Pipeline Tchad-Cameroun : une étude remet en question le bilan social – Xinhua

Une Organisation non gouvernementale (ONG) active dans le suivi du pipeline Tchad- Cameroun, la Fondation camerounaise d’actions rationalisées et de formation sur l’environnement (FOCARFE) a organisé le 20 mars dernier à Kribi, une ville balnéaire à quelque 300 kilomètres au sud de Yaoundé, la capitale du Cameroun, une journée d’information sur l’impact social de cet oléoduc dans la région du Sud.

Un mois auparavant, une rencontre similaire concernant la région du Centre s’était tenue à Obala, à près de 40 kilomètres à l’ouest de Yaoundé. C’est une opération qui consistait à la restitution des résultats d’une étude menée auprès des populations riveraines sur les effets du pipeline Tchad-Cameroun, rendue en 2009 à la sixième année de sa phase d’exploitation.

« Le cadre de vie s’est dégradé dans certaines localités à cause de la pollution des cours d’eau. Ce qui fragilise la santé des riverains et les prive des sources d’eau potable. Les promesses portant sur les compensations communautaires et le dédommagement n’ont pas jusqu’ici toutes été tenues, près ou plus de dix ans après le début de ce processus », souligne l’étude dont Xinhua a obtenu copie.

« C’est aussi le cas, poursuit-elle, de la construction des logements améliorés en faveur des pygmées, l’amélioration de leur citoyenneté par l’établissement des cartes nationales d’identité. En outre, les pygmées toujours sous-scolarisés ». Elaboré et mis enoeuvre, avec le concours de la Banque mondiale, par un consortium, la Cameroon Oil Transportation Company (COTCO), constitué de trois compagnies pétrolières, Exxon Mobil (40 pour cent des parts du capital), Petronas (35 pour cent) et Chevron (25 pour cent), le pipeline Tchad-Cameroun est un investissement ayant mobilisé 3,7 milliards de dollars. Il se traduit par l’exploitation au Tchad de 300 puits de pétrole brut dans 3 champs pétrolifères. Le transport de cette ressource s’étend sur 1070 kilomètres, dont 891 au Cameroun, reliant Doba à la côte Atlantique à Kribi.

Précisément, le pétrole tchadien est acheminé au Cameroun, qui abrite par ailleurs deux des trois stations de pompage, sur la côte atlantique à Kribi, où le brut est exporté vers les marchés internationaux (le Tchad n’ayant pas un accès à la mer) et où sont installés une station de réduction de la pression et un terminal flottant de stockage et de déchargement. L’oléoduc traverse directement 242 villages du pays, répartis dans cinq des dix régions administratives de ce pays et douze départements.

Le projet est considéré comme « le plus important du secteur privé en Afrique subsaharienne actuellement ». Mais, FOCARFE martèle que son impact social suscite des grincements de dents chez les populations riveraines. « Aujourd’hui, les conflits entre COTCO et les riverains persistent et sont à l’origine de l’emprisonnement de certains riverains. Les abus du constructeur sont flagrants en divers domaines tels que par exemple les surfacturations de matériels octroyés aux communautés dans le cadre des compensations », mentionne-t-elle.

Ces matériels, précise-t-elle, sont « de loin facturés plus chers que sur le marché local où ils ont pourtant, dans le meilleur des cas, été achetés, d’autres possibilités étant des fabrications artisanales de piètre qualité ». Parmi les exemples cités, figure le cas des moulins livrés aux communautés à des prix fluctuant entre 700.000 et 750.000 francs CFA ». Alors que, « entre 2001 et 2002 dans les quincailleries de la place, les prix des moulins thermiques à essence de 5 CV n’excédaient pas 300.000 francs CFA ».

Déjà, fait observer l’étude, « contrairement à ce que prévoit le catalogue de choix, en termes de puissance, soit 5 CV, les moulins inspectés sur le terrain développent une puissance variante entre 3 et 3,5 CV ». Une plate-forme existe pour résoudre les problèmes survenus dans les communautés traversées par l’oléoduc. Elle regroupe le comité de pilotage et suivi des pipelines créé par le gouvernement camerounais, des ONG et la COTCO. Outre FOCARFE, trois autres ONG y sont associées : le Centre d’études et de développement (CED), le Réseau de lutte contre la faim (RELUFA) et le Centre africain de recherches forestières appliquées et de développement (CARFAD).

A COTCO, les responsables réfutent les accusations de FOCARFE, qu’ils estiment surprenantes. « L’entreprise a respecté ses engagements pour les compensations en faveur des populations. Au- delà de ces obligations, elle a développé toute une artillerie de projets. Par exemple, en collaboration avec le diocèse d’Obala, un centre de santé a été construit et équipé dans cette ville. Ce n’était pas une exigence du plan de gestion environnementale », a déclaré à Xinhua Guillaume Kwellé, chargé de la communication et des relations publiques.

Au total, a-t-il soutenu, le consortium a versé « près de 5 milliards de francs CFA au profit de près de 5.000 personnes en terme de compensations individuelles pour la perte de l’usage temporaire et définitif des terrains et des ressources naturelles non ligneuses ». Il a précisé que « les compensations se payaient sous forme de micro-projets, au choix des populations ».

En outre, COTCO a dépensé « deux milliards de francs CFA pour les compensations communautaires ».

« Le pipeline, ça a été un mirage pour la population. Il ne nous a rien apporté. Personnellement, j’ai demandé qu’on me construise une case sociale. Aujourd’hui, je la construis moi-même, avec mes propres moyens », a cependant témoigné à Xinhua le chef traditionnel de la Lobé, à Kribi.



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