Tchad : Déby se debarrasse de la Banque mondiale – Le Faso

La Banque mondiale se retire du projet pétrolier de Doba au Tchad. Après avoir exigé du gouvernement tchadien le remboursement total de ce qu’il lui devait (66 millions de dollars),l’institution financière a choisi de tirer sa révérence, mettant un terme à son implication dans une réalisation qu’elle avait cautionnée et financée depuis sa création en 2001, et qui permettait au Tchad de tirer 1 milliard et demi de dollars annuellement, grâce aux revenus du pétrole. Du gâchis, du beau gâchis sans doute, mais la sagesse conseille de savoir quitter la table lorsque l’honneur est desservi.

A l’origine du désaccord, le non-respect par le Tchad d’accords conclus avec l’institution de Bretton Woods auquel s’ajoutent d’autres griefs : surfacturation, détournements de fonds, utilisation de l’argent du pétrole à des fins militaires.

Les accords signés avaient stipulé la création d’un fonds pour les générations futures. Des soucis plus urgents auront sans doute été décelés à leur place. Refusant d’être la caution morale de cette gestion indélicate de la chose publique, la Banque mondiale claque la porte car c’est sa crédibilité qu’elle est en train de jouer.

On ne peut que déplorer ce départ de l’institution de Bretton Woods, l’une des seules encore en mesure d’exercer des pressions sur des gestions d’Etats en vue de les conduire sur de saines voies. Car désormais, bonjour la gestion gabégique, familiale et fantaisiste à souhait, de ces revenus générés par l’or noir. La guerre est-elle une raison sérieuse qui justifie tout ? Que nenni. Elle est au yeux de nombreux observateurs, au regard de ce qui se passe dans ce pays, un mauvais prétexte mal servi et qui ne convainc personne. Il est fort à parier que même en temps de paix, Déby n’aurait nullement agi autrement .

Générations futures, connaît pas . Le militaire qu’il est, arrivé au pouvoir de la manière qu’on sait, a besoin d’assurer ses arrières. Si vis pacem para bellum (1). Les moralisateurs n’ont qu’a repasser.

Le Tchad serait-il, à l’instar de beaucoup d’autres pays, victime à son tour de la « malédiction de l’or noir » ? Curieux, tout de même que toutes les victimes de cette malédiction se recrutent sur le continent… noir. Preuve qu’il font tous montre d’une malgouvernance financière grave. Il existe bien d’autres pays pétroliers qui font utilisation judicieuse du pétrole que recèle leur sous-sol, et cela sans aucun contrôle, ni de la Banque mondiale ni d’aucune autre institution financière. Pauvre Afrique !

Mais il existe aussi comme une caution morale qui parraine l’attitude de Déby dans cette affaire. La responsabilité de la France y est sans doute engagée, négativement, en dépit de la gravité de l’enjeu en présence. Elle qui a toujours su se montrer l’inconditionnel bouclier protecteur d’un filleul pour le moins « peu sage ». Pourquoi, et dans quel but ?

Que retenir de cette rupture Tchad-Banque mondiale ? Que traduit un nouvel échec pour le gouvernement tchadien qui, une fois de plus, brouille son image sur la scène internationale ? Assurément. Qu’elle représente aussi comme une insatisfaction frustrante pour la Banque mondiale qui avait souhaité faire de ce projet un exemple pour le reste du continent ? Sans doute.

Mais le plus à plaindre demeure aujourd’hui le Tchad, classé par le Pnud, pauvre parmi les plus pauvres d’Afrique. La Banque mondiale s’en est allée. Les compagnies pétrolières peuvent désormais s’incruster. De nouvelles autres se bousculeront sans doute aux portes. De nouveaux accords seront signés avec les autorités en place. Et on peut se convaincre d’une chose : l’argent perdu ne le sera pas pour tout le monde. L’establishment politique tchadien peut continuer à s’armer et à faire la bamboula.

(1) Vieil adage latin reprise par César : si tu veux la paix, prépare la guerre.

Jean-Claude KONGO

Le Pays


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