Paris continue de soutenir un régime tchadien de plus en plus isolé – Le Monde

La répétition des offensives rebelles n’est pas une nouveauté dans l’histoire du Tchad. L’actuel chef de l’Etat, Idriss Déby, a lui-même renversé son prédécesseur, Hissène Habré et conquis le pouvoir, en 1990, au terme d’une offensive sur N’Djamena menée avec l’appui de la France. Mais l’accélération du rythme de ces attaques, en soulignant l’instabilité et l’isolement persistants du pouvoir en place soutenu par Paris, met en lumière les faiblesses de la stratégie française à l’égard du Tchad.

Pour l’heure, la France insiste sur la responsabilité de Khartoum dans l’offensive menée à partir du Soudan depuis le 4 mai. Le 8 mai, Paris s’est dit « préoccupé par cette violation de l’intégrité territoriale et de la souveraineté du Tchad » par les insurgés « appuyés » par le Soudan, « en violation des accords » signés par les deux voisins.

A New York, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté une déclaration rédigée par la France, dans laquelle il « condamne les nouvelles incursions militaires dans l’est du Tchad par des groupes armés tchadiens venus de l’extérieur ». La mention « venus de l’extérieur » désigne le Soudan, mais certains Etats, dont la Libye, n’ont pas souhaité que la déclaration le nomme explicitement. L’analyse française consiste à mettre en parallèle le conflit qui oppose Khartoum et les rébellions du Darfour (ouest du Soudan) soutenues par le Tchad, et celui qui oppose N’Djamena aux rebelles tchadiens soutenus par Khartoum. « Notre politique vise à appuyer le règlement de ces deux conflits », affirme un haut diplomate.

« BLOCAGE POLITIQUE TOTAL »

Des discussions sur le Darfour ont repris récemment à Doha (Qatar). Une avancée sur ce conflit soudano-soudanais faciliterait le déblocage sur l’autre front, tchado-tchadien, assure-t-on à Paris, où le dossier soudanais semble prioritaire.

Mais, en attendant, la situation semble particulièrement enkystée au Tchad. Un accord signé à Syrte (Libye), en 2007, entre le gouvernement et les rebelles d’alors, n’a débouché sur aucun engagement politique. Quant à l’accord d’août 2007 entre le pouvoir et les partis politiques sur l’organisation d’élections, il a été mis à mal par la disparition jamais élucidée, en 2008, du principal porte-parole de l’opposition. La France, qui a volé au secours d’Idriss Déby en février 2008, n’a guère fait pression pour que le président tchadien accomplisse de réels gestes d’ouverture, a fortiori pour que s’ouvre une négociation politique avec les groupes armés.

Aujourd’hui, Paris se félicite de la signature récente d’un accord sur la future commission électorale. « Il faudra régler les problèmes entre Tchadiens, y compris les groupes armés », convient-on en soulignant que Khartoum, qui parraine ces derniers, y fait obstacle.

« Cette situation résulte d’un blocage politique total », critique Bruno Angsthelm, chargé de mission au Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), particulièrement impliqué au Tchad, mettant en cause une « inertie politico-diplomatique ».
Philippe Bernard (avec Philippe Bolopion, à New York)


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