"N’Djamena City" : plongée maladroite dans l’enfer tchadien – Le Monde

Pour comprendre N’Djamena City, il faut aller chercher sur Internet les rapports d’Amnesty International ou de Human Rights Watch sur le Tchad entre 1982 et 1990. Pendant ces années, Hissène Habré s’est maintenu au pouvoir par la terreur. Dans un pays qui comptait alors environ six millions d’habitants, quarante mille personnes ont été tuées, la plupart sans procès. A N’Djamena, la capitale, le centre de torture le plus redouté avait été construit en recouvrant une piscine d’une chape de ciment et en divisant la cavité en cellules minuscules.

Une bonne partie de N’Djamena City se passe dans les tréfonds de cet enfer, où les détenus sont maintenus en vie avec du pain rassis mélangé à des boyaux de mouton, la tartina (le titre original du film était « Tartina City »). Issa Serge Coelo est, avec Mahamat Saleh Haroun, l’un des deux réalisateurs de longs métrages tchadiens en activité. Son premier et précédent film évoquait les guerres civiles qui ont déchiré son pays depuis l’indépendance. N’Djamena City procède de la décision de mettre en scène l’horreur, sans ciller, sans ellipses. Le film suit le parcours d’Adoum, un journaliste arrêté à l’aéroport au moment où il s’apprête à quitter le Tchad. Il est incarcéré dans une prison souterraine qui n’est jamais nommée, dirigée par le colonel Koulbou (Youssouf Djaoro, qui jouait l’ancien tortionnaire dans le très beau Darat, de Mahamat Saleh Haroun). N’Djamena City veut être un double portrait, de la victime et de son bourreau. Celui-ci est défini par son sadisme, aussi bien à l’égard des détenus que de ses deux épouses. Le destin de la seconde et celui d’Adoum finissent d’ailleurs par se croiser.

C’est que N’Djamena City est un film étrangement construit. On sent bien sûr les contraintes matérielles, mais surtout une volonté d’échapper au poids de la réalité à travers des artifices de scénario ou de mise en scène qui ne font qu’affaiblir le récit. Or celui-ci aurait au contraire besoin d’être clarifié pour remplir sa mission. A ce jour, Hissène Habré et ses subordonnés n’ont pas été traduits en justice.

Film tchadien, d’Issa Serge Coelo avec Youssouf Djaoro, Felkissam Mahamat. (1h30)

Thomas Sotinel


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