Tchad: Adré, ville sans avenir pour les enfants de L’Arche de Zoé – Afp

« On est contents. On a nos parents, notre famille, nos amis, nos voisins. On joue au football, on fait des jeux », affirme Hamza Oubali, 9 ans, un des 103 enfants de L’Arche de Zoé qui a retrouvé sa famille à Adré, dans l’est du Tchad.

Sa maison respire pourtant la pauvreté. Son père, fermier, vit depuis plusieurs mois à N’Djamena où il attend les dommages et intérêts qui doivent être versés aux familles des victimes.

« Il a envoyé deux fois de l’argent, 25.000 CFA (38 euros). Pour le reste, je fais des petits travaux, je me débrouille », affirme à l’AFP Makia Oubali, la mère d’Hamza.

En octobre 2007, la famille Oubali avait « donné » à L’Arche de Zoé trois de leurs six enfants, les trois garçons les plus jeunes, comme beaucoup dans la région d’Adré d’où sont originaires 83 des 103 enfants, selon des humanitaires.

Makia explique avoir reçu la visite d’un habitant de la région proposant « de prendre en charge l’éducation et la nourriture des enfants ». « Nous en avons parlé avec mon mari et on pensait que c’était une bonne chose, pour qu’ils aient un avenir ».

Pour ses 25.000 habitants, vivant pour la plupart dans le dénuement, Adré n’offre que peu de perspectives. Frontalière du Darfour (ouest du Soudan) en proie à la guerre civile, la région est infestée de coupeurs de route, voleurs de bétail et autres bandits qui rackettent et tuent.

La force européenne Eufor a été déployée notamment dans l’est du Tchad pour assurer la sécurité autour des camps de réfugiés soudanais et de déplacés tchadiens. Sa présence a amélioré la situation, mais n’a pas tout réglé.

Un travailleur humanitaire français a été tué le 1er mai sur la route Farchana-Adré. Suspendus brièvement, les rares convois humanitaires à destination d’Adré se font désormais sous escorte.

Des centaines de personnes fuyant les campagnes viennent régulièrement dans la ville, qui « a grandi de 7.000 personnes depuis 2001 », avance le maire, Oumar Adam Awat.

Pour la rentrée des classes, effectuée le 1er octobre dans le pays, l’Unicef et le ministère de l’Action sociale ont distribué des kits scolaires dans la région… où les écoles sont fermées, faute d’enseignants qui réclament sécurité et salaires.

Résultat: Hamza, Ali, 7 ans, Ahamat Oubali, 4 ans, et les autres enfants d’Adré ne vont pas à l’école.

« Il y a un manque cruel de personnel qualifié. Un instituteur ici peut ne pas être payé pendant trois mois… Il préfère rester à N’Djamena », déclare Mahamat Hissène, délégué à l’Action sociale pour toute la région du Ouaddaï, ayant participé à l’opération de réunifications enfants-familles.

« Nous attendons le versement des dommages et intérêts. C’est important pour les familles des enfants de Zoé, mais aussi pour toute la région. L’argent va servir à construire des écoles, faire de l’assainissement d’eau, pour l’aide alimentaire… Cela bénéficiera à 1.500 enfants dans la région d’Adré », souligne-t-il.

L’Etat tchadien vient de débloquer 1,5 milliard de FCFA (2,3 millions d’euros). De son côté, l’Unicef cherche des partenaires pour investir un financement déjà disponible grâce à des dons émirati, espagnol et japonais, un investissement ayant accusé du retard en lien avec l’assassinat de l’humanitaire français.

Chaque famille devrait toucher entre 1 et 3 millions de FCFA (1.500 et 4.500 euros).

Des sommes considérables pour la région qu’il faudrait éviter de se faire « voler » par « les bandits », prévient Mahamat Hissène, évoquant d’heureuses perspectives: bétail, maisons et surtout amélioration de la vie des enfants, qui pourront aller à l’école et plus aux champs, comme c’est généralement le cas.

« Nous voulons le meilleur pour eux. C’est d’ailleurs pour ça qu’on les avait confiés à L’Arche de Zoé », résume Makia.


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