Tchad: Premiers combats terrestres – Rfi

Les combats au sol entre l’armée gouvernementale et les rebelles de l’Union des forces de la résistance (UFR) que l’on annonçait comme imminents ont commencé, ce jeudi matin, dans l’est du pays. Les forces gouvernementales affirment avoir remporté une « grande victoire » contre les rebelles qui parlent de « violents combats » et affirment, eux aussi, avoir remporté la victoire. La France souhaite que le Conseil de sécurité de l’ONU « condamne fermement » l’offensive des rebelles dans l’est du Tchad.

Après avoir observé les mouvements rebelles ces derniers jours, les forces terrestres tchadiennes se sont engagées dans une confrontation directe aux environs d’Am Dam, une localité entre Abéché et Goz Beïda. Selon un contact au sein de la rébellion, l’affrontement a commencé jeudi matin par un premier accrochage dans les environs d’Am Dam, où était massé l’essentiel des troupes de l’UFR. Mercredi soir et ce jeudi matin, l’aviation gouvernementale était allée bombarder les combattants rebelles mais le choc attendu a commencé aux environs de midi heure locale. Selon nos informations, les combats au sol ont duré plus d’une heure.

Depuis hier, l’Armée nationale tchadienne avait effectué de nombreux mouvements de troupes pour encercler les effectifs de la coalition de l’UFR. De l’armement lourd, des blindés légers et des colonnes de véhicules tout terrain sont partis notamment de la garnison de Mongo dans le centre du pays pour se positionner plus à l’est dans les environs d’Am Dam où se sont déroulé les combats. L’armée qui a également repris position plus au sud, autour de Goz Beïda, affirme avoir eu le dessus et remporté une « grande victoire ». Une source à l’état-major que nous avons pu joindre dans l’après-midi de jeudi a assuré que les soldats sont maintenant engagés dans des opérations de ratissage. Même son cloche, du côté des rebelles, qui affirment aussi avoir remporté une victoire.

Le rôle de Khartoum

Le Soudan, quant a lui, se défend de toute implication, d’autant qu’un nouvel accord de réconciliation entre Khartoum et Ndjamena avait été signé dimanche dernier au Qatar, peu avant le début de l’actuelle offensive de l’UFR. Mais si Ndjamena a accusé Khartoum d’être impliqué, il reste à savoir à quel niveau. A Paris et à Ndjamena les hypothèses vont bon train. Khartoum appuie-t-elle directement l’offensive ou a-t-elle demandé aux rebelles tchadiens de quitter le pays conformément à sa parole donnée à Doha ? Lors de la signature, sous l’égide du Qatar et de la Libye, de ce nouveau pacte de non agression, les Soudanais et les Tchadiens réaffirmaient leur volonté mutuelle de ne pas abriter de factions rebelles. Dans la foulée, les rebelles tchadiens quittaient massivement le Soudan pour investir l’est du Tchad. S’agit-il d’une offensive ou d’un départ forcé ? La question agite les esprits jusqu’au sein de l’état-major tchadien. Certaines sources affirment que des officiers soudanais participent à l’opération rebelle tchadienne, ce qui accréditerait la thèse d’une offensive coordonnée avec Khartoum. La question est de savoir pourquoi, alors, Ndjamena n’a pas immédiatement rompu ses relations diplomatiques avec Khartoum.

Il n’a échappé à personne que, dimanche dernier, l’émissaire américain pour le Soudan, Scott Gration s’est envolé de Ndjamena en compagnie de plusieurs responsables du Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE), le mouvement rebelle soudanais réfugié au Tchad. L’avion s’est rendu à Doha où le MJE et les Soudanais ont depuis relancé les pourparlers de paix. Certaines sources affirment que l’émissaire américain a obtenu l’engagement que Khartoum se débarrasserait des rebelles tchadiens s’il arrivait à ramener les rebelles soudanais à la table des négociations. Ce qui est clair c’est que, forcé ou non, le départ des rebelles de l’UFR du Darfour vers le Tchad va créer une crise sécuritaire. Pour l’heure les rebelles semblent hésiter à affronter l’armée tchadienne. Mais s’il se confirme que les portes du Soudan leur sont fermées, ils devront trouver une base arrière en territoire tchadien. Dans tous les cas, l’affrontement avec l’armée tchadienne se profile.

La France préoccupée

En visite à Paris, mercredi, le chef de la diplomatie tchadienne Moussa Faki Mahamat avait estimé que l’armée de son pays avait la capacité de faire face à la situation en cours. La France souhaite que le Conseil de sécurité de l’ONU « condamne fermement » cette offensive des rebelles dans l’est du Tchad. Le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Eric Chevallier, a appelé, jeudi, « au respect scrupuleux des engagements pris, notamment dans le cadre des accords de Dakar et Doha », soulignant que « toute tentative de déstabilisation par la force est inacceptable ». Pour la France, la Minurcat, la force de l’ONU déployée au Tchad « doit pouvoir remplir sa mission de protection sans entrave ». Le porte-parole du Quai d’Orsay a également exprimé les préoccupations du gouvernement français au sujet de « la sécurité des populations civiles locales, réfugiées et déplacées, ainsi que des travailleurs humanitaires qui leur viennent en aide ». La France est ainsi très attachée à l’intégrité territoriale du Tchad, a déclaré, mercredi à Abidjan, le secrétaire d’Etat à la Coopération Alain Joyandet.


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