Mounira Mitchala: Une voix du Tchad, entre gazelle et panthère – Afp

Elle est fonctionnaire le jour, chanteuse la nuit. Sous des dehors de timide gazelle, la Tchadienne Mounira Mitchala cache une volonté de félin – elle est surnommée « la panthère douce » – et une voix n’ayant peur d’aucune gamme. Elle chante pour la femme, l’Afrique, la paix.

« Mitchala veut dire panthère dans ma langue maternelle, le bidia » qui est parlé dans la région du Guéra (centre du Tchad), explique cette jeune femme dans un entretien avec l’AFP à Libreville où elle s’est produite mardi en concert dans le cadre d’une tournée en Afrique centrale.

Son vrai nom est Mounira Khalil Aliou, précise la chanteuse, 29 ans, aînée d’une fratrie de sept enfants, également greffière et responsable du centre de documentation du ministère tchadien de la Justice.

« J’ai eu la passion de la musique depuis mon jeune âge, mais mes parents ont exigé que j’étudie. J’ai bien respecté ce qu’ils m’ont dit (…) mais je savais exactement ce que je voulais être: chanteuse », déclare Mounira, sans maquillage, coiffure et mise sobres soulignées par des yeux en amande.

Elle étudie. Passe un bac littéraire, s’inscrit un an à la faculté de droit de N’Djamena, qu’elle quitte pour passer le concours d’entrée à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) et devient greffière.

Elle n’abandonne pas la musique pour autant. Après l’école, elle chante le soir dans le bar d’un grand hôtel pour « garder la voix parce qu’au Tchad, il n’y a pas d’école de musique ».

Son répertoire est alors fait de tubes de « blues, soul, jazz » dont elle a nourri sa passion dans son enfance entre le Tchad, le Niger et l’Allemagne, au gré des déplacements de son père, chercheur qui fut recteur de l’Université de N’Djamena. Les musiques traditionnelles qu’on écoutait en famille pour donner de la sève au bidia l’ont aussi bercée, dit-elle.

En 2000, à l’occasion d’un concert au Centre culturel français de N’Djamena, le public la découvre « en duo avec H’Sao, un groupe tchadien qui vit actuellement au Canada », dit-elle, un brin émue, se souvenant avoir été « très timide ».

« C’était la première fois que je chantais en public. Ma mère était dans la salle. (…) Elle m’a toujours encouragée. »

Aujourd’hui, Mounira Mitchala est une célébrité dans son pays et séduit de plus en plus à l’étranger. A l’instar d’un de ses aînés dans la musique, le Malien Salif Keïta, ayant dirigé le jury qui lui a attribué en 2007 le prix Découvertes de Radio France Internationale.

Conquis, le public de Libreville semble aussi l’avoir été mardi par la jeune femme, que le maître de cérémonie leur avait annoncée comme « une voix (…) poussée par les vents brûlants du désert tchadien ».

Sur des paysages sonores mêlant Sahel, Orient et Occident, elle a chanté, pieds nus, déroulant une superbe voix tantôt douce, suppliante, tantôt énergique, pour la femme, la paix au Tchad, en Afrique, contre la désertification… Autant de thèmes développés dans « Talou Lena », son premier album.

La chanteuse compte, évidemment, en faire d’autres, tout en restant fonctionnaire. Ce qui est possible, assure-t-elle, parce que « quand j’ai des tournées ou des spectacles hors du Tchad, je demande une autorisation d’absence au ministère. Et quand je voyage, il y a un administrateur qui dirige le centre jusqu’à ce que je revienne ».



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