Les Brèves de N’djaména : Université de N’Djaména – Le Fait du prince.

Idriss Deby, quand il veut impressionner son interlocuteur, ou quand il est dans les vapeurs des délices des spiritueux, déclare souvent, je cite : «la loi c’est moi» fin de citation. Et comme ayant fait le vide autour de lui et s’étant entouré des serviles béni oui-oui, il n’y a plus personne pour lui dire non, Monsieur le Président, la loi ce n’est pas vous, vous êtes assujetti à la loi et elle s’applique en premier lieu à vous, puisque vous êtes le Président du Conseil Supérieur de la Magistrature et donc garant de son Application.

Comme on le sait, l’Université de N’Djamena (la première du pays) est un établissement public à caractère administratif (EPA). Et à ce titre, elle a été créée par une loi définissant sa mission, ses attributions et ses structures principales, en l’espèce les facultés. Et n’importe quel quidam, fut-il le Président de la République, ne peut se lever un beau matin et par une simple déclaration violer ostensiblement la loi créant l’Université de N’Djamena. Tout le monde a suivi avec attention et faut-il le reconnaitre avec satisfaction l’ouverture du site de l’Université à Toukra, médiatisée à mort, par le Génie des Carpates, oh excusez le lapsus je voulais dire d’Amdjeress. Il a été annoncé, tambours battant que tout était prêt pour accueillir deux Facultés : i) Faculté de Gestion, ii) Faculté des lettres, arts et métiers. Des panneaux flambant neufs portant les appellations de ces deux facultés sont encore visibles dans le nouveau campus de Toukra. Certains enseignants ont même commencé par suivre des formations sur l’utilisation de ces nouveaux équipements et matériels didactique. Ces enseignants qui croupissaient dans la vétusté moyenâgeuse d’Ardebdjoumal n’en revenaient pas. Ils étaient tous bouche bée, si émerveillés par la qualité du matériel, les amphithéâtres, les salles de travaux dirigés et surtout les bureaux ultramodernes. Eux qui erraient comme des pauvres diables sous les Nimiers, voilà qu’on leur offre des bureaux bien équipés et climatisés s’il vous plait. C’est un rêve qui se réalise pour ces enseignants qui lors de leurs différentes missions voient comment leurs collègues des autres universités sont traités.

Sous le règne d’Idriss Deby, on maltraite tellement les citoyens qu’ils arrivent à penser que même ce qui est leur normalement dû est une faveur du Prince. En effet, on crée artificiellement une pénurie de gaz butane, des hydrocarbures, de l’électricité, de l’eau courante, etc. Les prix grimpent à des sommes astronomiques et le jour où l’essence est disponible dans les stations, vous avez le sentiment qu’on vous le donne gratuitement et vous remerciez le seigneur et celui qui prétend être son représentant sur terre. Il en est de même pour l’électricité, l’eau courante, le gaz butane, etc. Kadhafi, Moubarak, Ben Ali et consorts pensaient aussi être des demi-dieux, mais aujourd’hui ils rêvent d’être des simples citoyens. Quand les musulmans répètent à tue-tête «la illah illa Allah» cela veut simplement dire que celui qui se croit autre qu’un simple mortel se trompe gravement. Les enseignants de l’Université de N’Djamena étaient sur leur petit nuage, quand tout d’un coup ils voient leur rêve réel se transformer en cauchemar. Non seulement ils n’iront pas à Toukra mais ils n’ont même plus le droit de protester car la prochaine étape sera leur expatriation dans les pays voisins et leur déchéance de la nationalité. N’est ce pas que Deby et Habré, quand ils étaient à tu et à toi, avaient conçu et appliqué avec maestria le concept d’apatride? Par mépris, les autorités rectorales de l’Université de N’Djamena n’étaient même pas consultées pour la prise de cette funeste, illégale et illégitime décision.

Depuis que l’actuel Premier Ministre a voulu obtenir un passe-droit en inscrivant sa fille en première année de Médecine sans avoir passé le concours et que le Rectorat lui ait refusé cela, il a gardé une dent acerbe contre les responsables de l’institution qu’il s’est juré de dégager. Pour y arriver, il s’est fait entouré des conseillers occultes qui lui dictent la démarche à suivre. Une démarche souvent teintée de considérations tribale et régionale mal dissimulées. Ces conseillers, à tort ou à raison, considèrent que l’Université de N’Djamena en particulier et l’enseignement supérieur en général est une chasse-gardée des originaires de la zone méridionale. C’est ainsi qu’il faut lire et comprendre le lynchage médiatique de certains responsables de l’enseignement supérieur, sur le net. Le plus étonnant dans cette affaire est qu’on n’entend à peine la voix des étudiants qui sont les plus concernés par cette affaire. Certains d’entre eux vivotent et étudient grâce à l’assistance et l’appui de leurs parents et connaissances vivant à N’Djamena. Qu’adviendraient-ils d’eux quand ils seraient exilés à plus de 800 km à l’Est? La délocalisation de ces facultés étant un fait de prince, si justice il y a encore au Tchad, on pourra facilement la faire annuler. A défaut, le printemps arabe nous a enseigné comment faut-il procéder.

Beremadji Félix
N’djaména – Tchad


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