« Un marché » entre France et Tchad – DNA

Ancien vice-président de la Ligue tchadienne des droits de l’homme, l’avocat Jean-Bernard Padaré, figure du barreau tchadien, estime que l’affaire de L’Arche de Zoé dans laquelle il a défendu les intérêts des accusés et condamnés, a donné lieu à « un marché » entre la France et le Tchad.

Un an après, que pensez-vous de l’affaire?

« Avec le recul, je pense que c’est une histoire qui a accouché d’une souris. Elle a fait beaucoup de bruit pour rien. »

Comment en est-on arrivé là ?

– « Les responsabilités sont partagées. Au départ, les gens de L’Arche de Zoé avaient un objectif louable : sauver des enfants. Mais ils n’ont pas su se faire comprendre. L’histoire a rapidement pris de l’envergure car les autorités tchadiennes et le président Idriss Deby Itno lui-même ont parlé d’expérimentation sur les enfants, de pédophilie, de dons d’organe. Cela a suscité l’engouement de la presse tchadienne et internationale. »

Le président Deby Itno était-il sincère ou a-t-il voulu mettre la pression sur la France ?

– « Je pense peut-être les deux. Il ne faut pas oublier le contexte de transition de pouvoir en France. Il ne savait pas encore quelle serait la politique africaine du nouveau président Sarkozy. »

Quels enseignements en tirez-vous ?

– « Malheureusement, le judiciaire est le grand perdant. J’ai l’impression qu’il y avait un marché entre les autorités française et tchadienne. Sinon, (…) il suffisait de saisir le tribunal français du lieu de domicile des condamnés et de remettre une demande d’exécution à un huissier français. Ce n’est pas la France qui a été condamnée. C’est une affaire privée, pas une affaire entre Etats. Je vois aussi que les autorités tchadiennes ont payé un tiers de la somme. Pourquoi ? »

Il y a aussi une rapidité étonnante de la justice tchadienne…

– « La qualification des faits fait aussi penser à un marché. Normalement, selon notre loi, les faits tiennent du délit. Des cas d’adoption illégale ont déjà eu lieu, ce sont des infractions mais cette fois-ci on a qualifié les faits de « crime » (…) Si cela avait été un délit, il y avait possibilité de recours, (…) les gens de l’Arche seraient restés plus longtemps en prison. Or, on a fait siéger la Cour criminelle pour pouvoir ensuite rapidement introduire un recours en grâce. Grâce accordée rapidement. Tout était réglé comme du papier à musique. Les condamnés ne comprennent pas ce qui leur est arrivé et c’est aussi pour ça qu’ils se cramponnent dans leur logique. »


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