Les Brèves de N’djaména : Ambassades du Tchad, spéculations immobilières

Sous Deby, les Représentations du Tchad à l’étranger sont catégorisées. Il y a celles qui sont dirigées par des beaux fils, neveux, frères ou des anciens griots. Celles-ci sont bien servies. Sous prétexte d’achat de nouveaux bureaux et résidences, d’énormes pétrodollars sont transférés dans les comptes des dites représentations. Les sommes sont tellement énormes qu’on est en droit de se poser la question si c’est vraiment pour l’achat de quoi que ça soit pour le Tchad ou c’est une nième façon de détournements des biens de l’Etat.

Il y a d’autres représentations qui sont occupées par des cadres lambda, pour la plupart, cadres affaires étrangères. Celles là moisissent dans la misère la plus absolue : arriérés des salaires, des loyers ( là où les résidences et les bureaux n’appartiennent pas à l’Etat tchadien), coupure de l’électricité, de téléphone, de fax, etc. Prenons deux cas patents, New York et Washington, avant de revenir plus tard sur Paris, Bruxelles, et Ryad. L’Ambassade de NY a été très souvent confiée aux cadres du Ministère, qui n’étaient pas les rampants de Deby ; alors ils étaient tous soumis à la déche sèche. Sans pardon. On se rappelle sur ce même site comment est finie l’histoire rocambolesque des péripéties d’un ancien immeuble délabré de l’Ambassade, devenu plus tard simple terrain vierge. Il y a moins de ¬6 mois, débarque à NY comme Ambassadeur un sous-fifre de Deby et les pétrodollars de commencer à pleuvoir. Selon les sources de la Présidence, ce sont plus de 12 millions de $US qui ont été virés sur le compte de ladite Ambassade, destinés à acheter un bureau et une résidence. Comme tout adepte du système Deby, les démarches pour l’acquisition de ces bâtiments se passent en catimini, sans que les collaborateurs ne pigent quelque chose. Selon certaines indiscrétions, l’Ambassadeur attend que le ciel de l’Est s’éclaircisse avant d’effectuer les démarches pour l’acquisition des dits immeubles ; selon d’autres sources, l’Ambassadeur aurait déjà acquis un petit immeuble inhabitable qui doit servir comme bureaux et résidence et qu’il aurait demandé des rallonges pour effectuer des travaux supplémentaires. En attendant l’Ambassadeur vit dans un immeuble à six mille $US par mois, payés d’avance pour une année. Heureux que tu sois un lèche-majesté de Deby.

A Washington, la situation est encore plus rocambolesque. Le soudanais tourabiste, beau-fils de Deby, n’occupe pas seulement le poste d’Ambassadeur, mais il est aussi un associé de Deby dans des opérations mafieuses. On se rappelle de ses incessants déplacements en Amérique du Sud, en Corée du sud, en Russie, à Dubaï, etc. L’Ambassade de Washington possède une belle et neuve résidence, certes un peu éloignée du bureau et un bureau de 3 niveaux, mis en très bon état par l’ancien occupant. Mais tout cela n’est pas du goût du soudanais. Il demanda à son beau père les moyens d’acheter une nouvelle résidence et des nouveaux bureaux. Aussitôt demandé, aussitôt accordé ; les pétrodollars pleuvaient. Un immeuble qui fera office des bureaux, ancienne Ambassade de Malaisie, fut acquis. Un immeuble de 6 niveaux entièrement en verre, à 12 millions de $US. Pour un personnel composé de 6 individus, y compris les chauffeurs. Un autre immeuble, une résidence cette fois-ci, fut acquis à deux pas du premier, à 3 millions de $US. Les deux immeubles ont besoin des travaux supplémentaires. Le soudanais se précipite à N’Djamena avec un devis d’1 million de $US. Son beau père lui donne OK et l’envoie chez le Ministre de tutelle, au lieu de chez Younousmi. Mauvais signe ! Arrivé chez son Ministre de tutelle, celui-ci le fait comprendre qu’il a reçu suffisamment des fonds et qu’il y a des ambassades qui souffrent des arriérés de salaire, donc il doit patienter. Alors notre soudanais sort ses gongs, savonne proprement son patron, quitte le bureau en claquant la porte au nez de son Chef. Celui-ci court après lui, entre deux souffles, lui souffle de vendre le bureau et la résidence pour réfectionner les nouveaux bureaux et résidence, mais le soudanais claque la porte de sa 4X4 sur le tympan de son chef et démarre en trombe comme s’il n’a rien entendu.

Revenu à Washington, il met quand même les deux bâtiments sur le marché. Par les temps qui courent le prix d’immobilier est au plus bas, et comme il faut coûte que coûte se déplacer dans les nouveaux bâtiments, notre soudanais, dans un geste magnanime et patriotique, s’est porté lui-même acquéreur de l’ancienne résidence.

Mahamat Ahamat
N’djaména


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