Tchad: La Banque mondiale se retire du pays – Rfi

L’institution financière a supprimé son aide aux infrastructures pétrolières. Ndjamena minimise et assure qu’il s’agit d’une décision « consensuelle ». Selon la Banque mondiale, le Tchad n’a jamais respecté les accords qui lui ont permis d’acheminer le pétrole produit dans la région de Doba (450 km au sud-est de la capitale) par un oléoduc de plus de 1 000 km reliant le site au terminal camerounais de Kribi, sur la côte du Golfe de Guinée.

Ce pipeline avait été financé par la Banque mondiale, la Banque européenne d’investissement et un consortium de compagnies pétrolières contre l’engagement du Tchad d’affecter la majorité des revenus pétroliers au développement. Cette rupture laisse le champ libre au président Déby qui peut désormais disposer de ces fonds comme il l’entend.

Tchad – Avenir incertain pour les programmes d’aide au developpement

« Même si la Banque mondiale n’est «que» le troisième contributeur financier en matière d’aide – derrière l’Union Européenne et la France – cette décision pourrait à terme poser quelques difficultés au développement du pays »

Si pour la Banque mondiale, le divorce avec le Tchad signe l’échec d’un modèle de développement, pour Idriss Deby, il s’agit peut-être d’une bonne opération…

En 2000, la lune de miel avait pourtant bien commencé. L’institution de Bretton Woods tenait son laboratoire de la bonne gouvernance, avec 85% de la ressource réservée à la lutte contre la pauvreté.

Mais, très vite, le bras de fer s’engage et se durcit. En 2006, après une attaque rebelle, le Tchad a besoin d’acheter de nouvelles armes et demande la renégociation du contrat.

La banque suspend ses prêts et gèle les avoirs pétroliers tchadiens, mais Deby ne plie pas et menace de couper les vannes. C’est la panique à Washington, un accord est finalement trouvé. La part consacrée au développement passe de 85 à 70%, et le gouvernement dispose de 30% des revenus pétroliers pour ses dépenses courantes.

Cette fois, en 2008, lassée par le non-respect des accords depuis des années, la Banque mondiale jette définitivement l’éponge.

Mais le 10e producteur de pétrole africain a maintenant son oléoduc et ses infrastructures pour extraire son brut.

Certes, il a bien fallu rembourser les 66 millions de dollars de prêt, mais le pays produit désormais près de 200 000 barils par jour, soit environ…750 millions d’euros de recettes par an.

Une somme qu’Idriss Deby peut maintenant utiliser à sa guise…Pour l’opposition aucun doute : une fois les mains libres, le Tchad va consacrer la majorité des revenus du pétrole à l’achat d’armement.


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