Le Sénégal ne doit pas "laisser penser que l’affaire Habré est terminée" (avocat) – Afp

Me Demba Ciré Bathily, avocat sénégalais des victimes de l’ancien président tchadien Hissène Habré, s’est dit « étonné » lundi par une déclaration du ministre sénégalais de la Justice qui « peut laisser penser que l’affaire Habré est terminée au Sénégal ».

Le garde des Sceaux, Me Madické Niang, avait déclaré à la radio privée RFM dimanche, deux jours après l’annonce de la condamnation à mort par contumace de l’ex-président tchadien Hissène Habré au Tchad: « Si Hissène Habré a été jugé pour les mêmes faits (pour lesquels il est poursuivi au Sénégal, ndlr), il me semble d’après les commentaires que ce sont les mêmes faits (…), il ne pourra plus comparaître devant aucune juridiction au monde ».

Pour Me Bathily, « la réaction du ministre traduit le fait qu’il ne dispose pas encore de toutes les informations sur cette affaire », car « il est évident que les deux procédures n’ont rien à voir ».

Mais « nous sommes étonnés que, sur une affaire aussi sensible, les autorités sénégalaises n’aient pas pris le soin d’avoir toutes les informations avant d’exprimer une position publique qui peut laisser penser que l’affaire Habré est terminée au Sénégal », a-t-il ajouté.

« Sans vouloir faire un procès d’intention au ministère de la Justice, ces propos renforcent la croyance des victimes tchadiennes selon laquelle le Sénégal n’a pas réellement la volonté politique de juger Hissène Habré », a souligné Me Bathily.

Pour l’avocat, « ce serait faire injure au Sénégal de dire que le pays voudrait bien être déchargé d’un mandat trop lourd ».

Mais, par ailleurs, dit-il, « on sait qu’il y a un lobby derrière Hissène Habré qui est convaincu qu’il ne sera jamais jugé à Dakar ».

Selon une source judiciaire à N’Djamena, Hissène Habré et onze chefs rebelles tchadiens ont été condamnés à mort par contumace vendredi au Tchad pour « atteinte à l’ordre constitutionnel, à l’intégrité et à la sécurité du territoire ».

En juillet 2006, le Sénégal avait été mandaté par l’Union africaine pour accueillir le procès pour crimes de guerre et crimes contre l’Humanité de l’ex-président tchadien (1982-1990), réfugié au Sénégal depuis 1991.

Pour Me Bathily, « rien ne justifie, ni en droit ni en fait, le retard observé dans le processus » d’organisation de ce procès à Dakar.

« Les autorités sénégalaises disent que, du point de vue des textes, tout est prêt pour débuter l’instruction mais que maintenant, il faut l’argent. Mais, nous n’avons jamais vu une seule juridiction dire, avant un procès, +il me faut tout l’argent que cela va coûter…+ », a-t-il relevé.

De son côté, le ministre de la Justice sénégalais, qui avait auparavant défendu Hissène Habré en tant qu’avocat, a affirmé dimanche sur RFM s’être acquitté de son « devoir » (d’organiser le procès) avec « beaucoup de coeur et de sérieux ».


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