Arche de Zoé : la vie meurtrie du docteur de Castellane – La Provence

Le Tchad a réclamé hier le paiement de 6,3 millions d’euros à Paris dans l’affaire de l’Arche de Zoé. Philippe van Winckelberg, qui a repris ses consultations depuis sa sortie de prison, nous a reçus

« Les personnes qui nous connaissent disent que nous avons un regard triste aujourd’hui… » Antonia Van Winkelberg, l’épouse du docteur de Castellane emprisonné au Tchad puis en France, nous fait la conversation en attendant que son mari termine sa consultation. Après huit ans de vie commune, le couple est toujours aussi fusionnel. Philippe Van Winkelberg apparaît enfin.

Les joues sont rondes, le teint est frais et il sourit. Pourtant, ses yeux trahissent une inquiétude, voire de l’angoisse. Il faut dire que depuis sa sortie de prison le 31 mars dernier, le médecin est toujours sous le coup d’une mise en examen en France pour « tentative d’entrée illégale d’enfants sur le territoire, intermédiaire en adoption et escroquerie« . Des accusations insupportables pour celui qui n’avait d’autre but que celui de sauver des enfants de la maladie et de la misère. « Il manque un jugement définitif, un point final à cette affaire pour que je puisse me reconstruire…« 

Le Darfour hante toujours ses nuits. Il y revoit les enfants qu’il a soignés : « Aujourd’hui, on ne sait pas ce qu’ils sont devenus. La presse s’est intéressée à nous mais a oublié les enfants. Où sont-ils? Ont-ils retrouvé les prétendues familles qui se sont dévoilées dès qu’on a parlé de dédommagement financier mais qui en fait, j’en suis persuadé, n’existaient pas ?« 

Aujourd’hui l’État Tchadien réclame 6,3 millions d’euros, ce qui fait bondir Philippe Van Winkelberg : « On a tous été condamnés sans qu’on établisse nos responsabilités. Dans le dossier de chacun, il n’y a aucune partie civile identifiée et surtout, on ne nous a rien demandé! L’État tchadien lui, n’a réclamé qu’un euro de dommages et intérêts. De plus, l’Arche de Zoé, ce n’est pas moi ! »

Pratiquement au bord des larmes, le docteur revoit les enfants: « Lorsque je me suis occupé d’eux, leur santé était très préoccupante; ils vivaient dans une zone où ils étaient en danger. On les a soignés, on leur a appris à chanter, à danser, à rire… Tout ce que je peux vous dire c’est que s’ils sont retournés là où nous les avons vus pour la première fois, alors ils sont morts. Mais de cela, tout le monde s’en fout. »

Aujourd’hui à Castellane, les gens du village regardent le couple avec bienveillance et le docteur a retrouvé toute sa clientèle. Mais Philippe Van Winkelberg a une hantise : dans l’inconscient du public, le docteur ne restera-t-il pas pour toujours un enleveur d’enfants? Dans son besoin de vérité, Philippe Van Winkelberg anticipe même les questions que nous sommes sur le point de lui poser : « Si on avait voulu enlever des enfants tchadiens, pensez-vous que nous aurions été au Soudan, que nous aurions communiqué six mois avant notre départet que nous aurions emmené avec nous des journalistes?« 


Commentaires sur facebook