ADZ: Breteau contre-attaque – JDD

Le président de l’Arche de Zoé, l’association qui voulait emmener des orphelins tchadiens en France en octobre 2007, a relancé mercredi matin son site internet. Eric Breteau y présente un argumentaire percutant, dans lequel il entend démontrer, à grand renfort de vidéos, sa version. Mais sa vision subjective des médias risque d’embrouiller une affaire déjà complexe.

Eric Breteau avait prévenu qu’il contre-attaquerait. Le président de l’Arche de Zoé, qui a été emprisonné au Tchad pour avoir tenté d' »emmener » des « orphelins » en France le 25 octobre 2007, a remis en service son site Internet, en l’agrémentant de nombreux documents sur le déroulement de « l’opération tchadienne ». Dénonçant une manipulation des médias et une politisation des événements, Eric Breteau offre au public sa version des faits. En introduction du site, les responsables de l’association raillent tour à tour Nicolas Sarkozy, Rama Yade ou le président tchadien Idriss Déby. Sur le ton de l’ironie – du sarcasme parfois -, le site critique surtout les médias, principaux responsables de l’ampleur de « l’affaire de l’Arche de Zoé ». La « dérive des médias » est ainsi disséquée sur plusieurs pages.

Pour étoffer le propos, l’association réutilise à son compte l’une des armes les plus « redoutables » des médias: le pouvoir de l’image. Pendant l’opération, plus de dix-huit heures de rushes ont été tournés par Marie-Agnès Peleran. Cette journaliste de France 3 était devenue, en juillet 2007, vice-présidente du Collectif des familles pour les orphelins du Darfour (COFOD), chargé d’adopter les enfants que devaient ramener l’association sur le continent européen. Elle avait participé à l’odyssée tchadienne et filmé les différents épisodes de l’opération. Eric Breteau dit avoir réussi à « récupérer » cette masse de vidéos, dont il présente de nombreux extraits sur le site. Il a ainsi voulu créer un « livre multimédia » qui raconte l’opération et ses conséquences. Pour faciliter le travail de la justice, il a, selon lui, déposé l’intégralité des rushes aux juges d’instruction en charge de l’affaire et de ses nombreuses ramifications.

Arme à double tranchant

Seulement, Marie-Agnès Peleran ne soutient plus autant l’action de l’Arche de Zoé. Après être revenue en France, elle s’est désolidarisée des méthodes d’Eric Breteau, affirmant qu’elle couvrait l’opération pour le compte de France 3 – ce qui semble faux. Quelques semaines après son retour, elle avait présenté sur la chaîne publique, dans l’émission Pièces à conviction d’Elise Lucet, un reportage quasiment à charge contre l’association. Définitivement brouillée avec les responsables de l’association, elle l’a accusé mercredi matin, sur France info, d’avoir récupéré ses rushes « de manière frauduleuse »: « Je n’ai jamais donné mon accord à Eric Breteau pour qu’il les utilise sur le site de l’arche de Zoé », affirme-t-elle, avant d’ajouter qu’elle a déposé plainte en juillet dernier auprès du procureur d’Aix-en-Provence pour abus de confiance et recel.

La journaliste dénonce, à son tour, une manipulation des images: « Des rushes sortis de leur contexte, on peut leur faire dire n’importe quoi. Compresser dix-huit heures de vidéos en petits bouts, diffusés par-ci par-là sur Internet, ça ne veut rien dire. Ça ne prouve rien », insiste-t-elle. L’association affirme ne pas comprendre la position de la journaliste. Maitre Collard, avocat d’Eric Breteau, préfère dévier le débat sur le « véritable » sujet de fond: « Cette affaire s’inscrit dans un contexte où la France est mise en cause sur la manière dont elle traite l’adoption. Il ne faut quand même pas l’oublier. » L’avocat a affirmé mardi matin, sur France info, que « plus personne ne soutient que l’un des membres de l’Arche de Zoé ait été un escroc ».

Si l’escroquerie n’est pas à l’ordre du jour, la diffamation pourrait bien guetter l’Arche de Zoé. Sur son site Internet, l’association accuse nominativement certains journalistes et médias – M6, Paris Match, Le Nouvel Obs’ et France 3 en prennent pour leur grade – d’avoir produit de « faux témoignages », de la « désinformation systématique » et de la « dénonciation calomnieuse », et de faire preuve de « manquement à l’éthique journalistique ». Les grands mots, mais pas forcément les grands remèdes. Le site de l’Arche de Zoé a le mérite d’insinuer le doute, et après lecture attentive, l’internaute pourrait même être convaincu par l’argumentaire percutant de l’association. Mais le contenu (vidéos et textes) dessert totalement la cause d’Eric Breteau, qui, à aucun moment, ne remet en question sa propre action.


Commentaires sur facebook