Procès Hissène HABRE : Les droits de l’’hommiste’ menacent de se tourner vers la Belgique – Walfadjri

Les récentes déclarations du président Wade affirmant, dans les colonnes du journal espagnol, Pùblico, que le Sénégal ‘n’est pas tenu de juger Habré’, a fini de jeter le doute chez les membres du Comité international pour le jugement équitable d’Hissène Habré. Ainsi, les organisations de défense des droits de l’homme, regroupées dans ce Comité, menacent de se tourner vers la Belgique.

Dans une interview, publiée dans le journal espagnol Público, en date du 14 octobre, le chef de l’Etat sénégalais conditionne la tenue du procès d’Hissène Habré, du nom de l’ancien dictateur tchadien réfugié au Sénégal depuis dix ans, à son financement par la communauté internationale. En substance, le président Wade affirme qu’il ‘n’est pas obligé de juger’ Habré et que, faute d’un tel financement, il ne va ‘pas garder indéfiniment Habré au Sénégal’, mais il fera en sorte ‘qu’il abandonne le Sénégal’.

Le Comité international pour le jugement équitable d’Hissène Habré, un attelage d’organisations de défense des droits de l’homme du Tchad, du Sénégal ou internationales comme Human Rights Watch, qui traquent les moindres déclarations des autorités sénégalaises sur le sujet, a battu le rappel de ses troupes pour exprimer son étonnement. Dans un communiqué, il s’étonne des déclarations du président Wade, menaçant d’expulser du territoire sénégalais l’ancien président tchadien. Des ‘déclarations qui raniment nos inquiétudes sur la volonté politique du Sénégal de mener à bien ce dossier’.

L’Association tchadienne de défense des droits de l’homme, Human Right Watch et la Raddho menacent même de se tourner vers la Belgique, pays dont la justice avait lancé pour la première fois un mandat d’arrêt contre Hissène Habré au nom de la compétence universelle. ‘Si le Sénégal ne veut pas juger Hissène Habré, la Belgique constituera alors la seule option tangible et réaliste pour qu’il réponde effectivement des accusations portées contre lui dans le cadre d’un procès juste et équitable – avant qu’il ne soit trop tard’, lit-on dans le communiqué.

Mais il reste que le souhait dudit Comité est que l’ancien dictateur tchadien, poursuivi pour crimes contre l’humanité, soit jugé au Sénégal pour montrer l’exemple que l’Afrique est capable de juger ses criminels. Toutefois, le Comité tient à rappeler que si le Sénégal, deux ans après le mandat de l’Union africaine, venait à renoncer au jugement d’Hissène Habré et se résignait à l’expulser, ‘le droit international et la décision du Comité des Nations unies contre la torture exigeraient que cette expulsion se fasse vers la Belgique, dont le mandat d’arrêt et la demande d’extradition restent toujours valables’. Dirigé par Jacqueline Madeina, Reed Brody et Alioune Tine, le Comité international pour un jugement équitable d’Habré estime que les victimes méritent mieux qu’une prolongation de ce feuilleton politico-judiciaire qu’est devenue l’affaire Habré.

Par ailleurs, le Comité se dit parfaitement conscient que le procès d’Hissène Habré aura un coût important. C’est pourquoi, des efforts considérables ont été menés par ses membres, depuis deux ans, pour presser la communauté internationale à contribuer au procès – bien avant que le Sénégal n’en fasse la demande. C’est ainsi que l’Union européenne a formellement saisi le Sénégal pour l’informer qu’une première enveloppe allant jusqu’à deux millions d’euros (1,3 milliard de francs Cfa) était déjà disponible pour la phase initiale de l’instruction ; tandis que le Tchad a annoncé qu’il participerait à la tenue du procès à hauteur de trois millions d’euros (2 milliards de francs Cfa). La France, la Suisse, la Belgique et les Pays-Bas ont tous réitéré leur disposition à soutenir financièrement le Sénégal. Comme pour dire que la balle est dans le camp du Sénégal qui doit présenter aux bailleurs de fonds un budget pour le procès, fondé sur une stratégie de poursuite, tel que l’a promis le ministre de la Justice, Me Madické Niang, il y a plus de quatre mois. Selon le Comité, la plainte déposée à Dakar le 16 septembre 2008 par les victimes d’Hissène Habré présente d’ailleurs des éléments, dont le Sénégal pourrait s’inspirer pour établir une telle stratégie et donc un budget à présenter aux bailleurs de fonds.

Pour l’heure, le Comité international pour un procès équitable d’Habré se dit ‘déçu’, tout comme le président Wade, du manque de soutien de l’Union africaine. ‘C’est pourtant elle qui a donné mandat au Sénégal de faire juger, au nom de l’Afrique, Hissène Habré’ et a demandé à son président ‘d’apporter au Sénégal l’assistance nécessaire pour le bon déroulement et le bon aboutissement du procès’.

Mamadou SARR


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