Tchad: Un nouveau cadre de résolution du conflit – ICG

Les risques sécuritaires et les crises politiques persisteront au Tchad tant que le gouvernement tchadien n’acceptera pas une négociation politique globale, tournée vers la réconciliation nationale et soutenue par la communauté internationale.

Tchad: Un nouveau cadre de résolution du conflit,* le dernier rapport de l’International Crisis Group, examine l’escalade de la violence et des tensions ethniques au Tchad et recommande une nouvelle architecture de négociation pour résoudre la crise politique et sécuritaire qui trouble le pays et la région. Loin de mettre le Tchad sur la voie de la réforme, l’accord politique du 13 Août 2007 entre le gouvernement et l’opposition politique traitait uniquement de réformes électorales et ne pose pas les bases d’un changement profond de gouvernance.

« L’attaque rebelle lancée sur N’Djamena six mois seulement après la signature de l’accord, signé sans véritable consultation nationale, a montré qu’il ne pouvait offrir de véritable sortie de crise ni permettre la fin de la rébellion armée », affirme Daniela Kroslak, directrice adjointe du programme Afrique chez Crisis Group. « L’insistance de l’Union européenne et de la France en particulier, à s’en tenir à ce processus, doit être reconsidérée ».

Depuis le retour au multipartisme en 1990, le pouvoir a été monopolisé par un clan de militaires zaghawa dirigé par le président Idriss Déby. Ni l’augmentation des revenus de l’Etat grâce à la manne pétrolière, ni les processus électoraux soutenus par ses alliés occidentaux n’ont apporté la démocratie ou amélioré le système de gouvernance du pays.

Les attaques répétées du Soudan contre les camps de réfugiés et les positions des rebelles du Darfour au Tchad ont dangereusement aggravé la crise. La décision d’Idriss Déby de soutenir les rebelles soudanais du Darfour est dès lors devenue une partie intégrale de sa stratégie de survie politique. Il a renforcé sa position en se présentant comme un élément essentiel de la stratégie occidentale d’opposition à l’expansion régionale du régime de Khartoum, et par le déploiement des deux opérations internationales de maintien de la paix dans l’Est du Tchad pour assurer la protection de 250.000 réfugiés du Darfour.

Une nouvelle architecture de négociation et d’action à trois volets est nécessaire. Le premier volet devrait se fonder sur l’Accord du 13 août 2007 et initier de nouvelles négociations politiques avec une participation élargie, incluant la société civile. Le deuxième devrait se concentrer sur la rébellion armée afin d’aboutir à un accord de cessez-le-feu permanent et à l’intégration des forces rebelles dans l’armée. Supervisé par l’Union africaine, le troisième volet devrait aborder le conflit de longue date entre le Tchad et le Soudan, et chercher à mettre fin à cette guerre par rebelles interposés.

« Sans une réelle réforme administrative, économique et du secteur de sécurité, le Tchad continuera à faire face aux crises et aux menaces récurrentes de prise de pouvoir par la force qui le hantent depuis plusieurs décennies », avertit François Grignon, directeur du programme Afrique à Crisis Group.


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*Le rapport est accessible en français sur notre site web: http://www.crisisgroup.org


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