Affaire Hissène Habré : Les déclarations de Wade à l’origine de la plainte de la Belgique – Walf Fadjri

La Belgique et le Sénégal doivent encore patienter avant de connaître la décision de la cour internationale dans le procès qui les oppose, relatif à l’affaire Habré. La cour, qui a jugé la demande en indication introduite par la Belgique, a mis l’affaire en délibéré, ultérieurement. Mais d’ores et déjà, les conseillers belges exigent que Habré reste sur le sol sénégalais pour le retrait de leur demande.

(Correspondance) – Pendant trois jours, les deux parties se sont affrontées à coups d’arguments et de contre arguments pour défendre leur cause et tenter de convaincre les juges de la cour internationale présidée par M. Owada. La Belgique, qui a plaidé pour le bien-fondé de sa requête, estime qu’il y a suffisamment de motifs, pour que la cour ordonne au Sénégal de poursuivre ou d’extrader l’ancien président tchadien. Hisséne Habré, qui vit à Dakar où il est en exil depuis 1990, est poursuivi pour tortures et crime contre l’humanité suite à des plaintes déposées contre lui par des victimes. Par la voix du conseiller Gérard Dive, chef du service de droit internationale humanitaire du service public fédéral de justice, la partie belge a demandé à la cour d’indiquer des mesures conservatoires suivantes : ‘Il est demandé au Sénégal de prendre toutes les mesures en son pouvoir pour que M. Hisséne Habré reste sous le contrôle et la surveillance des autorités sénégalaises afin que les règles de droit international, dont la Belgique demande le respect, puissent être appliquées’.

Du côté du Sénégal, on trouve que cette requête est ‘sans objet’, car le Sénégal, où vit Habré depuis 1990, a toujours assuré une surveillance et un contrôle de jour comme de nuit sur l’ancien homme fort du Tchad. Et Habré n’a pas quitté le pays depuis cette date. Ainsi, par l’intermédiaire du directeur des affaires criminelles et des grâces au ministère de la Justice, Demba Kandji, la partie sénégalaise a demandé à la cour de rejeter les mesures conservatoires, demandées par la Belgique le 7 avril. L’affaire a été mise en délibéré par la cour et une décision devra intervenir pour une date qui n’a pas encore été fixée.

En outre, lors des audiences, notamment celle de mardi dernier, deuxième jour du procès, la Belgique avait laissé entendre qu’en cas de déclaration solennelle du Sénégal devant la cour visant à donner des garanties qu’Hisséne Habré restera à Dakar où il est en résidence, elle va abandonner sa demande en indication des mesures conservatoires. Devant la barre, le lendemain mercredi, la partie sénégalaise s’est montrée disposée à confirmer solennellement que le Sénégal empêchera à l’ex-président tchadien de quitter Dakar et a assuré de mettre tout en œuvre pour que Habré reste sur le sol sénégalais. D’ailleurs, la partie sénégalaise a tenu à rappeler que les autorités du pays ont toujours pris des mesures effectives pour assurer la présence de Habré sur le territoire. En plus, Habré a toujours fait l’objet de surveillance et de contrôle. Et le Sénégal n’a pas envisagé de mettre fin à cette surveillance.

L’on se rappelle que le 19 février dernier, la Belgique avait adressé une requête devant la cour internationale de la justice pour lui demander d’ordonner au Sénégal de juger Habré ou de l’extrader vers la Belgique afin qu’il réponde aux accusations portées contre lui. Cette requête se justifie, selon la partie belge, par une déclaration du président sénégalais, Abdoulaye Wade qui sur les ondes de Rfi avait menacé de mettre fin à la mise en résidence surveillée de Habré s’il ne trouve pas le budget qu’il estime nécessaire pour l’organisation de son procès. La Belgique, qui a nourri des craintes de voir Hissène Habré ‘se soustraire à la justice, si le Sénégal le laisse quitter le pays’, a décidé de saisir la cour pour une demande en indication de mesures conservatoires. ‘La Belgique veut éviter qu’Habré puisse se soustraire à la justice’, ont expliqué ses représentants devant la cour. ‘Faux prétexte’, rétorquent les avocats et conseillers sénégalais, sous la houlette de l’ambassadeur et directeur des affaires juridiques et consulaires au ministère des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Thiam, qui nie toute intention du Sénégal de laisser Habré quitter le pays. ‘La déclaration du chef de l’Etat sénégalais ne constitue pas une menace justifiant une demande en indication de mesures’, affirme le Sénégal qui ‘n’a jamais eu l’intention de mettre fin à la surveillance à l’égard de Habré’, rassure-t-il.

La vérité, soutient la partie sénégalaise, est que ‘les déclarations du chef de l’Etat ont été complément extraites de leur contexte et on leur a donné un sens qu’elles n’ont pas’. ‘Au contraire, cette déclaration mettait en exergue sa volonté de poursuivre le processus entamé’. Ainsi, même absent à la cour, le président Wade a été quasi présent à travers ses déclarations sur l’affaire Habré.

Karim LO


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