Au Tchad, la rébellion met la marche avant – Le Figaro

Des combats ont opposé hier l’armée tchadienne à la rébellion près de Goz Beïda, dans l’est du pays.

Les rebelles tchadiens ont une nouvelle fois franchi la frontière du Soudan et pénétré au Tchad. Quatre colonnes, fortes de 400 à 500 véhicules tout-terrain, sillonnent depuis lundi les sables de l’est du pays avec pour objectif avoué la prise de la capitale, N’Djamena, et la chute du président Idriss Déby.

Jeudi, deux groupes se dirigeaient vers le nord et le sud, tandis que le gros des forces restait concentré. Des rebelles de l’Union des forces de la résistance (UFR) ont brièvement investi, jeudi, la bourgade de Am Timan visiblement laissée ville ouverte par l’Armée nationale tchadienne (ANT). Dans un premier temps, loyalistes et rébellion semblent en fait avoir tout fait pour s’éviter, dans une complexe partie d’échec. Jeudi, un premier accrochage, «très violent» et qui aurait «duré des heures», selon un porte-parole rebelle, a éclaté au nord de Goz Beïda. Aucun bilan précis n’était disponible alors que l’UFR et le gouvernement revendiquaient la victoire.

Cette incursion est loin d’être une surprise. Les insurgés de l’UFR sont massés au Soudan depuis des mois, n’attendant qu’un signal pour se lancer à l’assaut. Équipé par Khartoum, l’UFR dispose d’au moins 800 véhicules, d’armes et d’équipements antiaériens. La rébellion, dont l’offensive de février 2008 avait échoué aux portes du palais présidentiel en partie à cause de divisions internes, est désormais plus ou moins unie sous la direction de Timane Erdimi, un ancien proche du président Déby.

Reste que, de son côté, l’armée tchadienne s’est elle aussi dotée d’armement nouveau. Les défenses des faubourgs de N’Djamena, tout comme celles du centre-ville, ont été sévèrement renforcées. Au point que certains doutent d’un raid rebelle à un court terme sur la capitale.

Quatre accords de paix sans le moindre effet

Les diplomates écoutent avec inquiétude ces bruits de bottes. Sans pouvoir réellement agir. La France, qui a jusqu’à présent soutenu Idriss Déby, a «condamné fermement» l’offensive des rebelles. Paris, qui entretient au Tchad près de 1 200 hommes et six mirages F1, semble cependant exclure toute intervention directe. Les autorités françaises se contentent d’offrir à l’armée tchadienne un soutien logistique et de renseignement.

Près de 800 soldats français sont par ailleurs intégrés à la Minurcat, la force de l’ONU déployée à l’est du Tchad. Mais ces Casques bleus ne sont pas plus en mesure de s’opposer à la guerre qui s’avance. Leur mandat se limite à la protection des quelque 450 000 réfugiés, pour la plupart des Soudanais du Darfour ou des Tchadiens qui s’entassent dans des camps. Un objectif difficile à tenir. La Minurcat, en cours de déploiement, ne dispose encore que de 2 200 hommes sur les 5 200 théoriquement attendus.

Les agences humanitaires craignent pour leur part que des combats dans l’Est ne mènent à un nouveau désastre. «La seule solution pour arrêter de cercle vicieux de rébellion et de contre-rébellion est d’ouvrir des négociations sérieuses», assure un responsable d’une grande organisation française. Une tâche loin d’être évidente. En deux ans, N’Djamena et les rebelles ont déjà signé quatre accords de paix. Aucun n’a eu le moindre effet. Le dernier en date a été paraphé à Doha, dimanche dernier.


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