Les Brèves de N’djaména: Deby et sa raffinerie

On ne finira jamais de parler de cette raffinerie ; car elle seule révèle toutes les facettes de l’individu Deby, ses relations avec la chose publique, c.à.d. avec l’argent et ses méthodes de gestion. La raffinerie, pensée et repensée par les meilleures intelligences en la matière depuis 1972, a été en phase d’exécution finale en 2000, avec un schéma cohérent entre les spécifications technique, les études du marché et la qualité et quantité des produits finis, quand, Deby, en faveur de l’arrêt momentané du Projet Doba (Départ de Shell et Elf), avait fait becs ont ongles pour obtenir la séparation de Sidigui du Projet Doba et se l’approprier. Depuis le projet Sidigui y compris les champs pétroliers, est la propriété de Deby. Lui et Lui seul. Tel un vendeur de cola, Deby offrait à la criée son projet à n’importe quel passant. Des soudanais El Djarnibi et Cheikh Ibni Oumar, en passant les suisses CIES et finissant par les chinois, sans parler des nombreux petits investiteurs abusés, que d’arnaque, de détournements, de trahison et cerise sur le gâteau, du sang.

Deby se confia entièrement aux chinois la réalisation du Projet, ce fut même un coup de foudre entre eux ; il accabla à la longueur des journées les anciens partenaires pour être les responsables directs du retard et de la pauvreté du Tchad. Avec le pétrole et les chinois, le Tchad deviendra ce qu’il deviendra et le monde entier sera témoin. Entre Deby et les chinois, pas d’intermédiaire ; le technicien, l’ingénieur en chef, c’est lui-même. Les cadres tchadiens ? Ce sont des nullards, des corrompus ! Avec leurs réunions interminables, leurs études de faisabilité, etc., ils ont retardé la marche du pays .Pour Deby, on n’a pas besoin des études pour faire ce qu’on veut ; sa devise est simple « vouloir c’est pouvoir » Les chinois faisaient ce qui leur semble répondre à leurs intérêts, proposaient à Deby, ce dernier accepte tout sans broncher et sans se référer aux techniciens qu’il les traite de tous les noms d’oiseaux devant des chinois étonnés. Et à chacun de leur passage, les chinois glissaient une petite enveloppe.

La construction est terminée, avec un cout de plus de 200 millions de dollars, Deby fait circuler le chiffre de 60 millions de dollars ce qui est complétement faux. Rien ne répond aux besoins des tchadiens : ni la qualité, ni la quantité, ni la gestion et moins encore la commercialisation. Les chinois refusent les prix imposés, parce que, disent-ils, ils ne peuvent pas récupérer leurs investissement avant 15 ans avec ces prix, or ils avaient prévu récupérer leur investissement en 5 ans au plus. Et la crise commença. Deby, cherchant des boucs émissaires, balança ses propres collaborateurs et son frère Daoussa Deby à la pâture, d’avoir pris des commissions des chinois ce qui augmenta le coût de la raffinerie et les produits finis. Mais l’opinion publique n’étant pas dupe, refusa d’avaler la couleuvre. C’est tout droit au mur. Des nouveaux boucs émissaires ; les Ministres du Pétrole et celui du Plan limogés ; mais la crise perdure. Deby n’a rien trouvé d’autre que d’expulser le DG chinois de la raffinerie et la fermeture de celle-ci ; solution intenable.

Deby a fait donc marche arrière en demandant aux chinois de reprendre les négociations avec les techniciens tchadiens (enfin !) La raffinerie est donc réouverte ; les chinois qui ont beaucoup d’intérêt en ce moment au Tchad semblent avoir lâché du lest et vouloir calmer les jeux : les prix des produits finis restent les mêmes qu’avant la fermeture, la partie tchadienne va poser des compteurs, effectuer des contrôles de la qualité des produits fins et surtout éviter toute création de pénurie. En attendant, les négociations continuent sur tous les aspects de la vie de la raffinerie, y compris le statut des champs et permis associés à cette raffinerie. Enfin, les cadres tchadiens semblent y être associés, convaincus que dès qu’ils auront trouvé un semblant accord, Deby, qui affiche actuellement un profil bas, conscient de ses déboires et incompétences, interviendra de manière brusque et brute pour tout chambouler et le prochain clash avec les chinois s’ensuivra.

Beremadji Félix
N’djaména – Tchad


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