêts à son arrivée, il a été exécuté dans la nuit du 17 au 18/11/1 , ensuite sa dépouille a été transférée à l’hôpital de Nyala le 21/11/11 . Dans la panique, les autorités qui ont quand même pris l’initiative de remettre le corps aux parents et ont donné deux versions différentes pour justifier les causes du décès. Dans un premier temps, elles ont argué que le défunt est victime malencontreux d’une altercation entre les combattants missiriés et rezzégat, ce qui a provoqué aussitôt un afflux de tous les combattants missériés y compris ceux d’Abiey- zone de conflit- vers Kass, et des réunions de concertation de la communauté missirié à Khartoum, prélude à un inévitable conflit intercommunautaire (missérié- rezzégat) ! Ensuite les autorités se sont ravisées en déclarant que c’est son garde-corps, un zaghawa du nom Moussa Azrak qui l’aurait tué et s’en est ensuite enfui. Le poisson est trop gros pour que les parents se calment. C’est devant cette situation inextricable qu’intervient l’arrestation du 2è vice-président de l’Ufr, Mr Abdel-wahi Aboud MACKAY. Y-a-t-il une corrélation entre les deux faits ? Indéniablement !
Compte tenu des relations poussées entre les deux hommes, il est exclu que Abou-arab puisse se donner à ces dérapages sans aucune once de complicité avec Mr Mackay qui a toujours œuvré dans le sens voulu par les soudanais au détriment même de sa propre cause. Alors pourquoi les soudanais ont osé franchir cette étape ? L’expérience, pour ne pas dire le comportement des soudanais à l’égard des opposants, a démontré que les soudanais incarcèrent un opposant tchadien, soit à la demande expresse de Deby ou que l’opposant, sciemment ou par inadvertance ait frôlé un point concernant les affaires intérieures soudanaises.

  • Lassé et dégoûté par l’attitude des soudanais à son égard depuis le désarmement de l’UFR,- en effet contrairement à ce qu’on croyait, il était pratiquement en résidence surveillée-, Mackay a-t-il voulu récupérer le mouvement d’Aboul-arab pour son compte ? Pur produit de l’administration postcoloniale, on peut reprocher à Mack tout sauf croire à une opposition à connotation tribaliste ou ethnique, certes son caractère et surtout ses réflexes congénitaux inhérents à la culture des fils de Sheikh l’a beaucoup desservi ,toutefois il est sans nul doute l’arabe le plus laïc de la rébellion. Il serait tenté en revanche de récupérer ce mouvement pour en faire un noyau, dans ce cas pourquoi n’a-t-il pas informé le petit noyau de l’UFR (toutes tendances comprises) qui est resté avec lui à Khartoum? Croît-il prématuré?

Dans son subconscient profond, Deby n’a jamais cru qu’une rébellion armée, fusse-t-elle des zaghawas , goranes ou ouaddaiens-tamas, puisse l’ébranler ;par contre dès qu’on parle des arabes, le sommeil le quitte définitivement car il a toujours pensé que d’un moment à l’autre il sera déstabilisé par une rébellion armée arabe venant de l’est (c’est le réflexe d’un FANiste !!) ; c’est leur hantise lui et son frère Daoussa! Ainsi Deby a pris très au sérieux les manœuvres soudanaises avec Aboul-arab même si, selon le régime soudanais, elles ne sont pas dirigées contre Deby qui pense intimement que son allié joue double jeu d’autant plus que depuis presque trois mois des bruits malveillants font état d’une prétendue entente entre la France, le Soudan et le Qatar pour le déloger. De ce fait, pour mettre à l’épreuve son allié Deby pourrait demander qu’on lui livre purement et simplement Mr Mackay. Sans états d’âme le régime soudanais peut s’en exécuter à main levée.

  • Mackay s’est-il mêlé aux conciliabules des misseriés après la mort d’Aboul-arab ? C’est la deuxième hypothèse. Comme on l’a signalé plus haut, l’assassinat d’Abou-Arab a créé un malaise dans la communauté misserié qui, rappelons-le, pèse sur tous les plans – militaire, politique, économique – dans le paysage socio-politique soudanais et ce, contrairement aux arabes de Darfour qui sont eux restés marginalisés.

La communauté missérié a rejeté en bloc la version des autorités et a exigé que toute la lumière soit faite. Le préfet de Kass a fini par reconnaître la responsabilité des services de sécurité et a proposé de payer le « DIA », c’est ainsi qu’un document entre le préfet et le représentant de la communauté en la personne de Mr Moussa Mohamedenne a été signé le 23/11/11. Ce dernier a tenu une conférence de presse le 23/11 pour expliquer à l’opinion qu’il n’ y a aucun problème entre les communautés arabes et que l’assassinat a été bel et bien perpétré par les autorités de Kass, curieusement aucun organe de presse n’a repris l’information . Il en est de même ses différentes interviews dans les journaux de la place.

Très touché par la mort subite de son ancien chef militaire, Mackaye a-t-il pris part aux conciliabules communautaires inter soudanaises sous la couverture de son appartenance tribale? Ce qui vaudrait naturellement une ingérence dans les affaires intérieures soudanaises !

ABOU-Moussa AL-ass


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