Tchad: un an après, L’Arche de Zoé reste d’actualité – Afp

Il y a un an, les forces de sécurité tchadiennes empêchaient 103 enfants de la région d’Abéché (est) d’embarquer dans un Boeing-757 vers la France, mettant fin à une opération illégale montée par une obscure association, L’Arche de Zoé appelée au Tchad Children Rescue.

« L’affaire Arche de Zoé » débutait ainsi le 25 octobre 2007, évoluant en un feuilleton médiatico-judiciaire qui a empoisonné et empoisonne encore les relations franco-tchadiennes, surtout autour de dommages et intérêts.

Neuf Français – six membres de l’association, trois journalistes – et sept Espagnols de l’équipage de l’avion affrété pour l’opération ont été arrêtés.

Si les Espagnols et les journalistes ont été rapidement libérés, après notamment une visite au Tchad du président français Nicolas Sarkozy, les six autres Français, ainsi que trois Tchadiens et un Soudanais ont été inculpés puis renvoyés devant la Cour criminelle de N’Djamena.

La justice tchadienne a accusé l’ONG d’avoir tenté d’enlever les 81 garçons et 22 filles, alors que L’Arche de Zoé brandissait des raisons « humanitaires ».

L’association affirmait en effet avoir essayé de « sauver de la mort » ces enfants, présentés comme des orphelins de la région soudanaise du Darfour, frontalière du Tchad, en proie à la guerre civile. Après enquête, des organisations humanitaires internationales avaient déclaré que la majorité des enfants n’étaient pas orphelins et ne venaient pas du Darfour.

L’affaire avait suscité un mouvement anti-français dans le pays – alimenté par « des associations tchadiennes » et des soupçons de « pédophilie » et de « dons d’organe » – auquel N’Djamena a aussitôt mis fin, selon le ministre de la Communication, Mahamat Hissène.

« Le gouvernement tchadien a expliqué très tôt qu’il faisait la différence entre les gens de L’Arche de Zoé et la France. Il y a d’excellentes relations avec la France », souligne M. Hissène.

Jugés à N’Djamena, les six Français ont été condamnés le 26 décembre 2007 à huit ans de travaux forcés, après un procès instruit et tenu en un temps record, laissant « l’impression » qu’il y a eu « un marché » entre la France et le Tchad, estime Jean-Bernard Padaré, avocat et figure du barreau tchadien.

Les accusés, dont le président de l’association Eric Breteau et sa compagne Emilie Lelouch, ont aussi été astreints à verser solidairement 4,12 milliards de FCFA (6,3 millions d’euros) de dommages et intérêts.

Transférés le 28 décembre en France où ils ont été emprisonnés, ils ont été graciés le 31 mars 2008 par le président tchadien Idriss Deby Itno et libérés.

L’Arche de Zoé refait parler d’elle depuis que le Tchad a réclamé le 7 octobre à la France le versement des 4,12 milliards de FCFA des dommages et intérêts.

« Demande incongrue », « impossible à mettre en oeuvre », a commenté Me Olivier Desandre-Navarre, avocat d’un des membres de l’association, alors qu’en avril, le Premier ministre français avait déjà exclu ce paiement par Paris, « pour des erreurs que la France n’a pas commises ».

Le Tchad a annoncé avoir « avancé » 1,5 milliard de FCFA (2,3 millions d’euros) sur ces dommages et intérêts, sans compter des fonds donnés par les Emirats arabes unis, l’Espagne et le Japon.

Les familles, qui n’ont pour l’heure rien touché, devraient recevoir entre 1 et 3 millions de FCFA (1.500 et 4.500 euros). Le reste de l’argent devrait bénéficier à des projets de développement dans leur région très pauvre et peu sûre.

Elles ont en revanche retrouvé leurs enfants, qui ont passé près de six mois dans un orphelinat, au terme de considérables investigations de l’Unicef et du ministère de l’Action sociale.

« Chacun des 103 enfants a retrouvé sa famille d’origine », précise Mahamat Hissène, délégué à l’Action sociale de la région.


Commentaires sur facebook