Quand Kadhafi, l’incontournable, gronde deux chefs d’Etat

Deby et El Béchir ont appris à leurs dépens : Deby ne peut pas conserver son pouvoir sans l’aval de Kadhafi et ce, quel que soit l’appui de la France ; et El Béchir ne peut pas chasser Deby sans l’appui de Kadhafi. Cet axiome, le Guide l’a fait savoir à l’un et à l’autre.

Kadhafi a été particulièrement irrité par l’escapade de Deby et El Béchir à Ryad. La colère du Guide a été telle que, chacun de deux Présidents a accouru pour s’aplatir devant lui. L’Egyptien Moubarak a joué les bons offices pour les deux. Le message du Guide a été clair à tout le monde.

A Deby : « Ecoute, «Debbè », c’est moi qui t’ai mis là où tu es et je suis capable de te détrôner en un claquement des doigts et tu le sais bien, ton seul et unique patron c’est moi et tu le sais bien. Si tu veux rester au pouvoir, cesse de gambader partout et pour rien. Ne cherche pas à mêler des « étrangers » aux problèmes du Tchad. Le Tchad c’est moi, tout le monde sait cela. Et puis cesse de dire que tu n’as pas d’opposants, dis ça aux autres pas à moi. Je connais tous ceux qui sont dans l’opposition armée ainsi que leur capacité de faire quelque chose ; alors tu négocies avec eux sans aucune condition. Je ferai tout pour que le RFC et la CNT négocient et regagnent Ndjamena, par contre quant à l’UFDD, soit elle négocie soit elle disparaît. Je ne veux plus entendre parler que le problème du Tchad est examiné ailleurs qu’en Libye. Tu pars en Arabie Saoudite, mais tu es tout simplement bête ! Si les arabes peuvent régler un problème, ils auraient dû régler les leurs depuis longtemps, ce n’est pas pour rien que j’ai quitté la Ligue Arabe pour m’occuper uniquement de l’Afrique ; nous sommes des africains et c’est à nous de régler nos problèmes.» Deby a bien retenu. Il a tout avalé sans broncher, il s’est encore étalé en excuses et est rentré tête basse, confus et honteux.

A El Béchir : « Ecoute, Oumar, moi je déploie toutes mes forces, mes moyens pour te défendre, empêcher que les américains t’étouffent, que les rebelles de Darfour te chassent, mais tout ce que tu as trouvé pour me remercier c’est de vouloir chasser le seul et fidèle garçon de course que j’en ai. Debbè est très important pour moi, il m’a rendu d’énormes services. Je l’ai utilisé pour chasser la seule personne qui m’a humilié dans ma vie, Abbri ; je l’ai utilisé pour casser l’embargo imposé par les américains, je l’ai utilisé pour créer l’UA, la CenSad, etc., il m’est très utile. En tant qu’individu il est d’une rare saleté dans tous les domaines et dans tous les sens ; pour son propre pays et son peuple, un mercenaire slave ferait mieux, mais ce ne sont pas mes problèmes ni ceux de la Libye, alors fichez lui la paix ; dites aux rebelles tchadiens de négocier, j’ai déjà dit à Debbè de négocier et il va le faire.» El Béchir a bien compris le message cinq sur cinq et l’aurait transmis aux rebelles.

Aux saoudiens : « Hé, vous là, de quoi vous mêlez vous ? Depuis quand vous réglez les problèmes des autres, surtout les problèmes africains que vous ne connaissez pas, ne maîtrisez pas, vous ne voyez les africains qu’à la Mecque ou pour construire une petite mosquée qui doit toujours porter le nom d’un de vos Rois ». Les saoudiens se sont platement excusés et ont fait savoir qu’ils ignoraient que la Libye s’occupait déjà du problème. Les saoudiens ne mettront plus leur nez dans cette affaire et il faut oublier ce qui s’est passé à Riad, « ya sidi, ya sidi, assimah, assimah !! »

Depuis, Deby est soulagé par le soutien de Kadhafi, El Béchir fait des pressions pour que les rebelles se rendent en Libye pour des négociations, tandis que Kadhafi s’apprête à accueillir les délégations gouvernementales et rebelles.

Mahamat Ahmat
N’djaména


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