Enfants "enlevés": l’association française dénonce un "revirement" du Tchad – Afp

Christophe Letien responsable de l'Arche de Zoé, Estelle Frattini, responsable du Collectif des familles et Céline Lorenzon avocate des associations lors de la conférence de presse donnée le 26 octobre 2007 L’arrestation de neuf Français accusés d’avoir enlevé une centaine d’enfants de l’est du Tchad et du Darfour est due à un « revirement des autorités tchadiennes », a estimé vendredi un membre de l’association qui a monté l’opération.

Les neuf Français – des membres de l’ONG et trois journalistes – interpellés jeudi à Abéché et soupçonnés par les autorités tchadiennes de « trafic d’enfants« , étaient toujours en garde à vue vendredi matin, selon un responsable local qui a requis l’anonymat. »L’enquête se poursuit« , a-t-on ajouté de même source.

« Nous n’avons pas d’explication sur ce revirement« , a déclaré Christophe Letien, un membre de l’association Arche de Zoé, lors d’une conférence de presse à l’aéroport de Vatry (est de la France), où une centaine de familles, venues pour accueillir 103 enfants venant du Tchad et du Darfour, ont passé la nuit de jeudi à vendredi après l’arrestation des accompagnateurs français des enfants.

Selon lui, les neuf Français arrêtés au Tchad auraient été victimes de violences après leur interpellation. « Notre équipe vient de se faire tabasser, la situation s’envenime », a-t-il dit, sans donner plus de précision. Selon M. Letien, les autorités tchadiennes étaient au courant de l’opération, a-t-il assuré, présentant notamment des photocopies d’autorisations de tournage délivrées aux trois journalistes accompagnant les membres de l’association sur place.

« L’association a des attestations de chefs de tribus et de maires assurant que les enfants étaient bien orphelins de père et de mère« , a souligné M. Letien. Selon lui, les personnes arrêtées au Tchad étaient auprès des enfants depuis six semaines et tout « s’était bien passé« . Le président tchadien Idriss Deby Itno a déclaré vendredi que les responsables de l’opération seraient « sévèrement sanctionnés« .

L’association Arche de Zoé affirme avoir monté cette opération, baptisée Children Rescue, afin de « sauver de la mort » des orphelins des troubles du Darfour et de les faire « accueillir » par des familles en France.

La tentative « d’enlèvement » d’une centaine d’enfants originaires du Soudan et du Tchad est à la fois illégal et irresponsable, en violation de toutes les règles internationales, a déclaré vendredi le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef). « Ce qui s’est passé au Tchad et la manière dont ça s’est passé est à la fois illégal et irresponsable. Ca s’est passé en violation de toutes les règles internationales« , a souligné la porte-parole de l’Unicef, Véronique Taveau, devant la presse à Genève.

Selon la Convention de La Haye sur l’ internationale de 1993, « dans le cas où des enfants seraient séparés de leurs parents à cause d’une guerre ou d’une catastrophe naturelle, on ne peut tenir pour acquis qu’ils n’ont plus aucun proche ni parents vivants« , a rappelé la représentante de l’Unicef. « Ils ne peuvent donc pas être pris en compte pour l’adoption internationale et la priorité devrait être donnée à la recherche de leurs familles« , a-t-elle souligné.

L’Unicef, qui a eu accès au centre social où se trouvent actuellement les enfants, essentiellement des garçons âgés d’un à huit ans selon l’organisation, a noté qu’ils portaient tous un bracelet avec un numéro d’identification. « Nous ne savons pas à quoi cela correspond« , a relevé la porte-parole, qui a indiqué que des recherches étaient en cours, conjointement avec le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), la Croix-Rouge internationale et des organisations non gouvernementales sur place, pour retrouver leurs familles.

Le président tchadien Idriss Deby Itno a déclaré vendredi que les responsables de l’opération controversée et avortée visant à emmener en France une centaine d’enfants de l’est du Tchad et du Darfour (ouest du Soudan), seraient « sévèrement sanctionnés« .

Le chef de l’Etat s’est rendu vendredi matin auprès des 103 enfants « récupérés » la veille par les autorités tchadiennes à Abéché, principale ville de l’est du pays, alors qu’ils allaient être embarqués dans un avion à destination de la France par l’ONG française Arche de Zoé. Il a qualifié l’opération de cette association d' »inhumaine« , « impensable » et « inadmissible« , a-t-on appris auprès de la présidence tchadienne.

Christophe Letien le 26 octobre 2007 à l'aéroport de Vatry L’association Arche de Zoé affirme avoir monté cette opération, baptisée Children Rescue, afin de « sauver de la mort » des orphelins affectés par la guerre civile au Darfour, et les faire « accueillir » par des familles en France. Des personnes employées par l’ONG ont expliqué sous couvert de l’anonymat que des enfants « mal en point » avaient été acheminés par avion à Abéché ces dernières semaines, lors de plusieurs vols, notamment à partir de la ville d’Adré, à la frontière Tchad-Soudan.

Plusieurs observateurs présents dans la région ont toutefois estimé qu’une partie des enfants, qu’ils soient soudanais ou tchadiens, venaient probablement des camps de réfugiés et de déplacés situés dans l’est du Tchad. Les troubles au Darfour ont fait environ 200.000 morts et 2,1 millions de personnes déplacées depuis février 2003, selon l’ONU, des chiffres que ne reconnaît pas Khartoum.

Deux journalistes de France 3 et de Capa, ainsi qu’un membre d’un collectif photo, figurent parmi les Français arrêtés jeudi sous l’accusation d’avoir « enlevé » une centaine d’enfants, indiquent vendredi les médias et le collectif concernés.

Marie-Agnès Peleran, journaliste à France 3 Méditerranée, a été arrêtée au Tchad où elle était en « congé humanitaire de solidarité« , a indiqué la chaîne publique à l’AFP. « Dès jeudi à 22 heures, la direction de l’information de France 3 a saisi le Quai d’Orsay« , a ajouté France 3 qui « souhaite que soit respectée la discrétion nécessaire dans cette affaire« .

L’agence Capa a fait état de son côté de l’arrestation d’un de ses journalistes, Marc Garmirian. Le directeur de Capa, Hervé Chabalier, a indiqué à l’AFP « être en contact avec le Quai d’Orsay« . « Nous avons parlé avec notre journaliste Marc Garmirian, il est bien traité, il a été entendu et nous attendons des autorités tchadiennes qu’elles reconnaissent son statut de journaliste. Nous ne sommes pas organisateurs de quoi que ce soit« , a-t-il dit.

Selon une journaliste du collectif photo « Synchro-X », un de leurs membres, Jean-Daniel Guillou, figure également parmi les Français interpellés.


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